•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Dix livres pour découvrir la littérature autochtone

Une sélection de livres écrits par des auteurs autochtones et publiés à l'été et à l'automne 2019.

Une sélection de livres écrits par des auteurs autochtones et publiés à l'été et à l'automne 2019.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Villeneuve

Jean-Francois Villeneuve
Anne-Marie Yvon

Avec la fin de l’année qui arrive à grands pas, voici une liste de dix ouvrages écrits par des auteurs et autrices autochtones, au cours des derniers mois, qui nous ont fait voyager. Des paysages glacés du Nunavut à la chaleur urbaine de la Californie, des plaines de l’Ouest aux forêts du Nitassinan, ces romans, recueils de poèmes et essais témoignent de la vigueur de la littérature des premiers peuples d’ici.


Kukum, Michel Jean (Libre Expression, 233 pages)

Kukum raconte la sédentarisation forcée des Innus à travers l’histoire singulière de l’arrière-grand-mère de l’auteur. Raconté au « je », le roman plonge dans la vie d’Almanda Siméon, une Blanche qui choisira la vie nomade en épousant un Innu de Mashteuiatsh. Il est rare d’entendre le point de vue d’une personne non autochtone qui quitte son « monde immobile » pour entrer avec bonheur dans celui d’un peuple nomade, en faisant siens le mode de vie, les traditions et la langue. Au rythme des saisons, on suivra Almanda dans les déplacements du clan familial entre le Nitassinan (territoire de chasse et de trappe) et les rives du Pekuakami (lac Saint-Jean) jusqu’à la fin obligée de ce mode de vie traditionnel. Le livre est dédié à France Robertson, une Innue de Mashteuiatsh qui était à la direction générale du Centre d’amitié autochtone de Lanaudière jusqu’à son décès en octobre 2018.


Les visages de la terre, Louis-Karl Picard-Sioui (Hannenorak, 84 pages)

L’écrivain Louis-Karl Picard Sioui offre dans ce recueil une poésie tout en douceur et résolument ancrée dans la spiritualité wendate. On y rencontre un narrateur qui témoigne de la disparition, mais surtout de l’absence de sa grand-mère dans la vie de tous les jours. La poésie traduit le deuil par la proximité avec la nature, mais aussi par les manifestations de la modernité. Ici, le silence d’un téléviseur, la statique d’un poste de radio; là, une présence recherchée dans l’aube, l’évocation de la défunte dans les gestes quotidiens du cycle des saisons. Les mots, parfois en wendat sans être traduits en français, y sont accompagnés de croquis signés par Picard-Sioui illustrant l’humain, la faune et la flore dans une synergie sacrée.


Aquariums, J. D. Kurtness (L’instant même, 156 pages)

Avec Aquariums, la romancière innue J. D. Kurtness décrit, en de nombreuses vignettes, la résilience d’une filiation qui se poursuit de génération en génération malgré des périls bien souvent mortels. Au coeur du récit, nous découvrons la vie d’une scientifique qui se retrouve sur un navire coincé en Arctique alors qu’une épidémie causée par la rage s’apprête à anéantir la population humaine sur tous les continents. Roman aquatique et contemplatif, résolument environnementaliste, Aquariums reste optimiste, malgré les embûches et l’apocalypse qui s’y déploie en toute lenteur. L’univers déployé par Kurtness se retrouve à l’opposé de celui, glauque, auquel elle avait convié ses lecteurs avec son précédent roman De vengeance.


femme-rivière, Katherena Vermette (Prise de parole, 112 pages)

Dans ce recueil traduit de l’anglais par Rose Després, la poète métisse Katherena Vermette remonte les rivières du Manitoba à la découverte d’une identité fermement ancrée dans la nature et les cours d’eau. Cette fusion entre le territoire et l’humain se retrouve dans la plus grande partie du recueil, où l’intime devient un concept organique où même la ponctuation disparaît au rythme des mots qui coulent d’une source de vie à l’autre, telles les rivières qui irriguent les territoires et ses habitants depuis toujours. La maternité et la solidarité entre femmes se côtoient dans les drames et les célébrations, mais surtout dans une fierté de survivre, peu importe les blessures. Le dernier tiers du recueil femme-rivière touche aussi aux enjeux identitaires d’un peuple aux racines autochtones et canadiennes-françaises, et de l’omniprésence de l’héritage de Louis Riel et de ses descendants au Manitoba.


Je suis une maudite sauvagesse - Eukuan nin matshi-manitu innushkueu, An Antane Kapesh (Mémoire d’encrier, 216 pages)

Cette réédition du classique de la militante innue An Antane Kapesh compte parmi les incontournables de la saison. Plus de 40 ans après la publication de ce premier livre écrit par une femme innue, la traductrice José Mailhot et Mémoire d’encrier lui offrent une cure de jeunesse sous la direction de Naomi Fontaine. On y retrouve le cri du coeur d’une mère qui vit les grands chambardements politiques et économiques menant à la sédentarisation du peuple innu sur la Côte-Nord et au Labrador, dans le territoire du Nitassinan. D’un chapitre à l’autre, elle écorche et interpelle les politiciens, les hommes d’affaires, les enseignants et les policiers blancs qui sont venus sur ces terres à la recherche d’une prospérité et qui ont systématiquement exclu les Innus qui y vivaient depuis longtemps. Lecture rapide, cet essai cherche autant à convaincre du bien-fondé de ses revendications qu’à dénoncer un mode de vie cherchant à détruire « l’Indien » sous toutes ses facettes.

