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Contamination au mercure : le cri du cœur de la communauté de Grassy Narrows

Le chef national de l'APN Perry Bellegarde, l'aîné Bill Fobister Sr et le chef du NPD Jagmeet Singh derrière le chef de la Première Nation de Grassy Narrows Rudy Turtle, lors d’une conférence de presse à la réunion annuelle des chefs de l'Assemblée des Premières Nations (APN) à Ottawa le 3 décembre 2019.

Le chef national de l'APN Perry Bellegarde, l'aîné Bill Fobister Sr et le chef du NPD Jagmeet Singh derrière le chef de la Première Nation de Grassy Narrows Rudy Turtle, lors d’une conférence de presse à la réunion annuelle des chefs de l'Assemblée des Premières Nations (APN) à Ottawa le 3 décembre 2019.

Photo : The Canadian Press / Adrian Wyld

Ismaël Houdassine

Depuis 40 ans, les membres ojibwés de la Première Nation de Grassy Narrows dans le nord-ouest de l'Ontario sont confrontés à un grave problème de contamination au mercure. Mais les promesses du gouvernement fédéral de construire un centre de traitement s'éternisent, laissant la communauté en plein désarroi.

Steve Fobister souffre de migraine chronique. Il ne ressent plus de sensation à l'extrémité de ses doigts et de ses orteils. Le grand gaillard de 21 ans souffre également de problèmes d'élocution et de concentration.

Les premiers symptômes sont apparus quand j'étais tout petit, lance Steve en entrevue. Cela n'aurait jamais dû m'arriver. Tous mes problèmes viennent du mercure. Je ne peux plus rien faire et je n'ai plus le droit d'aller pêcher.

Le jeune homme originaire de Grassy Narrows doit maintenant consommer un cocktail de médicaments pour réussir à « fonctionner ». Il n'est malheureusement pas le seul. Aujourd'hui, neuf habitants sur dix à Grassy Narrows affichent des symptômes de contamination, qui vont de l'anémie aux problèmes d'apprentissage et de santé mentale.

Steve Fobister s'est déplacé jusqu'à Ottawa pour exprimer sa colère pendant la réunion annuelle des chefs de l'Assemblée des Premières Nations (APN). Accompagné de plusieurs représentants de sa petite communauté, dont le chef Rudy Turtle, il est venu témoigner auprès des journalistes pour, espère-t-il, « faire bouger les choses ».

La délégation a été reçue par Perry Bellegarde, le chef national de l'APN, qui a tenu à organiser une conférence de presse mardi en compagnie de Jagmeet Singh, le chef du NPD. Tous ont réitéré leur soutien pour cette communauté toujours confrontée à une concentration élevée de mercure dans le sol et les eaux souterraines, qui se retrouve dans les poissons de la rivière Wabigoon-English.

« Quarante ans, c'est trop long, a déclaré Perry Bellegarde. On ne guérit pas du mercure. Les impacts sont énormes sur la santé de cette communauté, autant sur les jeunes que sur les aînés. Nous devons faire pression sur le gouvernement pour régler cette situation au plus vite. »

Le temps des retards et des demi-mesures au coup par coup est révolu. On n'est plus au stade de la négociation, c'est une priorité de santé publique urgente, a ajouté le chef Bellegarde.

Promesses non tenues

La communauté de Grassy Narrows est située en aval d'une usine de pâtes et papier qui a déversé, au cours des années 1960, plusieurs tonnes de mercure dans le bassin hydrographique de la région. Le chef Rudy Turtle rappelle que, malgré les promesses d'Ottawa de régler la situation, rien n'a vraiment changé.

Jusqu'à présent, cela n'a mené nulle part, a déclaré le chef Turtle. Nous n'avons toujours pas vu la création promise d'un centre de traitement. Alors, nous demandons au premier ministre Trudeau de commencer à agir et à faire quelque chose, car nous avons vraiment besoin d'aide.

Rudy Turtle, qui s'est présenté aux dernières élections fédérales sous la bannière néo-démocrate, est le fils de l’ancien chef Simon Fobister, mort en octobre 2018. Alors qu'il souffrait lui-même des effets de la pollution de la rivière Wabigoon-English, l'ancien chef s'était longuement battu pour exiger du gouvernement de l'Ontario une prise en charge adéquate des victimes de l'empoisonnement au mercure.

À son tour, au niveau fédéral, Rudy Turtle a repris le flambeau d'un combat dont il ne voit plus la fin. Il croit toutefois qu'un gouvernement libéral minoritaire serait davantage attentif aux besoins des Premières Nations. 

Pourtant, il y a deux ans, l'ancienne ministre fédérale des Services aux Autochtones, Jane Philpott, s'était engagée à mettre en place un centre de traitement de l'empoisonnement au mercure. Une telle infrastructure aurait permis aux familles de Grassy Narrows de recevoir des soins, entourées de leurs proches.

Aucune construction n'a encore commencé, se désole le chef. Nous en sommes toujours au stade des rencontres et des discussions. Entre-temps, des gens doivent quitter la réserve pour se faire soigner. Certains sont morts loin de leur famille.

Le nouveau ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller, n'a pas voulu commenter les préoccupations du chef, mais a précisé qu'il était prêt à aider, « et nous le ferons », a-t-il plaidé. Une rencontre entre les deux hommes est d'ailleurs prévue mercredi.

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