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La ministre Bennett presse la sénatrice Beyak de retirer des lettres jugées racistes

La ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett.

La ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, met de la pression sur la sénatrice Lynn Beyak pour qu'elle retire de son site web des lettres jugées racistes.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Radio-Canada

La ministre des Relations Couronne-Autochtones Carolyn Bennett demande à la sénatrice Lynn Beyak de retirer de son site Internet des lettres toujours en ligne qui appuient l’assimilation des peuples autochtones et qui soutiennent que les pensionnats indiens ont sauvé les membres des Premières Nations de la « misère ».

Lynn Beyak a récupéré son titre de sénatrice le 11 septembre après avoir été suspendue en mai à la suite d’une recommandation du comité sénatorial sur l’éthique. Elle a été relevée de ses fonctions en raison de son refus de retirer des lettres qualifiées de racistes dans un rapport publié en mars par le conseiller en éthique du Sénat Pierre Legault.

M. Legault en est venu à la conclusion que Mme Beyak avait violé le code d'éthique de la Chambre haute en publiant cinq lettres racistes sur son site web financé par les contribuables canadiens.

Cependant, son site affiche toujours lesdites lettres favorables à l'assimilation des membres des Premières Nations et qui font l'éloge de l'ancien système des pensionnats indiens du Canada.

La Commission de vérité et réconciliation, qui a mené une enquête exhaustive sur le système des pensionnats indiens pendant six ans, a constaté que la violence physique, mentale et sexuelle était endémique dans ces établissements; des milliers d’enfants sont morts de malnutrition ou de maladie alors qu'ils étaient pris en charge par ce système.

Le bureau de Carolyn Bennett a indiqué dans une déclaration transmise par courriel que les documents en question devraient être « retirés rapidement » du site web de la sénatrice.

« Le déni, la désinformation et les préjugés propagés par ces lettres sur le site Internet de la sénatrice Beyak n’ont pas leur place au Parlement », peut-on lire dans la déclaration.

« Il ne s'agit pas d'une question de rectitude politique, mais plutôt d'une grave blessure causée par les paroles et les actes de la sénatrice », indique-t-on.

Carolyn Bennett a également affirmé que Mme Beyak devait s’excuser auprès des survivants des pensionnats indiens.

À la défense de l'assimilation

Une photographie de la sénatrice Lynn Beyak parmi celles d'autres sénateurs

La sénatrice Lynn Beyak défend la décision d’assimiler les Premières Nations au Canada.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Les lettres laissées en ligne par Mme Beyak affirment que les pensionnats indiens ont sauvé les membres des Premières Nations du « désespoir » et les ont aidés à « s'intégrer à la population ».

La plupart de ces lettres saluent son discours prononcé au Sénat en mars 2017 dans lequel elle estimait que les pensionnats indiens étaient « bien intentionnés » et critiquait l’enquête de la Commission de vérité et réconciliation.

« Bien sûr, la décision d’assimiler les Premières Nations au Canada était et demeure la bonne », est-il écrit dans une lettre.

« Je crois que l'institution des pensionnats était bien intentionnée et représentait un effort de résoudre la "problématique indienne" en intégrant les enfants dans un nouveau mode de vie », révèle une autre missive.

Environ 150 000 enfants autochtones ont été enlevés à leurs parents en vertu de la loi fédérale et ont été forcés de fréquenter les pensionnats indiens, établissements qui ont été en activité pendant plus d’un siècle.

Selon la Commission de vérité et réconciliation, au moins 6000 enfants sont morts dans ces pensionnats en raison de maladies, d’accidents et de mauvais traitements.

Or, il est impossible de déterminer le nombre total de victimes, puisque de multiples registres ont été détruits au fil des ans. Bon nombre d’enfants décédés ont été enterrés dans des tombes qui ne peuvent plus être retrouvées.

L’avocat de Lynn Beyak, Donald Bayne, a déclaré que la sénatrice a retiré les cinq lettres considérées comme étant racistes par Pierre Legault.

« Il n’y a rien sur son site Internet qui a été qualifié de raciste par le conseiller en éthique du Sénat. Si cela avait été le cas, elle l’aurait effacé », a dit Me Bayne à CBC News.

« Vous pouvez essayer de la mettre au pilori pour avoir essayé de se conformer à ce qu'on lui a ordonné de faire, mais elle a fait exactement ce qui lui a été demandé de faire », soutient-il.

Si le Sénat juge que Mme Beyak doit en faire plus, alors cette question devrait être abordée par le comité sénatorial sur l’éthique et Pierre Legault, a souligné Donald Bayne. Il a ajouté que sa cliente répondrait de façon « coopérative ».

Une affaire pas terminée

Photo de la sénatrice devant une bannière de l'Institut international pour les droits des femmes au Manitoba

La sénatrice manitobaine Marilou McPhedran croit que le Sénat doit se saisir de cette affaire.

Photo : Radio-Canada / ROSALIE LOISELLE

La sénatrice Marilou McPhedran, affiliée au groupe de sénateurs indépendants, pense que Pierre Legault a peut-être une lecture trop restrictive en décidant quelles lettres étaient racistes et lesquelles ne l'étaient pas.

« Je crois que plusieurs des lettres qui sont encore en ligne, à mes yeux, sont assurément racistes à l'égard des peuples autochtones et en particulier à l'égard des Autochtones qui ont été soumis au système des pensionnats indiens », a-t-elle affirmé.

Elle poursuit : « J'aimerais qu'il y ait un moyen d'enlever rapidement et efficacement les lettres qui sont encore nuisibles, qui perpétuent encore des stéréotypes racistes ».

Marilou McPhedran a dit que cette affaire doit être abordée à la Chambre haute, afin de déterminer quelles sont les prochaines actions à poser lors du retour des sénateurs au salon rouge le 5 décembre.

« À mon avis, ce n'est pas fini », a-t-elle lancé.

La sénatrice indépendante Kim Pate estime que certaines des lettres controversées « perpétuent des stéréotypes dommageables et discriminatoires ». Elle considère qu’il est inacceptable de permettre à Mme Beyak de recourir à une plateforme numérique prestigieuse pour faire circuler des missives en flagrante contradiction avec les faits historiques.

« Publier de telles lettres sur un site Internet portant l'insigne du Sénat et soutenu par des ressources sénatoriales – et par extension des deniers publics – n'est pas juste une question du droit d'une personne ou d'un sénateur à la liberté d'expression », déclare-t-elle par courriel.

« À titre de sénateurs, nous avons le devoir de contester de tels gestes sinon nous risquons d’envoyer le message que ce qui s’est produit est permis. Je ne crois pas qu'il s'agisse là d'une position tout à fait défendable de la part du Sénat », opine-t-elle.

Dans une déclaration rendue publique mercredi soir, Lynn Beyak assure avoir respecté les cinq conditions imposées par le comité de l’éthique pour son retour sur la colline Parlementaire. « Je respecte le Sénat du Canada, et le rôle de tous les sénateurs », a-t-elle dit.

Mme Beyak dit qu’elle n’a jamais republié les lettres jugées offensantes.

Elle souligne qu’elle a participé à des « programmes éducatifs, approuvés par le conseiller sénatorial en éthique » sur le racisme et les peuples autochtones « à ses frais », et qu’elle a présenté des excuses écrites à tous les sénateurs au bureau du greffier.

D'après un reportage de Jorge Barrera de CBC News

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