La couverture de la réédition de « Eukuan nin matshi-manitu innushkueu / Je suis une maudite Sauvagesse », un essai écrit par An Antane Kapesh.

La couverture de la réédition de « Eukuan nin matshi-manitu innushkueu / Je suis une maudite Sauvagesse », un essai écrit par An Antane Kapesh.

Photo : Radio-Canada / Jean-Francois Villeneuve


Shuni, Naomi Fontaine (Mémoire d’encrier, 158 pages)

La publication de Shuni, à peine quelques semaines après celle de Je suis une maudite sauvagesse - Eukuan nin matshi-manitu innushkueu, n’est certainement pas un hasard. Naomi Fontaine, qui a agi en tant qu’éditrice de la nouvelle mouture de l’essai d’An Antane Kapesh, répond à l’ouvrage de son aînée avec cette lettre toute personnelle à une amie d’enfance non autochtone cherchant à revenir vivre dans sa communauté. Là où Kapesh écrivait avec colère et urgence la nécessité de survie de son peuple, Fontaine présente un peuple innu fort et fier, qui ne s’en laissera plus imposer par « l’autre ». On y sent la détermination des Innus à vivre comme ils le veulent et à accepter les défaites comme une partie intégrante de ce qui fait avancer le peuple. Naomi Fontaine ne juge pas; elle préfère enseigner le mode de vie actuel des Innus.


Bréviaire du matricule 082, Maya Cousineau Mollen (Hannenorak, 80 pages)

Maya Cousineau Mollen écrit de la poésie depuis son adolescence, mais elle aura attendu jusqu’à cet automne pour nous laisser lire sa prose et comprendre qui est « Maya Mollen, immatriculée 08200, comme Indienne selon la Loi sur les Indiens ». Ce matricule lourd de sens et de non-sens lui a inspiré des vers d’une grande douceur pour certains, rageurs pour d’autres, des vers qui lui ont permis d’apprivoiser une colère qui l’habitait depuis longtemps. L’ouvrage est divisé en trois chapitres aux titres on ne peut plus clairs : Naître autochtone : Ira de Terra (colère de la terre), Mon corps, territoire non cédé et Terra Nullius (territoire sans maître). Le recueil a été préfacé par la femme de théâtre française Ariane Mnouchkine, au lendemain de « l’affaire Kanata » alors que « tout était contre ». « Nous ne devions jamais devenir des amies », écrit la fondatrice du Théâtre du Soleil à Paris, « enchantée » par la poésie de Maya Cousineau Mollen.


Jonny Appleseed, Joshua Whitehead (Mémoire d’encrier, 266 pages)

Ce livre commence en affichant ses couleurs sans détour. Le personnage de Jonny Appleseed (comme une pomme, « rouge en dehors, blanc en dedans ») raconte dès la première phrase qu’il est gai. Dès la première page, il nous parle de ses fantasmes. Très vite, il apprend à se servir de son corps pour faire de l’argent rapidement. Jonny abandonne sa communauté pour aller vivre en ville, à Winnipeg. À travers des retours dans le passé, il y trouve l’amour dans toutes ses définitions possibles, du plus trash au plus romantique. L’appartenance au clan familial se construit par l'intermédiaire d'un retour vers la communauté d’origine pour assister aux funérailles d’un proche. Même s’il est parcouru d’une prose poétique tendre et de pointes d’humour, ce roman de Joshua Whitehead se révèle à la fois dur et émouvant, urbain et empreint d’un besoin farouche du protagoniste d’être accepté sans concession. Traduit de l'anglais par Arianne Des Rochers.


Petite femme montagne, Terese Marie Mailhot (Marchand de feuilles, 198 pages)

Petite femme montagne est un récit puissant, qui ne s’est pas retrouvé dans la liste des meilleurs vendeurs du New York Times par hasard. La primo-romancière Terese Marie Mailhot signe un livre autobiographique touchant, traduit de l'anglais par Annie Pronovost, où elle revient sur sa jeunesse, sur la relation avec sa mère et les événements qui influent sur la construction d’une identité, à même les drames et la tristesse. Écrit comme une lettre à l’attention d’un amoureux avec qui la relation vacille, Petite femme montagne de Terese Marie Mailhot se raconte dans toute la laideur, mais aussi la splendeur de la vie d’une exilée dans son propre pays.


Croc fendu, Tanya Tagaq (Alto, 201 pages)

L’artiste musicale Tanya Tagaq, connue principalement pour sa fusion de la musique pop expérimentale et du chant de gorge traditionnel inuit, plonge dans la littérature avec toute sa fougue habituelle. Croc fendu, traduit de l'anglais par Sophie Voillot, est à la fois un roman en prose avec de très courts chapitres et un recueil de poèmes cathartiques, entrecoupés par moments de dessins créés par Jaime Hernandez. Un alphabet inuktitut s’y pointe même, tout comme un poème dans cette langue. Ce livre traduit la quête intimiste d’une jeune femme où l’allégorie et la dureté de la vie au Nunavut se côtoient, se mélangent pour créer un récit où les frontières se brouillent, se métamorphosent au point où l’humain et l’animal ne forment au final qu’un seul concept mythologique puissant.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Autochtones

Arts