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Des archives de Wendake à vendre sur eBay

Konrad Sioui, grand chef de la nation huronne-wendat

Photo : La Presse canadienne / JACQUES BOISSINOT

Laurence Niosi

Une partie du patrimoine documentaire wendat est à vendre sur eBay pour 35 000 $. Une situation que déplore le conseil de la nation, qui tente depuis 20 ans de récupérer la collection de documents originaux.

« Une chose est certaine, on ne paiera pas cette somme-là pour des documents qui peuvent nous servir », affirme le grand chef Konrad Sioui en entrevue à Radio-Canada.

En vente depuis de nombreuses d’années, les documents baptisés « fonds privé Antoine Oscar Bastien », du nom d’un ancien agent des Affaires autochtones, se sont retrouvés il y a quelques semaines sur le site transactionnel eBay. La livraison est offerte - moyennant des frais supplémentaires - au Canada et aux États-Unis.

Le conseil de la nation tente depuis une vingtaine d’années de mettre la main sur ces correspondances de « l’agent indien » d'origine wendat, qui permettent d’en savoir plus sur la vie quotidienne des Wendat entre 1880 et 1920. Des services médicaux qui leur étaient prodigués jusqu’aux anciens litiges territoriaux.

Mais ses efforts restent vains. « On a besoin de tous nos documents, mais là, quand c’est rendu sur eBay et d’autres sites, c’est trop cher. On n’a pas ces budgets-là », déplore le grand chef de la nation wendat qui possède son propre centre d’archives depuis 1996.

Le prix du fonds en question - 35 000 $ - a été déterminé par un expert privé. Mais le conseil de la nation la juge trop élevée, et tente actuellement de trouver un double de ces documents que pourrait abriter Bibliothèque et Archives Canada.

Trouvés dans un grenier

Pendant longtemps, ces documents ont appartenu à Line Gros-Louis, chef du Conseil de la Nation huronne-wendat et responsable notamment de la culture. La fille de l’ancien grand chef de Wendake Max Gros-Louis a trouvé les documents dans son grenier quand elle a fait l’acquisition de la maison de Maurice Bastien, neveu d’Antoine.

Pendant de nombreuses années, Mme Gros-Louis a tenté de vendre sa collection au conseil, sans succès. « [Le conseil] m’offrait 1000 $, alors que seule l’évaluation de la collection m’a coûté 1500 $! Si j’[avais été] très nantie, je les aurais donnés, mais c’est mon fonds de pension, moi, ces documents », se défend la chef, qui est aussi propriétaire d’un gîte touristique et d’une boutique d’art à Wendake.

« C’est facile à dire qu’il faut que ces documents reviennent à la nation, mais que le conseil l’achète alors! », ajoute-t-elle.

En entrevue, Mme Gros-Louis nie être l'instigatrice de la vente des documents sur eBay. Elle affirme cependant avoir vendu sa collection « au meilleur offrant ». Cet individu, originaire de Québec, serait à l'origine de la transaction.

Alors que la tendance est aujourd’hui au rapatriement d’objets sacrés et de documents vers les communautés autochtones, Konrad Sioui déplore la fuite d’un pan de l’histoire de Wendake.

« On s’est tellement fait déposséder dans le passé, en plus », ajoute le grand chef, citant notamment des objets et des archives de la nation autrefois entreposés à la maison Tsawenhohi, dans le Vieux-Wendake, éparpillés et vendus à des particuliers.

Dans les prochains jours, la nation tentera de déterminer si elle peut empêcher ces documents de sortir des frontières du Québec.

Correctif :

Dans une version précédente de cet article, nous écrivions qu'un expert de la Commission canadienne d’examen des exportations de biens culturels avait déterminé le prix du fonds, ce qui est inexact. Il s'agit plutôt d'un expert privé.

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