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Autochtones à Montréal : moins en santé, plus discriminés

Un homme entre dans un centre d'aide pour itinérants.

Selon le rapport, les Autochtones de Montréal sont surreprésentés parmi la population en situation d'itinérance, et doivent se tourner vers divers services, comme ici Résilience Montréal, située dans l'arrondissement Ville-Marie.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Pauvreté, discrimination, problèmes de santé... Le portrait de la santé des populations autochtones tracé par la Direction régionale de santé publique (DRSP) de Montréal comporte bien peu de raisons de se réjouir. L'agence propose toutefois des pistes de solution pour renverser la vapeur et leur venir en aide.

Le rapport publié vendredi confirme des faits déjà connus; soit qu'au Canada, les conditions socioéconomiques dans lesquelles vivent les populations autochtones sont variables, mais sont, la plupart du temps, moins bonnes que celles qui prévalent dans la population non autochtone en général.

Au Québec, révèle la DRSP, les conditions de vie des Autochtones et leur état de santé est bien documenté... lorsque les Autochtones en question vivent dans des communautés. À Montréal, cependant, le document publié vendredi est le premier portrait que la DRSP a produit sur la communauté autochtone [dans la métropole], mentionne Mylène Drouin, directrice de l'agence.

C'est aussi dans le contexte de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, qui interpellait en 2015 les gouvernements et l'ensemble des instances publiques pour se pencher sur les écarts [en matière de santé entre Autochtones et non-Autochtones], et comment nous pouvons nous mobiliser avec les communautés pour combler les écarts liés entre autres à la santé.

Pour tracer son portrait, la DRSP s'est servie des informations recueillies lors du recensement de 2011, mais s'est aussi tournée vers toutes les sources de données possibles pour tenter de caractériser les facteurs de risque liés à l'état de santé des Autochtones, précise Mme Drouin.

Cela se produit dans un contexte de forte croissance de la population autochtone dans la métropole, poursuit Mme Drouin. En effet, le nombre de résidents se déclarant autochtones à Montréal est passé de 8300 individus à environ 13 000, soit une hausse de 45 %, entre 2006 et 2016.

Par comparaison, la population de la métropole n'a crû que de 7 % pendant la même période.

Des conditions difficiles

Le rapport de la DRSP permet ainsi de prendre en compte le fait que les nouvelles sont rarement bonnes pour les Autochtones qui s'installent à Montréal.

Ainsi, leur revenu médian, à 22 000 $, est plus faible que la moyenne montréalaise, à 26 900 $. De plus, les revenus des Autochtones à Montréal ne seraient pas plus élevés que ceux qui vivent ailleurs au Québec, et ce, malgré une scolarisation plus importante.

Par ailleurs, 44 % des Autochtones montréalais disent avoir une perception positive de leur santé, contre 59 % de l'ensemble des Montréalais.

Cette différence entre les deux populations est visible de façon flagrante lorsqu'il est question de santé mentale : ainsi, environ le tiers des Autochtones ont dit avoir eu des pensées suicidaires au cours de leur vie, contre seulement 9 % chez l'ensemble des Montréalais.

Pourtant, les Autochtones viennent généralement s'installer dans la métropole pour améliorer leurs conditions de vie, souligne Mme Drouin, y compris en y faisant des études. D'autres viennent s'y faire soigner, ou chercher une solution à la crise du logement qui frappe de nombreuses communautés.

Ce que nous voyons, c'est que tant en ce qui concerne les conditions de vie, les facteurs de risque ou l'état de santé, [les Autochtones] se comparent un peu plus favorablement à ceux qui vivent dans les communautés. Par contre, lorsqu'on les compare à l'ensemble des Montréalais, on voit que les conditions sont plus défavorables.

Mylène Drouin, directrice de la Direction régionale de santé publique de Montréal

En fait, précise Mme Drouin, les conditions de vie et l'état de santé des Autochtones montréalais se comparent à ceux des Montréalais faisant partie du 20 % le plus pauvre de la population.

La directrice de la DRSP juge également que la publication de ce premier portrait permettra de faire la lumière sur certains préjugés et clichés qui ont la vie dure, notamment en ce qui concerne la consommation de drogues ou d'alcool par les Autochtones.

À terme, souligne Mme Drouin, le rapport servira à la formation du personnel du réseau de la santé et à modifier les approches et à être sensibilisés aux enjeux autochtones.

C'est dans cette même perspective d'ouverture et d'adaptation que souhaite agir Marie-Ève Bordeleau, commissaire aux relations avec les peuples autochtones à la Ville de Montréal.

Je dois dire que les constats [du rapport] ne me surprennent pas, affirme-t-elle au bout du fil. On sait qu'en général, au Québec et au Canada, les Autochtones vivent dans des conditions socioéconomiques plus défavorables que le reste de la population.

Un écart qui persiste à Montréal et en milieu urbain en général, précise-t-elle.

Tout cela est directement en lien avec les impacts de la colonisation.

Je pense qu'avoir un portrait spécifique pour Montréal vient nous outiller directement et nous aider à comprendre les réalités et les besoins des personnes autochtones, ajoute Mme Bordeleau, selon qui ce document est extrêmement important pour les gouvernements et les institutions qui fournissent des services.

On vient comprendre comment les services peuvent être améliorés pour répondre aux besoins des personnes autochtones.

La discrimination au coeur du problème

Risque d'exclusion, préjugés défavorables, peur d'être jugés par les intervenants du système de santé, les Autochtones montréalais sont aux prises avec un important problème de discrimination.

Et cette discrimination, en retour, influe sur plusieurs autres facteurs pouvant expliquer des conditions de vie moins bonnes que la moyenne de la population montréalaise, y compris des difficultés à trouver un emploi et un logement décent.

De fait, les ménages autochtones sont proportionnellement moins nombreux à être propriétaires de leur domicile, et une proportion plus importante de ménages locataires s'identifiant aux Premières Nations et aux Métis consacre une part trop grande de leur revenu au loyer, soit 30 % ou plus de leur revenu, indique le rapport.

Ce que le rapport me dit, [par rapport à la discrimination], c'est qu'il faut développer nos services pour qu'ils soient culturellement sécuritaires, soutient Mme Bordeleau, de la Ville de Montréal.

Cela nécessiterait, lit-on dans le portrait, la création d'un milieu de soins de santé dépourvu de racisme et de stéréotypes, où les Autochtones sont traités avec empathie, dignité et respect.

Cette proposition fait partie des trois grandes pistes d'action contenues dans le rapport, afin de favoriser l'amélioration de l'état de la situation pour les Autochtones dans la métropole.

Les auteurs du document préconisent par ailleurs de mettre au point un système de surveillance de la santé des Autochtones en milieu urbain, pour disposer d'un portrait plus précis de la situation, ainsi qu’inclure des notions de médecine traditionnelle dans les traitements médicaux.

Finalement, quel objectif peut-on viser pour véritablement améliorer les choses? Je pense qu'avec le portrait, avec le rapport de la commission Viens, avec la stratégie de réconciliation que nous allons publier prochainement, que nous réussirons à nettement améliorer les conditions de vie des personnes autochtones en milieu urbain, et donc leur état de santé, dit Mme Bordeleau.

Avec la collaboration de Jean-François Villeneuve

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