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chronique

Le vivre-ensemble avec les Autochtones doit être enseigné au Québec

François Legault et Jean-François Roberge en conférence de presse.

Le premier ministre du Québec, François Legault, et son ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge.

Photo : Radio-Canada

Edith Bélanger

À la mi-janvier le gouvernement de la CAQ a annoncé qu’il entamait une réforme visant à remplacer le cours actuel d’éthique et de culture religieuse. Depuis sa création, ce cours a toujours été l’objet de débats et de controverses.

Alors que certains en critiquaient les thèmes ou encore le relativisme avec lequel les différentes croyances sont présentées, d’autres y voyaient une forme d’apologie de la religion qui n’a pas sa place dans un système d’éducation laïque. Bref, l’abolition de ce cours n’a pas fait verser beaucoup de larmes.

Or, par quoi le remplacer?

De plus, il n’est peut-être pas nécessaire de tout jeter en bloc, car il y a des éléments essentiels dans ce programme qui, eux, font consensus, tels que l’éthique, l’éducation citoyenne et les compétences pour développer le vivre ensemble.

Notre chroniqueuse Edith Bélanger est une diplômée de philosophie de l’Université Laval. Elle poursuit actuellement des études en administration publique en contexte autochtone à l’ENAP. Elle est membre de la Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk (Malécite).

Une vision essentiellement passéiste des Autochtones

Parlons-en du vivre-ensemble. À ce sujet, les membres des Premières Nations ont une expérience douloureuse de plus de 400 ans à partager. Pourtant, jusqu’à présent, on a fait peu appel à cette « expertise » en matière de choc des cultures.

Dans le milieu autochtone, l’une des critiques fréquentes des programmes d’éducation générale au Québec et au Canada est à l’effet que le traitement des sujets autochtones dans les livres scolaires s’en tient souvent à évoquer une vision du passé et échoue à présenter les enjeux actuels .

On dit aussi que dans le contenu, écrit essentiellement d’un point de vue non autochtone, il est très peu question de la diversité des différentes communautés et, pire encore, on continue à véhiculer des stéréotypes dégradants .

Pourtant, c’est bien cette méconnaissance qui nourrit les préjugés. C’est pourquoi, dès l’annonce du début des consultations, certaines organisations autochtones ont d’emblée émis le souhait d’y prendre part afin de s’assurer que l’histoire, la spiritualité et les réalités des Premières Nations y soient incluses et présentées convenablement .

Un représentant de l’institut Tshakapesh de Uashat a mentionné à cette occasion que l’information appropriée est un élément clé dans un processus de réconciliation, puisqu’il permet aux parties de se comprendre . En effet, il faut bien plus qu’un étalement de faits historiques pour atteindre l’objectif. Il est question de valeurs, de culture, des langues autochtones et de la reconnaissance de leur importance dans notre histoire collective. Une importance largement minimisée dans les cursus actuels.

Au fond, ce que les Premières Nations souhaitent c’est d’être reconnues et respectées dans un pays qui, trop souvent, se soucie davantage de l’intégration des immigrants que de la place des vrais peuples fondateurs.

Les immigrants et les Autochtones : des passerelles à construire

Étrangement, il semble que les nouveaux arrivants, eux, soient davantage sensibilisés et préoccupés que les gouvernements par les réalités des peuples autochtones du Canada. Aussi, comme si la discussion sur les valeurs et l’éducation flottait dans l’air du temps, la fondation Winnipeg a publié récemment un guide favorisant le dialogue entre les nouveaux arrivants et les Autochtones.

Selon ce document, cette initiative provient d’une volonté des immigrants, qui, se sentant interpellés par la situation des Autochtones au pays, souhaitent savoir quel est leur rôle dans le processus de réconciliation. L’initiative est certainement intéressante, mais selon moi, elle contourne le réel problème.

Le guide l’évoque clairement : les nouveaux arrivants assimilent rapidement les stéréotypes et adoptent les attitudes de la culture dominante au sujet des communautés autochtones.

Voilà! Il est là, le problème.

Certains nouveaux arrivants apportent, certes, avec eux certains stéréotypes envers les Autochtones, mais, soyons réalistes, les préjugés sont déjà bien vivants ici, dans la population d’origine coloniale qui se dit, « de souche » .

Quelle place pour les Autochtones?

S’attarder à la refonte du cours d’éthique et de culture religieuse, comme le suggère la CAQ, en y incluant plus de contenu sur les réalités autochtones est donc, possiblement, une avenue intéressante. Or, on peut légitimement se demander quelle place le Québec prévoit accorder aux premiers peuples dans son projet de société.

La question se pose, car, pour l’instant, ce gouvernement empile les gaffes qui engendrent de la méfiance de la part des organisations autochtones. Après les commentaires malhabiles de la ministre d’Amours, en décembre dernier, et la contestation de la Loi C-92, on apprenait, que le premier ministre Legault n’avait pas l’intention d’assister à la rencontre avec les chefs, prévue le 27 janvier, pour discuter de la mise en œuvre des recommandations de la commission Viens.

Espérons que la refonte de ce cours sera l’occasion pour le gouvernement de réaliser que les Autochtones ne sont pas une réalité du passé et que les communautés poursuivent, sans relâche, leur marche vers l’autonomie et l’autodétermination.

Dans ce processus, le questionnement pourrait s’inverser et certains se demanderont, à la lumière de nos histoires partagées, quelle est la place du Québec dans l’avenir de la gouvernance autochtone. En effet, quiconque connaît bien l’histoire ne peut passer à côté du fait que, du point de vue autochtone, la société québécoise, d’origine française, est aussi issue de l’immigration.

Alors, qui donc est le mieux placé pour donner des leçons sur le vivre-ensemble?

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