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La réconciliation avec les Autochtones mise à mal

Le drapeau mohawk flotte au-dessus d'un drapeau du Canada placé à l'envers.

Le drapeau mohawk flotte au-dessus d'un drapeau du Canada placé à l'envers, non loin de la barricade élevée sur la route 344, à Kanesatake.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Nous en sommes au 23e jour des manifestations de solidarité avec les chefs héréditaires wet'suwet'en et au 2e jour des négociations entre eux, la ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, et le ministre britanno-colombien des Relations avec les Autochtones et de la Réconciliation, Scott Fraser. Ces discussions sont la clé pour résoudre la crise, disait récemment Justin Trudeau. Mais permettront-elles de remettre la réconciliation sur les rails?

Certains se demandent si la réconciliation est morte, d’autres, si elle a réellement existé. C’est le cas du journaliste et commentateur à la radio de CBC Jesse Wente, un membre de la nation ojibwée, qui disait cette semaine que la réconciliation n’était qu’un slogan de campagne des libéraux pour être élus.

Edith Bélanger, membre de la Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk (Malécite) se pose la question autrement : « Est-ce qu’il y avait une véritable relation avant qu’on commence à parler de réconciliation? » et « Qui veut cette réconciliation à tout prix? ».

Jusqu’à présent, ça avait presque l’air d’une réconciliation imposée, voulue par le gouvernement. Il fallait, nous [les Autochtones], qu’on s’organise pour arriver là.

Edith Bélanger

« La rhétorique "on s’est excusé" […] c’est du passé, la situation n’existe plus" [cette rhétorique] est belle" », renchérit le juriste de la nation abénaquise, Alexis Wawanoloath, selon qui, si justement la situation n’existait plus, il n’y aurait plus de problèmes à régler.

Espaces autochtones en direct : La réconciliation mise à mal

L’idée de réconciliation est-elle arrivée trop tôt?

La réconciliation est une finalité, du point de vue de l’ethnologue Isabelle Picard, « et pour s’y rendre, il faut repenser les systèmes et repenser nos relations avec les gouvernements ».

La bonne conscience du gouvernement de Justin Trudeau, l’image qu’il veut transmettre à l’échelle internationale ont peut-être eu une incidence sur l'importance donnée à la réconciliation, pense Isabelle Picard, « mais de l’intérieur, dans les communautés notamment, et même pour les Autochtones qui vivent en ville, elle n’a jamais eu lieu ».

« J’y croyais, j’avais espoir », dit aussi l’ancien péquiste Alexis Wawanoloath, tout en expliquant que personne ne veut conserver le statut de victime.

Edith Bélanger déplore le discours polarisant qui laisse entendre que « les Canadiens en ont assez, les Québécois ont été très patients ».

Si l’on devait évacuer le concept de « réconciliation », par quoi devrait-on le remplacer? Le terme de décolonisation fait l’unanimité chez les trois invités.

« Il y a même un mouvement pancanadien "decolonize" chez les Autochtones, précise Isabelle Picard. Parce qu’au-delà de la poignée de main, des excuses et des compensations du gouvernement fédéral, il faut "brasser les cartes et faire un nouveau jeu". »

Il faut décoloniser, et ça prend du courage pour décoloniser.

Isabelle Picard

« Mais pour y arriver, il faudra des changements constitutionnels », répond Alexis Wawalonoath.

« J’aime [le terme] décoloniser, parce qu’en disant cela, on dit qu’on remet aux différentes nations la possibilité de se construire une identité, des structures, qui vont vraiment leur convenir », dit aussi Edith Bélanger, en rappelant que les structures coloniales actuelles ont été imposées aux Autochtones « comme un bloc monolithique ».

Elle conclut en ajoutant que la décolonisation est nécessaire actuellement pour aller vers « une nouvelle relation d’égal à égal ».

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