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À Kanesatake, personne ne veut d’une nouvelle crise d’Oka

Vue en contre-plongée d'un homme et d'un drapeau mohawk.

Al Harrington à la barricade de Kanesatake

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

À Kanesatake, lieu de la résistance mohawk il y a 30 ans, les citoyens sont plus que jamais solidaires des chefs héréditaires de la nation wet’suwet’en, qui s’opposent à un projet de gazoduc sur leur territoire en Colombie-Britannique. Mais personne ne veut d’une reprise des événements qui ont laissé tant de cicatrices dans la communauté.

Route 344. Des jeunes et des moins jeunes, des hommes, des femmes brandissent des drapeaux des Warriors et celui de la Confédération iroquoise. Ils redirigent le trafic, en haut de la côte, lieu symbolique puisque c’est l’entrée de la pinède avec ses énormes conifères qu'ont plantés les Mohawks il y a 300 ans.

C’est aussi l’épicentre de la crise d’Oka, déclenchée par un projet d’agrandissement d’un terrain de golf en terre mohawk revendiquée. Un conflit de 78 jours qui s’est soldé par deux morts et qui a marqué au fer rouge les relations entre les Autochtones et les non-Autochtones du pays.

L’Anichinabé Al Harrington, membre actif de la communauté où il habite depuis plus de 10 ans, brandit son drapeau en bordure de la route 344 en solidarité avec les Wet’suwet’en. Et aussi pour ses « frères et sœurs » des communautés mohawks voisines, à Kahnawake, tout près de Montréal, et à Tyendinaga, en Ontario, où la police provinciale est récemment intervenue.

Cette journée-là, mardi, une injonction a été obtenue par le Canadien National (CN) pour forcer la levée de la barricade sur sa voie ferrée à Kahnawake. Ça va être vraiment intéressant de voir comment la province réagira à ça, car si elle fait comme ils ont fait à Tyendinaga, ça ne va pas passer à Kahnawake, dit Al Harrington, semblant réfléchir à voix haute.

La police locale, les Peacekeepers, a indiqué qu’elle n’avait aucune intention d’intervenir pour faire respecter l’injonction. Mais le premier ministre François Legault a laissé entendre que la Sûreté du Québec « travaillait sur un plan » pour démanteler les barricades.

Personne ne veut revivre les événements d’il y a 30 ans, ajoute néanmoins Al, en vantant la résilience du peuple mohawk.

À Kanesatake, la peur d’une nouvelle crise d’Oka plane toujours sur ses habitants; lorsque de nouveaux développements immobiliers font leur apparition en terres mohawks revendiquées ou encore quand les tensions montent avec le maire d’Oka, comme l’été dernier.

Aucune leçon retenue

Ellen Gabriel, assise sur un banc dans l'église d'Oka, lors d'une rencontre publique.

Ellen Gabriel, assise sur un banc dans l'église d'Oka, lors d'une rencontre publique.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Militante et artiste, mais aussi ancienne porte-parole des Mohawks en 1990, Ellen Gabriel estime que les Québécois et les Canadiens n’ont pas retenu les leçons du passé. Les Canadiens ont eu 30 ans de rapports et d’opportunités d’apprendre [sur ce qui s’est passé], souligne-t-elle à regret, évoquant une sorte d’amnésie historique.

Les parallèles à faire entre la résistance de la nation wet’suwet’en au projet Coastal GasLink, qui passe sur son territoire ancestral, et celle des Mohawks de Kanesatake, qui ont vu leur territoire disparaître comme peau de chagrin, sont nombreux. Ce à quoi s’ajoute toute la question environnementale, si importante en droit autochtone, souligne Ellen Gabriel.

On ne peut pas régler ce conflit avec des injonctions ou avec l’aide des forces armées [...] Il faut être capable de parler, affirme la militante, rencontrée au centre culturel de Kanesatake, où elle travaille aujourd’hui.

S’imaginer Oka

Technicien à la radio locale de Kanesatake, Rahnekenhawi Cupples est né en 2000, 10 ans après la crise d’Oka. Ses parents étaient sur la ligne de front en 1990, mais lui ne connaît le conflit qu’à travers les documentaires et les récits de ses proches.

À travers leurs craintes et leurs anxiétés aussi : quand ils entendent les hélicoptères voler bas, par exemple.

Un jeune homme avec une tuque arborant le drapeau des Warriors.

Rahnekenhawi Cupples, 19 ans, est technicien à la radio de Kanesatake.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

On entend constamment parler de la crise, mais on ne peut pas s’imaginer que ça arrive encore ici, ajoute l’adolescent, qui déplore néanmoins l’explosion de commentaires haineux ou racistes visant les Autochtones sur les réseaux sociaux.

Lors de l’entrevue, Ellen Gabriel revenait d’une assemblée publique à Kahnawake, où des citoyens ont exprimé leurs inquiétudes, notamment pour leur sécurité, face à la tension grandissante. Personne [ni à Kanesatake ni à Kahnawake] ne veut d’une reprise de ce qui s’est passé il y a 30 ans. Si c’est ce qu’ils veulent, alors ils sont fous. Tout le monde veut la paix, dit-elle.

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