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Une chargée de cours autochtone demande à l'UQAM de « décoloniser » ses pratiques d'embauche

La chargée de cours, doctorante et consultante Cyndy Wylde

La chargée de cours, doctorante et consultante Cyndy Wylde

Photo : UQAM

Rien ne va plus pour le cours Femmes autochtones du Québec donné cet hiver à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Après le renvoi le mois dernier de sa chargée de cours, dont les origines autochtones étaient remises en question, voilà que sa remplaçante, l’Atikamekw et Anichinabée Cyndy Wylde, remet sa démission sur fond de non-reconnaissance de ses compétences.

La doctorante et ancienne chroniqueuse à Radio-Canada s’est vu confier la charge de cours dans la foulée de la publication d’un reportage d’Espaces autochtones, au début de février, qui remettait en doute les origines autochtones d’Alexandra Lorange, qui se prétendait atikamekw.

Mme Wylde devait alterner la charge de cours avec l’ethnologue wendate Isabelle Picard une semaine sur deux. Elle avait déjà donné son premier cours; le second devait avoir lieu jeudi.

Mais en début de semaine, Cyndy Wylde, qui est également chargée de cours à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), a reçu une lettre des ressources humaines de l’UQAM l’informant qu’elle ne répond pas aux exigences pour donner le cours.

« Exceptionnellement, le Service du personnel enseignant consent à ce que vous donniez ce cours. Cependant, nous tenons à vous informer que vous ne pourrez obtenir aucun pointage ou compétence reconnue pour ledit cours », peut-on lire dans la lettre envoyée par un conseiller des ressources humaines et qu’Espaces autochtones a pu consulter.

« Le pointage ne peut être octroyé que lorsque la personne chargée de cours répond aux exigences du cours », ajoute-t-on dans la même lettre.

Pour enseigner, les chargés de cours doivent remplir certains critères, appelés les exigences de qualification pour l’enseignement (EQE). La reconnaissance de ces critères, un système de pointage, se fait en fonction de la compétence, de l’expertise et du diplôme.

C’est ce dernier qui ferait défaut à Mme Wylde, selon l’université, puisque la maîtrise dont elle est titulaire n'est pas en science politique, mais en éducation. (Le cours Femmes autochtones du Québec est donné par le Département de science politique de l’UQAM, en collaboration avec l’organisme du même nom.)

Jeudi matin, elle a donné sa démission. « L'UQAM ne reconnaît pas mes qualifications, alors c'est impossible d'envisager une telle charge de cours », a-t-elle écrit aux ressources humaines.

Ulcérée, Cyndy Wylde estime que l’UQAM a encore des « croûtes à manger » au chapitre de l’inclusion des Autochtones. « On n'est pas un million et de se faire varloper comme ça, je me sens vraiment insultée », déplore-t-elle en entrevue à Radio-Canada.

Elle appelle à « décoloniser » certaines procédures dans les universités, pour que celles-ci fassent preuve notamment de moins de rigidité dans leurs critères d’embauche. « Je dénonce en mon nom et aussi pour les autres Autochtones qui souhaitent travailler en milieu universitaire », dit-elle.

Les étudiants dénoncent

Dans un courriel cinglant envoyé à la rectrice et au vice-recteur de l'université, l'Association étudiante modulaire de science politique (AEMSP UQAM) dénonce « l'insensibilité » de l'université. « Votre gestion des événements présent et passé soulève des questionnements quant aux compétences du rectorat et de la haute direction de l’UQAM à offrir un environnement sain et digne », écrivent les étudiants.

« Madame Wylde et les étudiant.e.s du cours sont les premières victimes de votre incompétence à gérer des situations exceptionnelles », poursuivent-ils.

Les étudiants du cours de baccalauréat ont été informés de la démission de Mme Wylde et de la levée du cours jeudi par Vincent Romani, directeur des études du 1er cycle en science politique, et par le professeur Christian Deblock.

« Ils nous ont informés que, jusqu'à ce matin même, le syndicat n'était pas prêt à changer de position », indique l’étudiant en histoire Éric-Miguel Leduc, qui dénonce une position « honteuse » de l’université.

« C'est une autre grande incohérence entre le discours de réconciliation de l'UQAM et leurs actions. Après leur bourde initiale [l’affaire Alexandra Lorange], ils ne sont pas venus à la défense de Mme Wylde qui a repris in extremis la charge de cours avec Mme Picard », renchérit-il.

Règles syndicales

Contactée par Espaces autochtones, l’UQAM affirme qu’elle ne fait qu’appliquer les règles syndicales. « C’est une procédure habituelle, une lettre qui est envoyée à des centaines de personnes », affirme la porte-parole de la direction de l'UQAM, Jenny Desrochers.

Quant au cas de Cyndy Wylde, la décision de l’université « n’enlève rien à son expertise, son expérience », précise-t-elle. Cependant, comme la chargée de cours « arrive de l’externe, la reconnaissance des EQE se fait sur les trois éléments [compétence, expertise et diplôme] », dit-elle.

Des chargés de cours avec plus d’ancienneté, et donc plus de points, sont parfois exempts de ce type d’exigence, indique-t-elle.

L’UQAM ne sait pas encore qui remplacera Cyndy Wylde ou si elle sera remplacée.

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