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Des chefs autochtones dénoncent l'« attitude paternaliste » du gouvernement Legault

Le chef de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), Ghislain Picard.

Le chef de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), Ghislain Picard

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Laurence Niosi

Des chefs autochtones se sont insurgés contre l’« attitude paternaliste » du gouvernement de François Legault, qui a laissé entendre mercredi qu’il pourrait répondre à certaines recommandations du rapport Viens sans les consulter.

En entrevue à Radio-Canada, la ministre responsable des Affaires autochtones, Sylvie D’Amours, affirmait qu’elle préférait rencontrer les organismes autochtones, comme les centres d’amitié, plutôt que de ne passer que par les chefs, « une façon de faire qui a échoué ».

Le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL) dénonce un « dérapage énorme » de la ministre. « Ce n’est pas en ayant une attitude paternaliste qu’on va développer une relation saine », affirme d’emblée Ghislain Picard en entrevue à Espaces autochtones.

« [La ministre] ne comprend pas le sens de notre démarche ou comment nos structures opèrent. Elle se rapporte au premier ministre, nous [à l’APNQL] on se rapporte à 43 chefs », ajoute-t-il.

En court-circuitant les chefs, la ministre « choisit la voie facile ». « [Contrairement à d’autres organismes], quand des questions doivent être posées, nous, on va les poser, et c’est notre travail », rappelle-t-il.

Le chef de l’APNQL estime que par ces propos, la ministre D’Amours tente par « une façon détournée de diminuer les attentes » vis-à-vis du gouvernement québécois, qui avait promis d’agir rapidement aux recommandations du rapport Viens.

Rappelons que le 30 septembre, la commission Viens, dans un rapport accablant, a conclu que les Autochtones du Québec subissent diverses formes de discrimination systémique. Le rapport formule 142 recommandations.

Une première rencontre à ce sujet a eu lieu cet automne entre le gouvernement et les chefs autochtones, que Ghislain Picard avait qualifiée de « rendez-vous manqué » devant l’absence du premier ministre. Une seconde rencontre, d’abord prévue pour ce mois-ci, a été reportée à janvier pour laisser à l’APNQL le temps de se préparer.

En entrevue, le grand chef du Conseil de la Nation atikamekw Constant Awashish a été aussi sévère envers les propos de la ministre. « Elle renie en quelque sorte les institutions politiques autochtones dans un message peu constructif. Surtout que le gouvernement en place de M. Legault a beaucoup parlé de négocier de nation à nation, pas d’organisation à nation », affirme-t-il au bout du fil.

« Nous on représente des membres, on est élus au suffrage universel. Il faut respecter la volonté du peuple », ajoute le grand chef, élu l’année dernière pour un second mandat.

« Des croûtes à manger »

Le chef de l’APNQL Ghislain Picard dresse par ailleurs un bilan dévastateur des 15 premiers mois du gouvernement caquiste, qui selon lui omet de consulter les Premières Nations ou les met devant le fait accompli. Un gouvernement qui, dit-il, « a encore des croûtes à manger ».

Ghislain Picard donne l'exemple de la Colombie-Britannique, qui est devenue le mois dernier la première province au Canada à mettre en œuvre officiellement la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Les chefs et les organismes autochtones du Québec pressent depuis plusieurs années le gouvernement québécois d'intégrer la Déclaration dans son cadre législatif.

Après avoir d’abord exprimé des réserves, le gouvernement Legault a fini par voter début octobre une motion, déposée par Québec solidaire, appuyant la Déclaration.

« Quand on se compare, on ne se console pas », souligne le chef Picard.

Une reconnaissance pour les centres d’amitié

La directrice générale du Centre d'amitié autochtone de Val-d'Or Édith Cloutier s’est pour sa part réjouie d’apprendre que le gouvernement compte miser sur ces centres comme première ligne pour intégrer les services du gouvernement dans les communautés.

« Nous, on prend sa déclaration comme un engagement moral et financier de la part du gouvernement du Québec à agir rapidement sur les enjeux qui nous concernent », affirme la directrice du centre, carrefour de services pour les communautés autochtones de la région.

Mme Cloutier y voit une reconnaissance du travail que font ces organismes qui fournissent des services aux Autochtones urbains depuis plus de 50 ans.

Édith Cloutier avait notamment accompagné les femmes autochtones de Val-d’Or dans leurs dénonciations des abus policiers dont elles auraient été victimes en 2015. Dénonciations qui avaient mené à la mise sur pied de la commission Viens.

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