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chronique

Trop de chefs, pas assez d’Indiens

Deux hommes politiques se serrent la main.

Le premier ministre Justin Trudeau serre la main du chef de l’Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, lors d’un événement qui a eu lieu le 23 mai 2019.

Photo : La Presse canadienne / Liam Richards

Edith Bélanger

Les événements des dernières semaines entourant les contestations du projet d’oléoduc Coastal Gaslink ont mis en lumière différentes conceptions de leadership tant pour ce qui est des chefs autochtones que des élus des gouvernements municipaux, provinciaux et fédéraux. Quel genre de leader souhaitons-nous collectivement et quelles sont les preuves ou les démonstrations de cette compétence essentielle en politique?

Il n’y a que les humains qui suivent un leader qui n’en est pas vraiment un

En effet, on utilise souvent la métaphore de la meute de loups comme exemple pour illustrer ce principe. Lorsque le mâle dominant tombe malade ou est blessé, il laisse sa place. Dans les cas où il résiste, il est renversé par ses pairs.

Les humains, pour diverses raisons, suivent des leaders d’apparat ou encore instables. Sans donner de noms ici, je pense que des images vous viendront en tête.

Que cherche-t-on dans un leader?

À l’heure où les critiques fusent de toutes parts contre Justin Trudeau et de sa valse-hésitation, on peut effectivement se poser la question.

Dans la langue wolastoqey (malécite ) le terme pour définir un leader est « nihkanaptu », ce qui signifie : marcher en laissant des traces. Autrement dit, dans notre vision du monde, un leader se définit par ses actions et sait prêcher par l’exemple.

Pas surprenant que le premier ministre soit autant critiqué alors, car non seulement il agit peu dans la présente situation, mais pire encore, il nous propose l’inverse de ce qu’il a prêché en termes de renouvellement de la relation avec les Premières Nations.

Edith Bélanger est une diplômée de philosophie de l’Université Laval. Elle poursuit actuellement des études en administration publique en contexte autochtone à l’ENAP. Elle est membre de la Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk (Malécite).

Les valeurs traditionnelles et incontournables

S’il est vrai que toutes les nations sont différentes en matière de structures de gouvernance et de traditions, il existe quand même certaines constantes. En effet, les récits historiques autant que la tradition orale tendent à souligner les qualités incontournables des chefs autochtones telles que le courage, l’humilité et les aptitudes à la communication.

Peut-on retrouver ces qualités chez nos différents leaders politiques? Je ne prétends pas avoir la réponse. Toutefois, il y a des choses qui me frappent dans la gestion de la présente crise. Je vous offre quelques pistes de réflexion.

Prenons l’exemple du courage. Parmi tous les acteurs de cette situation, les chefs élus, les chefs héréditaires, les politiciens fédéraux et provinciaux, les manifestants de toutes origines, qui a jusqu’à présent fait preuve de courage?

Le courage, pour moi, c’est lorsqu’on sait que la situation comporte des risques, qu’il y a du danger et que l’on décide d’agir quand même. Le courage est lié à l’action, à la prise de risque.

Or, pour agir, on a tout intérêt à être sur le terrain, à être présent quand c’est important. Message subliminal à M. Trudeau, qui était partout sauf au bon endroit il y a deux semaines.

L’humilité maintenant. Cela signifie, pour une personne assurant une fonction importante, de ne pas se croire supérieure aux autres par sa position. Message subliminal à M. Scheer.

C’est aussi accepter de se remettre en question et d'admettre ses erreurs. Le grand chef Simon de Kanesatake s’est rétracté cette semaine après des propos pas du tout appréciés par sa communauté. Il a admis ses torts et s’est excusé. Si seulement tout le monde pouvait en faire autant lorsque la parole dépasse la pensée, lorsque les actes sont démesurés par rapport à la situation. Message subliminal à la GRC.

Parlons maintenant des aptitudes à la communication. Bien sûr, cela implique de pouvoir parler avec éloquence, de savoir manier le verbe. Or, cela ne suffit pas. On sait tous qu’il faut se méfier des beaux parleurs. Un leader doit aussi savoir écouter l’autre et comprendre sa réalité pour éviter les dialogues de sourds ou, encore pire, créer la rupture de la communication. Message subliminal à l’endroit de la CAQ.

La structure pyramidale du pouvoir

Les différents commentateurs de la situation du blocage ferroviaire s'entendent généralement en soulignant que le manque de leadership dans cette crise se manifeste principalement par des dirigeants qui se renvoient la balle les uns les autres. Mais qui donc est responsable, qui doit intervenir?

Encore une fois, un coup d’œil à nos structures de gouvernance traditionnelles nous permet d’analyser le tout sous un autre angle. En effet, alors que la conception occidentale du pouvoir est de type pyramidal et comprend des mécanismes tels que la ligne de parti, le veto ou le bâillon, les sociétés autochtones, elles, se gouvernaient par des systèmes plus participatifs et circulaires. Plutôt que l’imposition verticale d’une mesure, c’est la prise de décision par consensus qui est recherchée. Ainsi, plus la question en jeu est importante, plus il y aura de décideurs impliqués. Cela nécessite du temps, de nombreuses discussions et du respect entre les intervenants.

À voir l’histoire qui se répète sans cesse chaque fois qu’une crise survient dans le milieu autochtone, on peut se questionner sur les fondements mêmes des relations avec les gouvernements. Il paraît qu’il n’y a que les fous qui font toujours la même chose en espérant atteindre un résultat différent. Message subliminal à tous les leaders.

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