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Une ancienne chef accuse le conseil de bande de Gespeg de fraude électorale

Manon Jeannotte, chef des Mi'gmaq de Gespeg.

Manon Jeannotte, ex-chef des Mi'gmaq de Gespeg

Photo : Radio-Canada

Laurence Niosi

Des membres de la communauté micmaque de Gespeg, en Gaspésie, accusent leur conseil de bande d’avoir changé la liste électorale à trois semaines des élections, diminuant considérablement la population admissible au vote. Une ancienne chef a même déposé une plainte formelle pour fraude à la Sûreté du Québec.

La semaine dernière, le conseil de bande a publié sa nouvelle liste électorale, qui contient environ 930 noms. Or, plusieurs membres de la petite communauté autochtone ont été surpris de constater que leur nom ou celui de leurs proches ne s’y trouvait pas.

« Je suis insulté et révolté », s’insurge Mark Sinnett, membre et candidat au poste de chef de la communauté autochtone qui compte quelque 1500 membres.

« Ils ont enlevé des membres de la liste, sans aller en consultation, et des gens qui ont voté dans les dernières élections [en 2015] et ont toujours été membres ne peuvent plus voter », affirme l’homme d’affaires et conseiller, ajoutant que sa propre fille a été retirée de la liste.

Les élections ont été lancées à Gespeg le mois dernier sur fond de tension. Des membres de la communauté, qui sont dispersés entre Gaspé et Montréal, accusent leur conseil de bande de manquer de transparence et de faire régner un « climat de terreur » et d’intimidation. Des allégations que réfutent les conseillers.

La communauté micmaque basée à Gaspé est l’une des rares au pays à ne pas avoir d’assise territoriale. Elle possède cependant son propre code électoral tout en déterminant qui appartient ou non à la communauté. Cet ensemble de mesures doivent être avalisées par un référendum.

Son code électoral stipule que toute personne ayant « le droit d’être » enregistrée sur la liste de la nation peut voter. Ce qui inclut par exemple des personnes qui n'ont pas le statut d'Indien, mais dont les parents le possèdent.

Or, plusieurs de ces personnes ont été retranchées de la nouvelle liste sans préavis, disent des membres. « Il y a des centaines de personnes qui manquent, et même des membres statués reconnus par Affaires autochtones qui ne sont plus là », déplore Manon Jeannotte, dernière à avoir occupé la fonction de chef à Gespeg. Son poste est vacant depuis son départ en cours de mandat à l'hiver 2019.

Une plainte à la SQ

Vendredi, Manon Jeannotte a donc porté plainte à titre individuel auprès de la Sûreté du Québec (SQ). Le document de la plainte a été consulté par Espaces autochtones.

L'ancienne chef y dénonce une « manipulation frauduleuse de la liste électorale », dont plusieurs centaines de membres auraient été retranchés depuis décembre dernier.

La SQ n'a pas voulu confirmer la réception de cette plainte. De son côté, la présidente d’élection Marie Christine Côté, du cabinet de notaires Simard Côté Monette, une firme externe embauchée par le conseil de bande, affirme ne pas avoir encore reçu de plainte pour fraude.

Des membres de la communauté dénoncent en outre la période restreinte pour voter dont disposent les membres montréalais, soit le 5 février, un mercredi, entre 10 h et 18 h. Les membres de Gaspé peuvent quant à eux voter par anticipation à partir du 13 janvier jusqu’au 4 février.

« C’est la première fois en 50 ans que les élections se passent un mercredi. Ça a toujours été un dimanche ou un samedi », déplore Nadia Robertson, qui se présente comme conseillère à Montréal.

« Le conseil n’a commis aucune fraude »

Dans un communiqué diffusé mercredi, le conseil de bande dément toutes allégations de fraude électorale, dans la foulée « d’une présumée plainte déposée par l’ex-chef de Gespeg, Manon Jeannotte », information qui a déjà circulé dans les médias locaux.

Le conseil ajoute que l’absence de « certains noms » s’explique par le fait que la liste électorale n'avait pas été mise à jour depuis les élections de 2015 conformément aux règles du code d’appartenance.

Dans son communiqué, le conseil affirme en outre vouloir favoriser « le maintien d’un climat sain » dans la communauté et s’engage à « collaborer avec les autorités en lien avec les fausses allégations qui le visent », dans le cas où la plainte se rendrait jusqu’à lui.

Les membres du conseil de bande n’ont pas répondu à notre demande d’entrevue. Dans leur communiqué, ils affirment qu'ils organisent un point de presse à Gaspé jeudi pour répondre aux questions des journalistes.

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