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Qui peut légitimement se dire Autochtone?

Une femme innue prépare la banique dans le sable et la cendre.

Une femme innue prépare la banique dans le sable et la cendre.

Photo : Radio-Canada / Evelyne Côté

Alexandra Lorange s’est présentée comme une Autochtone. Or, deux chercheurs en généalogie n'y croient pas, comme le montrait vendredi Espaces autochtones. Les premières réactions sont venues de chefs atikamekw qui ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme un nouveau cas d’usurpation d’identité. D’autres membres des Premières Nations se sont exprimés dans le cadre de l’émission Espaces autochtones en direct.

« C’est très complexe, cette question-là », constate le directeur général de Montréal autochtone, Philippe Meilleur, un Mohawk de Kanesatake. « Il faut que notre tolérance envers les gens qui n’ont pas suffisamment de crédibilité cesse. » Il ajoute que la place doit revenir « aux personnes qui sont, à proprement dit, Autochtones, qui ont une expérience de vie autochtone et qui prennent les rênes de l[leurs] projets ».

Selon lui, cette appropriation identitaire est une injustice en plus des autres injustices. Ces questions identitaires n’existaient pas avant la colonisation dit-t-il, s’inquiétant qu’il faille maintenant « commencer à trier les gens, mettre des protocoles traditionnels qui n’existent pas ».

Membre de la Première Nation innue de Pessamit, Tanya Sirois rappelle que le monde des Premières Nations est petit au Québec. « On le savait, que certaines personnes n’avaient pas leur statut, s’autoproclamaient, et je trouve que c’est bien qu’on fasse ressortir ça parce qu’on peut être un allié, mais ça veut pas dire qu’il faut s’approprier l’identité culturelle de la nation. »

Au cours des derniers mois, quelques cas d’appropriation d’identité ont surgi. Des chercheurs en généalogie ont remis en doute l’ascendance micmaque de la conseillère Marie-Josée Parent, qui était la « première élue autochtone de la Ville de Montréal ». Il y a ensuite eu le cas Nadine St-Louis, mis au jour par La Presse +. Elle aussi soutenait avoir des origines micmaques.

« C’est un phénomène qui est propre à Montréal », constate la directrice générale du Regroupement des centres d’amitié autochtones du Québec (RCAAQ). « C’est sûr qu’à Sept-Îles, c’est moins tentant de s’autoproclamer. Les gens se connaissent, c’est un petit milieu. »

L’ethnologue Isabelle Picard abonde dans le même sens. « On se connaît tous, Donc c’est quand même pas une surprise », dit-elle, tout en se demandant si toutes ces personnes « qui se sont autodénoncées ou qui ont été dénoncées d’une manière ou d’une autre ont fait tout mal ». Elle répond : « Je ne pense pas non plus, il faut quand même en prendre et en laisser. »

« Il y a 10 ans, j’aurais voulu faire avancer certaines thématiques pour Montréal, ça aurait été impossible », explique Philippe Meilleur. « Les gens ne savaient même pas qu’on existait, les Autochtones n'étaient pas sur le radar politique. Et là, tout à coup, le politique a changé. »

La Commission de vérité et réconciliation (CVR) est venue révéler la réalité des pensionnats autochtones et le « régime d’apartheid basé sur le passé culturel des gens » rappelle-t-il. « Et là, tout à coup, on se réveille et on commence à investir de l’argent, créer des opportunités et des porteurs de projet peuvent finalement avancer. »

Toutefois, il se désole que certains n'aient « pas le niveau d’autochtonie nécessaire pour pouvoir s’investir dans des projets », alors que d’autres « ont été tolérés par des Autochtones ».

« C’est extrêmement complexe de pouvoir déterminer qui on croit être une personne autochtone », concède-t-il.

« L’identité, c’est une définition qui est extrêmement complexe », renchérit Isabelle Picard. « Quand on pense aux adoptions, coutumières, traditionnelles aussi, à la reconnaissance de la communauté, comment est-ce qu’on peut réussir à dire : "̎Lui, il est Autochtone?"̎ » Une réflexion doit avoir lieu pour décider comment faire les choses, pense-t-elle.

« Ils étaient où, ces gens-là, quand on mangeait de la misère? » Ce commentaire recueilli par l’ethnologue vendredi matin sur Facebook résume ce qui l’ennuie. « C’est dérangeant quand on va chercher des subventions, des bourses qui pourraient appartenir à des gens qui en ont réellement besoin, Effectivement, ça pose un problème. »

Un problème que relève également Tanya Sirois, soulignant que des personnes qui disaient avoir « une identité autochtone faisaient la morale, même à d’autres Premières Nations ».

Son message est clair : « On parle beaucoup d’autodétermination. Il faut laisser la place aux jeunes, il faut laisser la place aux Premières Nations, il faut laisser la place aux femmes des Premières Nations et Inuit, mais pour ça, il faut que les gens qui ne le sont pas se tassent un peu. »

Écoutez l'émission :

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