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Chronique

Des bas, mais aussi beaucoup de hauts

Malgré des conditions difficiles, les Autochtones font front commun en puisant dans leur histoire, parfois récente.

Des maisons dans la communauté innue de Nutashkuan

Une rue dans la communauté innue de Nutashkuan

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Mageau

Isabelle Picard
Prenez note que cet article publié en 2020 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Ce n’est pas un secret de polichinelle que les conditions de vie difficiles et de proximité dans les communautés autochtones se veulent un terrain fertile pour la propagation des virus, de tous les virus.

En effet, cela ne date pas d’hier que les communautés autochtones demandent davantage de logements, de l’eau potable et l’accès à des soins de santé de qualité, pour ne nommer que ça.

Or, pour la communauté atikamekw de Manawan seulement, 150 unités de logement sont nécessaires, selon Sipi Flamand, vice-chef du conseil de bande.

On estime que 10 000 unités de logement seraient requises, et ce, seulement dans les communautés autochtones du Québec. Que dis-je, étaient nécessaires avant-hier.

Qu’est-ce que ça fait de manquer de logements dans une communauté? Ça crée des situations où trois à quatre générations se retrouvent sous un même toit. Des bébés, des adolescents, des parents et des aînés, tous ensemble. La situation n’est pas inhabituelle.

Alors si un virus comme la COVID-19 se faufile dans la maisonnée, les risques de contagion sont décuplés. Pas surprenant alors que certaines communautés aient choisi de fermer leurs frontières aux points d’entrée et de sortie, les préoccupations se faisant sentir de toutes parts dans la situation actuelle.

Une référence aux barricades au goût douteux

Et non, ce ne sont pas des barricades comme l’a très maladroitement affirmé la ministre responsable des Affaires autochtones du Québec, Mme Sylvie D’Amours qui déclarait : « C’est la première fois que je suis contente qu’il y ait des barricades ».

Elle ajoute aussi que, selon elle, les Autochtones ne sont pas davantage à risque face à la COVID-19 selon un article publié par Le Devoir.

Pourtant, l’administratrice en chef de la santé publique du Canada, Theresa Tam, déclarait le 19 mars dernier que les Autochtones étaient plus à risque de développer des complications sévères dues à la COVID-19.

Rappelons qu’en 2009, lors de la première vague de la grippe A (H1N1), 18 % des personnes décédées lors de la première vague étaient autochtones alors qu’elles ne représentent que 4 % de la population canadienne. Ottawa s’était d’ailleurs excusé de n’avoir envoyé que du désinfectant pour les mains et des sacs mortuaires.

Le gouvernement a-t-il appris de l’histoire? Il semblerait, selon la directrice du centre de santé de Nutashkuan Marie-Josée Wapistan, que les procédures pour avoir du soutien auprès du ministère des Services aux autochtones Canada, de l’équipement en quantité suffisante comme de l’oxygène ou des gants, par exemple, soient beaucoup trop lentes, trop lourdes.

« Il faut agir tout de suite, on n’a pas le temps de remplir tous leurs formulaires. On n’a pas de réponses à nos questions. On va les mettre où les corps si on en arrive là? ».

Du beau dans tout

Mais dans tout ça, il y a du beau, soutient Mme Wapistan : « Rien n’arrive pour rien. La mère-terre nous parle. Elle nous dit c’est assez là, c’est le temps de retrouver vos valeurs, revenir à l’essentiel, à la famille. Une crise comme ça rapproche les gens, fait ressortir l’entraide, invite à la discussion et la communication. C’est comme si on nous disait de revenir au passé, à tout ce que nous avons toujours fait. »

Dans la communauté de Natashquan, on distribue aussi de la médecine traditionnelle comme de la gomme de sapin, de la tisane de mélèze. On érige des tentes innues. Certains retournent dans le bois.

Même son de cloche du côté de Manawan : « On autorise les gens à aller en forêt pour aller chercher de la médecine traditionnelle, comme du cèdre, par exemple. C’est bon contre la fièvre », affirme Sipi Flamand. « Certains iront carrément vivre en territoire comme dans le temps », ajoute-t-il.

Les aînés

Puis il y a la question des aînés qui se pose nécessairement lors d’une telle crise. Dans les communautés, les aînés se veulent nombreux et ce sont souvent eux qui détiennent les savoirs d’un autre temps, pourtant si essentiels à tous. Les voir disparaître serait une grande perte humaine certes, mais aussi socioculturelle.

À Manawan, les aînés se veulent à la fois préoccupés et résilients : « Ils ont déjà vu ça, une épidémie dans les années cinquante et soixante, même soixante-dix, quand il y avait de la tuberculose ici », précise monsieur Flamand.

À Natashquan, les aînés sont tout aussi inquiets mais beaucoup reviennent vers la prière, selon Mme Wapistan : « À tous les soirs ils allument une chandelle sur le bord de la fenêtre, c’est beau de voir ça ».

Chose certaine, les communautés sont en action, ayant sans doute elles aussi appris des leçons du passé en temps épidémique. Même si les frontières sont fermées dans plusieurs communautés, les services essentiels sont maintenus, les épiceries ou dépanneurs réapprovisionnés, les infirmières en poste, les mesures d’urgence enclenchées et les gens à l’écoute les uns des autres.

Cette entraide, cette écoute, cette réflexion, ce retour à un temps pas si lointain, c’est sans doute ce qu’il y a de plus beau dans cette crise qui laissera peut-être un monde nouveau à son lendemain.

Un monde renouant avec son passé.

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