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Bientôt des médecins cubains au chevet des Premières Nations?

Des médecins et des patients dans une salle d'un hôpital à Cuba.

Cuba est réputée pour avoir un système de santé très efficace.

Photo : afp via getty images / STR

Des chefs autochtones se sont rendus à La Havane pour rencontrer des professionnels de la santé et les autorités cubaines. Ils envisagent la mise en place d’un partenariat pour doter les communautés de plus de professionnels de la santé et, surtout, pour reprendre les rênes de leur système de santé.

Michelle Chantal Dubois, stratège politique, y croit dur comme fer : étant donné que, selon elle, le Canada ne forme pas assez de médecins, il faut en faire venir d’ailleurs. Et pourquoi pas de Cuba?

Le système de santé cubain est excellent. Dès le début de leurs études, les étudiants commencent leur résidence et tout au long, ils sont suivis par un mentor médecin. En plus, le système cubain se base sur la prévention, contrairement au Canada, explique Mme Dubois.

Deux enfants dans un champ, à Iqaluit.

En 2016, le Tribunal canadien des droits de la personne a statué qu’Ottawa faisait preuve de discrimination envers les enfants autochtones, en sous-finançant les soins de santé offerts dans les communautés autochtones

Photo : afp via getty images / ANDRE FORGET

Ils sont entraînés à faire des missions internationales. Ils vont là où les autres médecins ne veulent pas aller, ajoute Mme Dubois, qui a vécu pendant 16 ans au Manitoba et qui travaille au niveau national sur les politiques autochtones.

Un avis que partage le grand chef Jerry Daniels, de l’Organisation des chefs du sud du Manitoba, qui représente 34 nations de la province. Nous avons besoin de beaucoup plus de professionnels de la santé, dit-il.

Le nombre de médecins au Canada

Depuis 2014, le taux d’augmentation du nombre de médecins au Canada a dépassé de plus du double le taux de croissance de la population. De plus, en 2018, le Canada comptait 241 médecins pour 100 000 habitants. Par comparaison, la France en comptait 330 pour 100 000 habitants en 2017.

Sources : Institut canadien d'information sur la santé et Atlas 2017 de la démographie médicale, publié jeudi par le Conseil national de l'Ordre des médecins.

Avec d’autres chefs, Jerry Daniels est allé à La Havane en février dernier.

Cuba est un leader mondial dans le domaine de la santé. Son système de santé est reconnu par l’Organisation mondiale de la santé. L’idée de cette rencontre était de discuter d’une éventuelle collaboration pour combler nos lacunes.

Jerry Daniels, de l’Organisation des chefs du sud du Manitoba

Selon lui, les besoins sont criants chez les Autochtones, notamment pour les premiers soins. On a aussi des besoins en matière de prévention et de promotion d’un mode de vie sain, ajoute le grand chef Daniels.

Par ailleurs, il assure que les médecins cubains sont très performants, alors qu’ils disposent de ressources limitées. Les Premières Nations sont dans la même situation et l’approche holistique des soins de santé [cubains] s’apparente davantage aux traditions autochtones.

Les médecins vivent sur place, dans les installations. Ils ne travaillent pas en silo comme au Canada, souligne de son côté Mme Dubois.

Jerry Daniels

Le grand chef Jerry Daniels croit que chaque communauté doit prendre ses propres décisions pour construire son propre système de santé.

Photo : Organisation des chefs du sud du Manitoba

Le grand chef Daniels répond en fait à une proposition qu'il a reçue du ministère de la Santé cubain.

À Ottawa, le 5 décembre dernier, la vice-ministre de la Santé cubaine, Marcia Cobas, est venue faire une présentation devant tous les chefs. Elle a proposé de fournir aux communautés canadiennes des médecins issus du programme international de Cuba, et même d’offrir un enseignement universitaire pour les étudiants autochtones.

Les médecins étrangers au Canada

Plus du quart des médecins au Canada ont été formés à l’étranger. Le pourcentage de médecins qui ont reçu leur diplôme en médecine à l’étranger est demeuré relativement stable ces dernières années, passant de 25,6 % en 2014 à 26,4 % en 2018. Toutefois, il était de plus de 33 % dans les années 1970.

En 2018, les trois principaux pays d’obtention du doctorat en médecine chez les médecins formés à l’étranger autorisés à pratiquer au Canada étaient l’Afrique du Sud, l’Inde et le Royaume-Uni.

Source : Institut canadien d'information sur la santé.

Dans le document de présentation de la vice-ministre, on peut lire que la mortalité infantile s’élève à 4 enfants pour 1000 à Cuba, contre 4,7 au Canada. Ou encore que le taux de vaccination contre la rougeole est de 100 % à Cuba, contre 83,6 % au Canada.

