•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Rémi Savard : l’homme rieur et indigné

Rémi Savard, plus jeune, entouré de deux Autochtones.

Rémi Savard a mené de nombreux combats aux côtés des Autochtones.

Photo : Gracieuseté de François Léger-Savard

Guy Bois

« Tu comprends, les Indiens ne devraient plus être là. C’est une anormalité. On a tout fait pour les éliminer. Mais ils sont encore là. Voilà pourquoi les gouvernements ne savent pas trop quoi faire avec eux. »

C’est en gros ce que me disait Rémi Savard la dernière fois que nous avons partagé un repas avec la famille André il y a 3 ans. Un repas préparé par le fils et les filles de Mathieu André, Mistanapeo (le grand homme), avec qui Rémi Savard a passé de longues heures pour récupérer les mythes fondateurs de la nation innue, comme Carcajou ou Tshakapesh, des histoires qu'il racontait à ses propres enfants.

Des mythes que l’anthropologue élevait à la hauteur de ceux légués à la société occidentale par les Grecs ou les Romains.

« Nous autres, on se sauvait quand on voyait Rémi arriver, parce qu’on savait qu’on allait passer des heures à traduire ses questions et les réponses de mon père », me dit Brigitte André, qui faisait partie des 300 personnes venues rendre hommage à l’anthropologue mort le 20 décembre dernier.

Pour Luc André, « Rémi Savard a permis de récupérer une mémoire qui, autrement, aurait peut-être disparu », m’a-t-il confié à de nombreuses reprises.

Même son de cloche du côté de la poète Joséphine Bacon. « Rémi m’a permis de reconnecter avec ma culture », dit celle qui a longtemps été sa traductrice au petit laboratoire d’anthropologie de l’Université de Montréal.

« Petit », parce que les collègues de Rémi Savard à l’époque préféraient, pour leur recherche, l’Afrique ou l’Océanie aux grandes étendues de lacs et de rivières de la Côte-Nord.

Rémi Savard.

Rémi Savard était professeur retraité de l'Université de Montréal.

Photo : François Léger-Savard

« Moi, je me souviens surtout du rire de Rémi. Je l’entendais rire fort dans une autre pièce avec ma mère. On se disait : "Tiens, Rémi est là" », dit entre deux sanglots Évelyne St-Onge, dont la mère était aussi traductrice pour l’anthropologue.

En fait, si Rémi Savard a si bien « connecté » avec les Innus, c’est aussi parce qu’il savait rire. Et d’abord de lui-même. Le rire qui est au cœur de la culture innue. Le rire que Rémi Savard considérait comme « la manifestation d’une intelligence supérieure chez les Innus », comme l’écrit sa conjointe Marie Léger.

Mais Rémi Savard savait aussi s’indigner. Assez souvent d'ailleurs. En particulier lorsque deux jeunes Innus sont morts sur la Mishta-shipu (la rivière Moisie) dans des circonstances non encore éclaircies alors que la tension entre les agents de la faune et les Autochtones était à son comble à la fin des années 1970.

« Voilà un mentor, un professeur, un personnage, un grand intellectuel dans un monde sans relief qui n’honore pas assez ses penseurs. Outre ses contributions savantes dans le champ des mythes algonquiens, dans le champ aussi de l’infra-histoire, Rémi était l’incarnation même de l’homme indigné. Il a vécu l’ère de l’indifférence, de l’ignorance et de l’injustice », écrit à son tour l’anthropologue Serge Bouchard.

Or, le rire l’emportait le plus souvent chez Rémi Savard. C’est sans doute ce qui lui donnait son éternelle jeunesse. Un rire qui se « perpétue aujourd’hui pour l’éternité avec ses amis innus », comme l'a si bien dit son fils Gabriel.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Autochtones

Société