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Une chaire pour décoloniser la pratique infirmière

Un père embrasse son enfant sous le regard de la mère.

Selon la professeure des sciences infirmières de l’Université de Montréal Amélie Blanchet Garneau, « Les services de santé ne répondent pas aux besoins des Premières Nations et des Inuit ».

Photo : getty images/istockphoto / MonaMakela

Laurence Niosi

Donner de meilleurs soins de santé aux autochtones en milieu urbain. C’est l’objectif de la professeure de l’Université de Montréal Amélie Blanchet Garneau, qui a obtenu l’automne dernier une chaire des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). Un rare projet de recherche en santé au Québec visant les Autochtones.

« L’objectif est de décoloniser la formation et la pratique infirmière », affirme la chercheuse, l’une des cinq titulaires de la chaire en soins infirmiers au pays.

Un million de dollars sur cinq ans lui ont été attribués pour financer divers projets et arriver à ses fins.

Les projets viseront expressément les Inuit et Premières Nations qui vivent en milieu urbain, qui représentent plus de 50 % de la population autochtone du Canada. « Ce sont eux qui vivent au quotidien les effets de la discrimination systémique dans les soins de santé », estime Mme Blanchet Garneau, qui travaille en étroite collaboration avec le Regroupement des centres d’amitié autochtones du Québec (RCAAQ).

Des exemples de cette discrimination ou de préjugés? Des patients qui se présentent à l’hôpital ou à l’urgence et dont on présume automatiquement qu’ils sont sous l’emprise de l’alcool. Un des cas les plus connus est celui de Brian Sinclair, mort dans un hôpital de Winnipeg après y avoir passé 35 heures sans être traité.

Ou encore du personnel en santé qui refuse de s’adresser aux patients autochtones en anglais, souvent leur deuxième langue.

Amélie Blanchet-Garneau dans notre studio radio

Amélie Blanchet-Garneau, professeure adjointe à la Faculté des sciences infirmières et nouvelle titulaire de la Chaire de recherche autochtone en soins infirmiers de l'Université de Montréal

Photo : Radio-Canada

« Ce sont de petites choses comme ça, souvent sournoises, » venant d’un personnel qui ne comprend pas les effets du colonialisme sur le système de santé, illustre la professeure adjointe à la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal.

Sa recherche s’articulera donc sur deux axes : outiller les professionnels de la santé afin qu’ils puissent lutter contre cette discrimination. Et développer des pratiques culturellement sécurisantes pour les Autochtones qui vont consulter dans le système de santé.

Cette absence de services qui répondent aux besoins spécifiques des Autochtones a d’ailleurs été maintes fois relevée lors des audiences de la commission Viens, dont le rapport final insiste sur l’importance d’offrir de meilleurs services en santé aux Autochtones.

Peu de recherche francophone

La chaire de l’IRSC attribuée à Amélie Blanchet Garneau constitue curieusement un rare financement en recherche qui porte sur la santé des Autochtones au Québec, relève la coordonnatrice à la recherche pour le RCAAQ, Audrey Pinsonneault.

« Il y a vraiment un vide en recherche en français », souligne-t-elle.

Peu de fonds de recherche proviennent du gouvernement. Par ailleurs, souvent, les Instituts de recherche en santé du Canada offrent du financement en recherche en santé autochtone au Québec, mais personne – pas même les instances autochtones – ne sollicite ce type de fonds. Par conséquent, la chaire est attribuée à un chercheur qui travaille ailleurs au Canada.

Normal, dit Audrey Pinsonneault, très peu d’Autochtones travaillent dans le milieu de la santé ou obtiennent des diplômes postsecondaires. « Il n’y a aucune conciliation études-famille pour les formations en sciences infirmières. Un étudiant autochtone ayant des enfants ne peut pas faire un stage non rémunéré l’été. Ça n’a aucun sens pour les familles », souligne-t-elle.

Malgré tout, la participation autochtone sera essentielle aux projets d’Amélie Blanchet Garneau. Un aîné autochtone sera intégré à l’équipe de chercheurs pour chacun des projets.

« Toutes les priorités de la chaire viennent des priorités autochtones sur le terrain [...] En tant qu’allochtone, mon objectif est de laisser le plus de place aux perspectives autochtones », affirme la chercheuse.

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