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Un corps professoral entièrement autochtone à Concordia

Catherine Richardson, Elizabeth Fast et Faye Mullen, de l'Université Concordia, font partie des employés autochtones de cet établissement.

Catherine Richardson, Elizabeth Fast et Faye Mullen, de l'Université Concordia, font partie des employés autochtones de cet établissement.

Photo : Radio-Canada

Tous les professeurs d’un programme de l’Université Concordia sont autochtones. Une première pour une université québécoise et un pas de plus vers « l’autochtonisation » de l’établissement montréalais, qui multiplie les démarches en ce sens depuis les dernières années.

« C’est assez révolutionnaire et ça mérite, je pense, d’être souligné », se réjouit Catherine Richardson, professeure et directrice du programme d’études des peuples autochtones (mineure, majeure) depuis le printemps dernier.

Depuis son entrée en fonction, la professeure métisse, crie et dénée a embauché quatre nouveaux enseignants autochtones dans son département. Un exploit notamment en raison des normes syndicales, où l’ancienneté et les études universitaires ont généralement préséance.

« La prochaine étape serait d’embaucher des gens qui n’ont pas de doctorat ou d’éducation formelle », argue Mme Richardson. Une tendance qui fait son chemin dans les universités canadiennes, qui souhaitent diversifier leur corps professoral et embaucher davantage d’Autochtones.

« Imaginez une personne haudenosaunee (iroquoise) qui enseigne sur sa propre communauté. [...] Ce sont eux les gardiens du savoir de leur communauté. Si on utilise les processus européens, les [Autochtones] ne seront jamais embauchés », ajoute-t-elle.

Vers la décolonisation

Les démarches pour « décoloniser » les institutions se sont accélérées depuis la publication du rapport de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, en 2015. Plusieurs appels à l’action concernent spécifiquement les universités et les cégeps.

À Concordia, qui a son propre « plan d’action sur les directions autochtones » depuis l’année dernière, divers postes autochtones ont été créés dans les récentes années. C’est notamment le cas du poste de directrice principale des directions autochtones de Concordia, occupé par Manon Tremblay, d’origine crie, ou encore celui de directrice de la décolonisation des programmes d’études et de la pédagogie, assumé par Donna Goodleaf, une Mohawk de Kahnawake.

Avec son plan d’action, l’Université vise notamment à accroître son nombre d’étudiants inuit, métis ou issus des Premières Nations ou encore à intégrer les savoirs autochtones dans la pédagogie. L’institution veut aussi favoriser l’embauche de professeurs et d’employés autochtones, un geste qui, croient les enseignants, a une incidence directe sur le contenu des cours.

Sensibilité culturelle

Faye Mullen, d’origine anichinabée, fait partie de la plus récente vague d’embauche. Elle donne un cours depuis cet hiver en plus de travailler comme intervenante en soutien aux étudiants autochtones.

Dans ses classes, elle a choisi une approche d’apprentissage consensuel, où les étudiants mènent en quelque sorte la conversation. « Lors des premiers cours, nous avons collectivement convenu d'un protocole et de la façon de créer des espaces plus sécuritaires dans la classe. C'est un accord plutôt qu'un contrat ou un syllabus », illustre-t-elle.

En tant qu’enseignante autochtone, Catherine Richardson estime qu’elle fait sans doute davantage preuve de sensibilité culturelle. Un exemple : si elle doit parler en classe de suicide, un fléau qui touche une grande partie des communautés autochtones du pays, elle s’assure de le faire avec doigté et de contextualiser le phénomène.

« Le suicide est lié au colonialisme et aux pensionnats, ce qui explique que certaines personnes ressentent qu’elles n’ont pas leur place sur la planète. C’est de ça qu’il faut parler », souligne la professeure.

« Alors qu'ailleurs, on va dire, “ils s’enlèvent la vie parce qu’ils sont déprimés et anxieux” », ajoute-t-elle. Cette même délicatesse, l'enseignante l’a en abordant d’autres sujets, que ce soit les pensionnats autochtones ou encore la rafle des années 60.

Pense-t-elle que des enseignants non autochtones seraient capables de faire preuve de tant de sensibilité? Catherine Richardson prend un moment pour réfléchir. « Non, car ils ne l’ont pas vécu. À moins d’être particulièrement sensible culturellement, vous ne connaîtrez pas ce protocole », estime-t-elle.

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