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La complexité et les difficultés d'être chef d'une communauté autochtone

Le 17 janvier, le chef de la communauté micmaque de Listuguj, Darcy Gray, a annoncé qu’il quittait la vie politique en raison de « la culture de violence latérale » au sein du système de gouvernance de sa communauté. Cette décision met une fois de plus en lumière les difficultés d'être chef dans une communauté autochtone.

Jean-Charles Piétacho s'adresse à un journaliste.

Le chef de la communauté innue d'Ekuanitshit, en Minganie, Jean-Charles Piétacho

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Mageau

Anne-Marie Yvon

Jean-Charles Piétacho est à la tête d'Ekuanitshit en Minganie depuis 1991. Fondée en 1963, cette petite communauté innue, d'environ 600 personnes, dépend d’un budget de 10 millions de dollars provenant du fédéral. Mais les besoins demeurent immenses.

Espaces autochtones en direct : Les chefs des communautés

Avec cette somme, il doit administrer la santé, l'éducation et les infrastructures, entre autres. Il doit aussi s’assurer de donner de l’emploi aux membres de sa communauté, tâche particulièrement difficile alors que 65 % des jeunes sont âgés de moins de 30 ans.

S’il apprécie être un leader choisi par sa communauté, selon son code électoral, il aime moins le mot « chef » défini par la loi fédérale.

« Moi, j’ai pas choisi ce système, c’est un système imposé, c’est un système colonial, et des fois je me sens comme le colonisé qui devient colonisateur. »

Le chef Piétacho regrette que le système imposé crée des divisions au sein de son peuple, le peuple innu qui n’est pas reconnu « parce que c’est remplacé par un système qui fait qu’aujourd’hui on connaît des divisions et un système social [traditionnel] qui est ébranlé, sinon brisé ».

Selon Isabelle Picard, certains Autochtones voient les conseils de bande comme un « pantin du gouvernement fédéral »; ils ne les reconnaissent donc pas et n’acceptent pas leurs décisions.

Un problème qu'affrontait le chef de Listuguj, Darcy Gray, qui a dénoncé les effets d’une culture de violence latérale entre les membres de sa communauté, induite, selon lui, par la Loi sur les Indiens.

D'après le chef Piétacho, le réel défi est de convaincre ses concitoyens que, malgré le système actuel, le pouvoir, c’est eux. « On a le pouvoir de faire ce qui nous convient dans la communauté, même si des fois on se fait pénaliser. »

Certaines communautés ont choisi de garder un système traditionnel parallèle, explique Isabelle Picard. C’est le cas des Mohawks qui ont des mères de clans et un rôle particulier pour les aînés.

D’autres, comme les Wetsuwet’en en Colombie-Britannique, ont des chefs héréditaires. Ce sont eux qui « se sont opposés à la décision des chefs des conseils de bande de faire passer un pipeline sur leur territoire traditionnel », donne-t-elle en exemple.

Et les femmes, ont-elles accès au pouvoir depuis 1951?

L’adoption de la Loi sur les Indiens en 1876 a défini le fonctionnement et la gestion politique des conseils de bande, mettant un terme au système de gouvernance traditionnel et reléguant les femmes au second plan.

Elles qui avaient toujours eu « leur mot à dire dans les décisions de leur famille, de leur clan, de leur communauté, voire de leur nation », explique l’ethnologue Isabelle Picard, ont dû attendre jusqu’en 1951 pour être admises aux postes de chef et de conseillère.

Isabelle Picard sort les chiffres. « Au Québec, les femmes au poste de chef oscillent entre cinq et sept, sur une possibilité de 41 communautés des Premières Nations. »

En 2019, elles étaient 87 sur une possibilité de 633 (14 %) dans l’ensemble du pays. Si elles sont un peu plus nombreuses au poste de conseillères, « on est encore très loin de la parité des genres », conclut l'ethnologue.

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