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Chaakapesh : Où terre et mer se rencontrent

Maestro Kent Nagano, Akinisie Sivuarapik, Owen McCausland et Geoffroy Salvas.

Maestro Kent Nagano, Akinisie Sivuarapik, Owen McCausland et Geoffroy Salvas, en prestation lors de la répétition générale de l'opéra « Chaakapesh, le périple du fripon », qui a été présenté dans plusieurs communautés autochtones du Québec par l'Orchestre symphonique de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Jean-Francois Villeneuve

Anne-Marie Yvon

Le fripon Chaakapesh est rentré au bercail après le second périple de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) dans le Grand Nord, à l’automne 2018. Les aventures de ce personnage mythique autochtone se poursuivent maintenant partout au Québec avec la sortie, sur grand écran, du documentaire Chaakapesh réalisé par Roger Frappier et Justin Kingsley.

« Les gens pensent qu’ils vont voir un film sur la musique, mais celui-ci glisse de la musique aux conditions de vie des Premières Nations et des Inuit », explique le coréalisateur et producteur Roger Frappier pour qui le but était d’être à l’écoute de la musique, mais avant tout des gens que les cinéastes allaient côtoyer lors de cette tournée de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM).

La tournée de l'opéra de chambre Chaakapesh, le périple du fripon chez les Autochtones, sous la direction de Kent Nagano, a permis à des Cris, des Innus et des Inuit de découvrir, sans bouger de leur communauté, le livret de l’auteur cri Tomson Highway sur une musique du compositeur classique Matthew Ricketts.

« Ce qu’on voulait, Roger et moi, c’est un lieu de rencontre. Et en créant ce lieu de rencontre, tout le monde a pu collaborer de façon égalitaire. C’est la beauté de ce projet et ce qu’on a réussi à faire », signale Justin Kingsley en parlant des démarches effectuées par l’équipe cinématographique pour s’intégrer aux communautés.

« Comme le dit dans le film Ernest Webb : "There’s a difference between sharing and stealing", nous, on était plus du côté sharing! », ajoute Roger Frappier.

Florent Vollant et le réalisateur Roger Frappier entourent Kent Nagano, le directeur musical de l'OSM.

Florent Vollant et le réalisateur Roger Frappier entourent Kent Nagano, le directeur musical de l'OSM.

Photo : © Fragments Distribution

Y’a de l’espoir dans notre film

Celui-ci compare le documentaire à un film d’action où tout le monde participe, en visant particulièrement les trois narrateurs Florent Vollant, Ernest Webb et Akinisie Sivuarapik, « des leaders », selon lui.

Ceux-ci racontaient sur scène la légende de Chaakapesh, chacun dans sa langue. Hors scène, ils se sont livrés à cœur ouvert. « Ce que Florent Vollant m’a appris, c’est que leur douleur, leur injustice historique est toujours présente », relate Roger Frappier. Florent Vollant lui a parlé de la blessure vive causée par « l’acculturation volontaire des gouvernements canadiens, de vouloir absolument en faire des Blancs ». Il lui a raconté la culture perdue, la langue, l’incapacité de chanter des chants de gorge au Nunavik. « Tout cela fait encore partie de leur douleur quotidienne, et pour moi ça a été un rappel douloureux », dit encore le réalisateur.

« Tant et aussi longtemps que le taux de suicide va être où il est, poursuit Justin Kingsley, que les conditions de vie vont être où elles sont, pas assez de logements, pas d’eau potable […] ça va faire en sorte que le Canada pour moi c’est un pays du tiers-monde. » Et selon lui, « c’est une honte et on doit changer ça! »

Justin Kingsley a réalisé le documentaire « Chaakapesh » avec Roger Frappier.

Justin Kingsley a réalisé le documentaire « Chaakapesh » avec Roger Frappier.

Photo :  © FRAGMENTS DISTRIBUTION

« Avant que ça s’appelle Chaakapesh, nous on a appelé ce film Où terre et mer se rencontrent, dit encore Justin Kingsley, en expliquant que la terre représente les Autochtones, les deux pieds bien ancrés. « Tu peux voir dans la distance, tu peux voir ce qui s’en vient, tu peux te préparer. Ça représente où on est allés. » La mer, c’est nous, ajoute-t-il, y’a des vagues, des intempéries, ça peut amener des choses négatives comme positives. »

Quelques projections ont déjà eu lieu à Montréal, Roger Frappier y a entendu des choses comme : « On ne connaissait rien de cette situation, ça me donne le goût d’en savoir davantage ».

« Comme le chante a cappella Florent Vollant à la fin du film, cette aventure, c’est pour ceux qui ouvrent le chemin! », termine Roger Frappier qui, comme les musiciens qui ont plongé dans les eaux glacées de Salluit au lever du jour, s’est lancé dans cette aventure cinématographique dans l’espoir d’intéresser le plus grand nombre.

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