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Jemmy Echaquan : la nécessité d'occuper l'espace télévisuel

La cinéaste et actrice Jemmy Echaquan Dubé.

La cinéaste et actrice Jemmy Echaquan Dubé, une Atikamekw qui a grandi à Manawan, dans Lanaudière.

Photo : Radio-Canada / Jean-Francois Villeneuve

Après Eyota Standing Bear dans Unité 9, voilà qu’un nouveau personnage autochtone fait son apparition dans le paysage télévisuel québécois. Jemmy Echaquan, de Manawan, incarne dans la télésérie Fugueuse Daisie Flamand, une prostituée atikamekw qui n’a pas froid aux yeux.

La jeune femme donne la réplique depuis cet hiver à Ludivine Reding dans la deuxième saison de Fugueuse, une série à TVA sur des adolescentes prises dans des réseaux de prostitution.

Militante et réalisatrice pour Wapikoni, où elle travaille aussi comme adjointe à la distribution, la jeune touche-à-tout en est toutefois à sa première apparition devant la caméra. « Je me suis dit, pourquoi pas », dit-elle du moment où elle a été approchée pour passer des auditions.

Jemmy Echaquan ne cache pas sa réticence initiale à incarner un personnage qui pourrait véhiculer des clichés sur les femmes autochtones. « Ça m’a pris du temps à accepter que j’allais jouer une prostituée. J’aurais préféré ne pas montrer cette image à l’écran », laisse tomber la comédienne de 26 ans.

Il y a deux ans, l’actrice innue Natasha Kanapé Fontaine avait exprimé un malaise similaire à l’idée d’incarner une détenue au passé difficile dans l’émission Unité 9, surtout dans un contexte de sous-représentation de la diversité à la télévision.

Jemmy Echaquan s’est cependant rapidement attachée à son personnage, une jeune mère qui vit une relation tumultueuse avec son proxénète Karim. « Daisie n’est pas juste une prostituée, c’est aussi une femme forte et indépendante, qui n’hésite pas à envoyer promener son pimp. C’est elle qui incarne le plus la liberté de toute l’émission », dit-elle.

L'actrice atikamekw Jemmy Echaquan joue le rôle de Daisie Flamand dans la deuxième saison de Fugueuse, à TVA.

L'actrice atikamekw Jemmy Echaquan joue le rôle de Daisie Flamand dans la deuxième saison de Fugueuse, à TVA.

Photo : Courtoisie/TVA

Sortir de l’ombre

Et puis, en jouant Daisie, Jemmy est consciente de sortir en quelque sorte les Autochtones – et les Atikamekw – de leur invisibilité dans l’espace télévisuel. Rarement voit-on au petit écran un personnage autochtone contemporain faire référence à un pow-wow. Encore moins entend-on l’accent de Manawan et son caractéristique « r » roulé.

Les choses évoluent toutefois tranquillement. Les actrices inuit Ulivia Uviluk et Nancy Sanders ont fait cet hiver leurs premiers pas devant la caméra dans une autre série populaire de TVA, Épidémie. Elles y incarnent respectivement une étudiante en biochimie et une itinérante.

Jemmy Echaquan a d’ailleurs senti une grande ouverture de la part de la scénariste de Fugueuse Michelle Allen, et de toute l’équipe de production, à entendre ses idées et ses suggestions. Une ouverture qui n’aurait peut-être « pas existé il y a 10 ans », suggère-t-elle.

Malgré tout, Jemmy Echaquan insiste sur l’importance de « faire de l’éducation » sur les réalités autochtones sur le plateau. Un exemple? Son personnage devait initialement s’appeler Daisie Bellefleur, un nom de famille innu qui n’existe pas chez les Atikamekw. Le nom Flamand, très commun chez les Autochtones de la Mauricie et de Lanaudière, lui a finalement été préféré.

Jemmy a également suggéré l’embauche d’un traducteur pour les scènes tournées dans sa communauté de Manawan – où la production s’est installée pendant quelques jours.

De Manawan à Montréal

Depuis les dernières années, celle qui a grandi entre Manawan et Joliette s’est tenue bien occupée. Cinéaste et monteuse, elle est aussi porte-parole du Réseau jeunesse des Premières Nations du Québec et du Labrador.

C’est d’ailleurs à ce titre qu’elle a été invitée l’automne dernier à prendre part à la grande marche pour le climat aux côtés de la jeune militante Greta Thunberg, à Montréal.

Que ce soit à travers son militantisme ou ses courts-métrages – qui abordent souvent les thèmes de l’identité ou des idées reçues – toujours le même fil conducteur. Toujours cette quête de « sensibiliser » pour défaire les préjugés envers les Autochtones.

C’est d’ailleurs ce qu’elle souhaite continuer à faire dans les prochaines années. Notamment, espère-t-elle, en tournant pour la télévision. « J’aimerais pousser les choses encore plus loin. Si moi je pousse là-dedans, peut-être que d’autres Autochtones voudront suivre mon exemple », dit-elle.

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