Le pays affirme aussi que son programme international a permis d'envoyer plus de 600 000 médecins à l'étranger depuis 1960.

Un homme en blouse portant un carton, le drapeau de Cuba en bouche. Derrière lui, d'autres médecins qui descendent d'un avion.

Cuba soutient que, depuis 1960, son programme international a permis d'envoyer plus de 600 000 personnes à l'étranger. Sur cette photo, 165 médecins cubains arrivent en Sierra Leone pour lutter contre la propagation du virus Ebola.

Photo : afp via getty images / FLORIAN PLAUCHEUR

Projet pilote à Gambler

Pour l’heure, la communauté de Gambler, située entre Regina et Winnipeg, accueillera bientôt un médecin cubain. Il ne va toutefois pas exercer. On l’accueille comme consultant pour aider à la construction de notre système de santé. C’est un projet pilote. Cela va nous permettre de voir de combien de médecins nous avons besoin, par exemple, explique le grand chef Daniels.

Un médecin examine une femme autochtone.

En 2018, le Canada comptait 241 médecins pour 100 000 habitants.

Photo : Radio-Canada / Marie-France Abastado

Se pose néanmoins la question des permis d’exercer pour les médecins cubains au Canada. Le Collège des médecins du Québec explique que deux voies sont possibles pour obtenir l’autorisation de pratiquer : le permis ordinaire et le permis restrictif. Tout médecin qui a l’ensemble des documents nécessaires doit par la suite faire une demande à Recrutement Québec pour être parrainé par un établissement, mentionne le Collège des médecins.

Celui-ci n’a pas souhaité s’exprimer sur un éventuel partenariat entre les Premières Nations et Cuba en matière de santé.

Je ne vois aucune raison rationnelle pour laquelle on ne leur donnerait pas une accréditation, appuie la stratège Michelle Chantal Dubois.

Gouvernance en matière de santé

L’enjeu est aussi celui de la reprise en main par les Autochtones de leur système de santé. Le grand chef Daniels fait justement partie de ceux qui tentent progressivement de prendre le relais du fédéral et du provincial concernant la manière dont les services de santé sont offerts, comme le préconise l’Assemblée des Premières Nations (APN).

Les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux doivent respecter le droit des Premières Nations à l'autodétermination, qui comprend le droit et la responsabilité de déterminer, d'établir et d'administrer leur propre programme de santé et de bien-être, peut-on lire dans un document publié à ce sujet en février 2017 par l'APN.

C’est de notre compétence. Chaque communauté doit prendre ses propres décisions pour construire son propre système de santé.

Jerry Daniels, de l’Organisation des chefs du sud du Manitoba

Il rappelle aussi que cette démarche de consultation avec les autorités cubaines fait partie du programme de transformation de la santé des Premières Nations actuellement mis en oeuvre, qui donne à chaque communauté plus de pouvoir sur ses propres soins de santé.

En 2017, l’Assemblée des Premières Nations lançait le programme The First Nations Health Transformation Agenda, expliquant que le système de santé du Canada est brisé, et il ne reflète pas les Premières Nations et nos modes de vie.

Un homme avec un chapeau et en arrière-plan une foule composée de gens en blouse blanche.

Le grand chef Jerry Daniels a rencontré des médecins cubains lors d'un voyage organisé en février 2020.

Photo : Michelle Chantal Dubois

Toutefois, faire venir des médecins étrangers aura un coût. La question du financement fait partie des négociations, mais c’est une priorité, assure le grand chef Daniels.

Le ministère des Services aux Autochtones explique pour sa part que les Premières Nations ont le droit d’aller chercher de l’expertise ailleurs et qu’il ne va pas les en empêcher.

Marc Miller derrière un pupitre.

Le ministère des Services aux Autochtones dit mettre en place une approche à long terme qui mènera à l’autodétermination des communautés autochtones.

Photo : The Canadian Press / Adrian Wyld

Notre but ultime est de soutenir les Premières Nations, les Métis et les Inuits en développant une approche à long terme qui mènera à l’autodétermination des communautés autochtones. De ce fait, notre gouvernement travaille à renforcer les capacités des communautés afin que les services essentiels pour les peuples autochtones, tels que les soins de santé, soient conçus, fournis et contrôlés par les peuples autochtones, explique Vanessa Adams, l’attachée de presse du ministre Marc Miller.

Cependant, sans proposition officielle et concrète, le Ministère n’a pas souhaité s’avancer plus sur le sujet.

Le ministère des Services aux Autochtones rappelle que les provinces ont aussi des compétences en matière de santé. « Nous privilégions que les Autochtones soient pris en charge par des professionnels de la santé venant de leurs communautés. C’est pourquoi [nous soutenons] depuis 10 ans le Programme des facultés de médecine pour les Premières Nations et les Inuits », répond de son côté le ministère de la Santé et des Services sociaux.

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