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chronique

Le cercle de la guérison

Et si cette crise était l'occasion pour les nations autochtones de réaffirmer leur droit à s'autogouverner?

Une jeune femme tient des badges.

Symboles traditionnels atikamekw

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Paul

Edith Bélanger

Voilà aujourd’hui trois mois que j’écris des chroniques hebdomadaires pour la section Espaces autochtone de Radio-Canada. La plupart du temps, j’aborde des sujets qui me font mal, car ils montrent les situations d’inégalité d’injustice et de discrimination envers les Autochtones.

J’ai ainsi parlé de la violence latérale, de la surreprésentation carcérale, du combat sans relâche pour la reconnaissance de nos droits et de notre autonomie. Puis la crise ferroviaire nous a secoués et égratignés en nous montrant nos divergences sur un fond de racisme toxique.

Malheureusement, l’actualité autochtone renvoie souvent l’image de communautés blessées, déstabilisées et faibles.

Edith Bélanger est une diplômée de philosophie de l’Université Laval. Elle poursuit actuellement des études en administration publique en contexte autochtone à l’ENAP. Elle est membre de la Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk (Malécite).

Un vent de renouveau

Depuis quelques jours, on dirait que le vent a tourné. Pourtant, il y a à peine quelques semaines, qui l’aurait cru?

Après avoir montré au monde entier que nous pouvions être sur la première ligne comme autant de guerriers infatigables, aujourd’hui, face à la pandémie, plusieurs communautés ont choisi de se replier sur elles-mêmes, de s’isoler.

En effet, les trois communautés atikamekw en Mauricie ont interdit la circulation non essentielle sur leurs territoires. Des contrôles d’accès ont aussi été mis en place dans certaines des communautés innues, au Québec et dans certains territoires autochtones de la Saskatchewan. Les déplacements vers le Nord-du-Québec sont limités.

Des chefs sont fiers d’annoncer qu’ils ont mis en place des plans d’urgence solides et qu’ils prennent des mesures proactives pour protéger leur population.

J’ai du mal à ne pas voir un lien avec les événements des derniers mois. Je m’explique. Se pourrait-il que la crise ferroviaire ait réellement provoqué une remise en question des leaders autochtones quant à leurs responsabilités face aux membres de leurs communautés? Est-ce possible que cela ait fait vibrer la fibre identitaire?

Bien sûr, les différentes Premières Nations demandent le soutien des autorités pour être en mesure de faire face à la pandémie, mais force est de constater que plusieurs élus ne restent pas les bras croisés en attendant de l’aide. Au contraire, on assiste à la mise en place d’initiatives novatrices qui viennent des communautés elles-mêmes et qui devancent celles des autorités municipales, provinciales et fédérales.

En prenant ces mesures de gestion de crise, les décideurs non seulement affirment leur autonomie, mais viennent réaffirmer que, par rapport aux gouvernements du Canada et des provinces, ils restent les mieux placés pour répondre aux besoins spécifiques de leurs communautés. Paraît-il que l’on n’est jamais si bien servi que par soi-même…

Reste que ces gestes de prise en charge risquent d’avoir des effets durables, qui vont se perpétuer au-delà de la crise de la COVID-19.

Tant mieux, car lorsque la tempête sera passée il y a effectivement des choses dont on voudra se souvenir.

Des gestes qui font du bien

La période de confinement que nous vivons présentement donne heureusement lieu à plusieurs initiatives qui font chaud au cœur et qui méritent d’être soulignées.

Aujourd’hui, les fils d’actualité des médias sociaux sont inondés d’images positives d’Autochtones des différentes communautés qui partagent leurs visions de la guérison, nous donnant un répit, un refuge inespéré pendant la folie du virus.

J’ai vu, entre autres, des gens qui préparent des plats cuisinés pour distribuer aux aînés de la communauté. Des enfants font des jeux pour apprendre une langue autochtone. Des chanteurs, joueurs de tambours entonnent des chants de guérison traditionnels et les partagent sur le web. Des pow-wow virtuels sont organisés permettant aux danseurs, chacun dans leur salon, de pratiquer leurs pas de danse. Des leaders traditionnels organisent des cérémonies qui sont pratiquées, en simultané, par différentes personnes de la communauté, sur leur patio, dans leur jardin, dans leur cuisine. Il y avait longtemps que nos pratiques culturelles n'avaient été aussi visibles, accessibles, mais surtout vivantes.

Ça, c’est notre médecine, et elle est partout!

Attention : toutes ces manifestations risquent de générer de la fierté!

C’est paradoxal, mais il me semble que cet isolement va rapprocher les gens, renforcer les identités, cimenter les communautés.

Je crois qu’on finit, parfois, par s’identifier à nos problèmes. À force de répéter les mêmes choses, on en vient à perdre espoir et à se dire : c’est comme ça.

Aujourd’hui, je vois des communautés qui se montrent fortes et déterminées à passer au travers de cette crise en s’appuyant sur la tradition.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que les Autochtones en connaissent tout un chapitre à propos de la résilience. J’oserais même affirmer qu’une expertise a été développée en la matière : celle de se replier sur nous-mêmes pour en ressortir plus forts.

Certains aînés nous enseignent que, lorsque la vie nous envoie des épreuves, la première chose à faire est d’en remercier le Créateur, car ce faisant il nous rappelle que l’on est bien en vie. D’ailleurs, dans nos enseignements traditionnels le caractère évolutif, cyclique de la vie est toujours au centre des croyances, c’est précisément ce mouvement qui nous pousse à évoluer, à devenir meilleurs.

Alors, soit. Aujourd’hui, je dis : Woliwon Kisiyulinoq! Merci Créateur pour cette épreuve! J’accueille le vent de changement en souhaitant qu’il nous permette, à tous, de devenir plus forts.

Permets-nous de continuer à danser, à chanter et à pratiquer nos cérémonies, à partager notre médecine.

Permets-nous de contribuer à faire tourner, tous ensemble, mais pour l’instant chacun de notre côté, le cercle de la guérison.

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