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Le rôle essentiel des centres d’amitié autochtones menacé

Le Centre d'amitié autochtone de Val-d’Or.

Le Centre d'amitié autochtone de Val-d’Or.

Photo : Radio-Canada / Jean-Francois Villeneuve

Depuis le début de la crise du coronavirus, les centres d’amitié autochtones du Québec s’activent sur la ligne de front. Ces points de chute quotidiens de nombreux Autochtones urbains demandent aujourd’hui plus d’équipements pour poursuivre leur travail, et dénoncent par le fait même un sous-financement chronique des différents paliers de gouvernements.

Même si le centre d’amitié autochtone de Lanaudière, à Joliette, est fermé pour les rassemblements et autres activités communautaires, son personnel continue ses visites à domicile pour livrer de l’épicerie au besoin et pour toute autre intervention jugée nécessaire.

Si certains suivis se font par téléphone, plusieurs bénéficiaires de services sont difficiles à joindre. Il faut donc leur rendre visite.

« On n’a pas accès à des masques, on n’a pas accès à de l’équipement de protection, mais nos intervenants ne veulent pas arrêter de travailler et laisser tomber les familles », dénonce Jennifer Brazeau, directrice du centre qui dispose de 16 intervenants… pour une région qui compte 900 Autochtones.

Les centres d’amitié de la province desservent plus de 50 000 personnes, soit la moitié de la population autochtone du Québec. « Ce qui nous préoccupe, ce sont les femmes et enfants en situation de violence familiale, ils sont confinés dans une maison », soulève Tanya Sirois, directrice générale du Regroupement des centres d'amitié autochtones du Québec.

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Une représentation du coronavirus.

Ces jours-ci, les services dans les centres d’amitiés sont plus que jamais sollicités. Par la clientèle habituelle, mais aussi par des Autochtones itinérants ou encore ceux qui sortent des établissements de détention, comme Roberval. Ceux-ci ne sont plus acceptés dans leurs communautés où les déplacements sont dorénavant limités, voire proscrits, pour endiguer la propagation du virus.

« Ces gens-là se trouvent dans une craque du système. Ils se ramassent en ville, et qui appellent-ils? Les centres d’amitié », indique Tanya Sirois.

Argent non suffisant

Le mois dernier, le gouvernement fédéral a annoncé une enveloppe de 15 millions pour les Autochtones en milieu urbain, sur un total de 305 millions alloués aux Premières Nations, Métis et Inuit, pour faire face à la pandémie.

Mais ce montant « représente des peanuts » pour desservir la moitié de la population autochtone du pays avec une pléiade d’autres organismes communautaires, souligne Tanya Sirois. Et surtout, elle appelle le gouvernement à lever les barrières administratives qu’il impose pour y avoir droit. Car les centres n’ont plus le luxe du temps.

« Il y a deux vitesses : si tu es un conseil de bande, l’argent [de ce fonds] rentre et il n’y pas de limite. Alors que nous, nous devons faire des demandes de financement et déposer des projets, et il y a des dates limites », explique Tanya Sirois.

Cette dernière dénonce par ailleurs un sous-financement chronique du Québec, qui a juridiction sur la santé des Autochtones en ville. 

« Dans le dernier budget, il n’y a rien sur les Autochtones en milieu urbain », souligne Tanya Sirois, malgré le fait que les centres doivent « constamment éteindre des feux ».

« On répond à des besoins auxquels le gouvernement et les communautés ne répondent pas, mais ça, ça coûte de l’argent. C’est terminé de sous-financer le communautaire. Aujourd’hui, assez c’est assez », s’indigne-t-elle.

Elle donne l’exemple du garçon atikamekw de Joliette, mort lors d’une intervention de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ). Dans la foulée, le centre d’amitié de Lanaudière a dû apporter du soutien psychosocial à sa famille, abandonnée, dit-elle, autant par le gouvernement que par sa communauté.

Édith Cloutier, directrice du plus important centre d’amitié du Québec, à Val-d’Or, y voit aussi un système « à deux vitesses », où ces organismes qui existent depuis 50 ans dans la province ne sont pas reconnus à leur juste valeur.

Le centre de Val-d’Or, qui embauche une centaine de personnes, est « plus occupé que jamais », affirme sa directrice, notamment avec sa banque alimentaire et son service de livraison de nourriture. Ces jours-ci, l'organisme maintient ses services de première ligne, notamment son centre de jour pour itinérants Chez Willie.

Édith Cloutier s’inquiète par contre d’y voir une éclosion de la COVID-19 chez cette population itinérante. « On a 50-60 personnes qui fréquentent chez Willie. S’il y a une éclosion, c’est quoi le plan de match de la sécurité publique? »

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