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Le grand chef Simon de Kanesatake veut rétablir la police mohawk malgré l’opposition

Le grand chef de Kanesatake Serge Otsi Simon pose pour la caméra le 27 janvier 2020.

Le grand chef de Kanesatake Serge Otsi Simon

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le grand chef Serge Otsi Simon entend rétablir un corps policier mohawk à Kanesatake « dès cet été », 15 ans après sa dissolution. Un projet qui est loin de faire l’unanimité dans la communauté, encore ébranlée par les violences de l’hiver 2004.

Depuis des mois, le grand chef de la communauté mohawk réclame la création d’un corps de police autochtone pour faire face notamment à la prolifération des comptoirs de cannabis et au crime organisé.

Ce nouveau corps policier aurait cette particularité qu’il serait indépendant du conseil de bande, affirme le grand chef en entrevue à Espaces autochtones. « On va demander à des communautés soeurs [mohawks] – Akwesasne, Kahnawake – d’envoyer des policiers et de former un comité de gestion. Donc les autres communautés vont gérer pendant quelques années jusqu’à ce que la situation soit plus stable », indique-t-il.

Serge Simon ne veut pas, dit-il, répéter les erreurs du passé.

La communauté est sans police mohawk depuis son démantèlement en 2005 et les violences qui ont conduit au siège du poste de police et à l’incendie de la maison du chef de l’époque, James Gabriel. Ce dernier avait, sans succès, tenté de déloger de force le chef de police, qu’il disait corrompu.

« Ça ne va pas être comme sous James Gabriel », assure le grand chef. « Ça va être une police qui va protéger la population et non réprimer. On a des membres plus vulnérables, des enfants, des aînés, des femmes. On doit avoir les outils pour protéger notre population. »

Le grand chef vise cet été ou encore cet automne pour rétablir son corps policier, même si depuis des années il essuie des refus d’Ottawa et de Québec pour dégager des fonds. « On est en train de travailler sur un budget à leur présenter », affirme Serge Otsi Simon, suggérant que les 1,9 million de dollars dépensés par la province pour patrouiller dans le territoire pourraient facilement être redirigés vers son projet.

Aucune réunion n’est toutefois prévue avec les ministres fédéraux ou provinciaux dans les prochaines semaines.

Un projet qui divise

Depuis les événements des années 2000, c’est en effet la Sûreté du Québec (SQ) qui dessert la communauté de Kanesatake. Mais les relations entre la SQ et la communauté, particulièrement depuis la crise d’Oka en 1990, sont loin d’être au beau fixe. Le corps policier provincial s’aventure rarement en territoire mohawk.

Des membres de la communauté ne veulent pas plus d’une police autochtone après les événements des années 2000. « C’est un gaspillage d’argent. La communauté est petite et peut s’organiser toute seule pour fournir sa propre sécurité », affirme Al Harrington, un Ojibwé qui habite la communauté de 1300 résidents depuis plus de 10 ans.

Le militant, qui a récemment observé une grève de la faim pour attirer l'attention sur les revendications territoriales mohawks, verrait plutôt un agent de liaison de la SQ qui serait autochtone pour patrouiller dans le territoire et travailler en étroite collaboration avec les Mohawks.

Al Harrington observe une grève de la faim à Kanesatake pour demander un moratoire sur le développement en terres contestées.

Al Harrington est un résident de Kanesatake

Photo : Radio-Canada / Laurence Niosi

Un autre résident, un ancien agent de liaison de la police mohawk qui a vécu de très près les événements de 2004, verrait plutôt un corps policier communautaire, axé sur les mesures de prévention et de sensibilisation.

« L’ancienne police mohawk avait comme mandat de perquisitionner, et d’appliquer le Code criminel. Cette attitude ne fait qu’empirer la méfiance de nos citoyens. Ça prend de la finesse et de la diplomatie entre les factions, sinon c’est l’histoire qui va se répéter », prévient le résident de Kanesatake, s’exprimant sous le couvert de l’anonymat.

La création d’une nouvelle force de police par le grand chef « pourrait vraiment mal virer » à Kanesatake, où l’industrie du tabac et du cannabis représente une partie importante de l’économie, renchérit Al Harrington.

En plus des vendeurs de cannabis qui estiment exercer leur droit souverain de vendre sur leur territoire, une partie de la communauté ne reconnaît pas non plus l'autorité du conseil de bande, considéré comme une branche du gouvernement fédéral.

Pas de communications

Les habitants de Kanesatake contactés par Radio-Canada affirment par ailleurs ne jamais avoir entendu parler des plans du grand chef Simon, qu’ils accusent de ne jamais les consulter. « La communauté aimerait que le chef soit plus transparent. On ne connaît les plans de Serge et du conseil qu’à la dernière minute », déplore Al Harrington.

Cet été, plusieurs membres de la communauté avaient reproché à Serge Simon de s’être entendu avec le promoteur Grégoire Gollin sur un transfert de terrain, sans les consulter. Face à la grogne, le grand chef avait dû rencontrer ses concitoyens au moment où les tensions étaient à leur comble avec la municipalité voisine d’Oka.

Au Québec, 22 corps de police autochtones autonomes desservent 44 des 55 communautés. Les autres sont desservies par la Sûreté du Québec.

Malgré la dissidence, le grand chef demeure convaincu que sa population appuie la formation d’un corps policier. Ou du moins qu'elle représente une alternative valable à la SQ.

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