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Porte ouverte à la réconciliation : visite de l'Immeuble des peuples autochtones

L'extérieur de l'ancienne ambassade américaine, en face du parlement.

Les États-Unis ont occupé l'immeuble en question jusqu'en 1999, avant de déménager leur ambassade.

Photo : Radio-Canada / Olivia Stefanovich / CBC

Radio-Canada

À Ottawa, l'ancien bâtiment de l'ambassade américaine, tout juste en face du parlement, pourrait bientôt rouvrir ses portes. Non pas pour accueillir une délégation étrangère, mais plutôt pour favoriser le rapprochement entre Autochtones et non-Autochtones. Certains obstacles doivent toutefois encore être surmontés avant la grande réouverture.

Un texte d'Olivia Stefanovitch, de CBC

À l'intérieur de cet ancien bâtiment diplomatique richement décoré, on trouve un ensemble d'outils dans une vitrine : des couteaux pour trancher et racler les peaux, ainsi qu'une lampe à l'huile en pierre.

Ces outils sont faits à la main et semblent neufs. En un sens, voilà pourquoi ils sont exposés ici. Dans une ville remplie de musées présentant des aspects minutieusement préparés du passé du Canada, le 100, rue Wellington propose quelque chose d'autre – une rencontre avec la façon dont les peuples autochtones vivent et se gouvernent aujourd'hui.

« Je connais les gens qui ont fabriqué ces objets. Ceci n'est pas tiré des livres d'histoire », affirme Natan Obed, le président de l'Inuit Kanatami (ITK), en montrant les vitrines installées dans les espaces publics du 100, rue Wellington.

« Et c'est quelque chose de vraiment important pour nous, puisque bien des gens ne savent pas nécessairement que notre société est toujours vivante et vibrante aujourd'hui », soutient le président l'ITK, l'organisation nationale représentant les Inuit.

Deux décennies après que les Américains eurent transféré leurs activités diplomatiques à quelques pâtés de maisons de là, dans une imposante structure de pierre et d'acier sise sur Sussex Drive, le 100, rue Wellington aura de nouvelles fonctions sous la forme d'une ambassade pour diverses organisations autochtones, en plus d'offrir des espaces de bureaux et des salles de conférences à l'Assemblée des Premières Nations (APN), au Ralliement national des Métis et à l'ITK.

Le premier ministre Justin Trudeau a cédé l'espace au nom du gouvernement à l'occasion de la Journée nationale des Autochtones, en 2017.

M. Obed espère que le 100, rue Wellington sera autant un symbole qu'un immeuble – une entité qui aide les Canadiens à considérer la relation entre les leaders autochtones et le gouvernement fédéral comme étant des échanges entre acteurs égaux.

« Le fait que les Premières Nations, les Inuit et les Métis soient reconnus comme étant partie prenante de ce qui se passe, ici, sur la colline Parlementaire et dans ce district, est un important pas en faveur de la réconciliation », affirme-t-il.

« Ce qu'il adviendra ensuite dépend de notre capacité à faire passer cette idée de l'état de concept à celui de réalité. »

Jusqu'à maintenant, il n'existait pas d'espace, dans le quartier du parlement, qui était consacré aux Autochtones.

Les leaders autochtones prévoient utiliser leur nouvel immeuble pour organiser des rencontres de haut vol avec des premiers ministres, des ministres et d'autres dignitaires.

Natan Obed, président de l'ITK, regarde en direction des bâtiments du parlement.

Pour Natan Obed, le nouvel immeuble consacré aux peuples autochtones sert de rappel de la relation d'égal à égal avec le gouvernement fédéral.

Photo : Radio-Canada / Chris Rands / CBC

Un lieu au centre du pouvoir fédéral

En ce moment, les leaders autochtones souhaitant assister à des rencontres à l'intérieur de bâtiments du parlement doivent franchir divers points de contrôle et subir des contrôles de sécurité évoquant les mesures instaurées dans les aéroports, y compris avec des passages sous les rayons X.

Si d'autres dignitaires peuvent obtenir des contrôles de sécurité plus rapides, précise M. Obed, les leaders autochtones peuvent passer jusqu'à 30 minutes à franchir les diverses étapes.

Par ailleurs, les groupes autochtones doivent généralement compter sur des députés qui sont favorables à leurs revendications pour obtenir le droit d'occuper des espaces de réunion sur la Colline. Si cela n'est pas possible, ils doivent habituellement se rabattre sur des salles dans des hôtels souvent onéreux.

« [Le 100, rue Wellington] nous permet de revoir la façon dont le leadership autochtone est reconnu et respecté au sein de l'enceinte parlementaire, et non pas seulement d'avoir accès à ce bâtiment », mentionne encore M. Obed, avant d'ajouter qu'il espère que la bâtisse changera « la façon dont le leadership autochtone, les leaders élus au nom des Premières Nations, des Métis et des Inuit, sont traités lorsqu'ils viennent à Ottawa ».

L'immeuble n'a pas de nom officiel pour l'instant; on le désigne comme l'Espace des peuples autochtones. Les rénovations sont pratiquement terminées aux deux premiers étages.

Le président de l'ITK fait pression pour que le public puisse accéder au bâtiment dès décembre, mais la décision dépend également des autres locataires de l'endroit. Pour l'instant, impossible de connaître la date de la grande ouverture.

« Je crois que le premier ministre a fait preuve de leadership, en 2017, en annonçant que l'endroit sera un espace pour les Premières Nations, les Inuit et les Métis. Il faut maintenant une autre dose de leadership pour que tout cela se concrétise, parce que c'est un projet de grande envergure », dit M. Obed.

Manifestation et retard

Le bâtiment devait ouvrir ses portes l'été dernier, mais le calendrier a été chambardé après que des membres de la nation algonquine anishinabeg eurent bloqué l'entrée principale et manifesté sur le trottoir, à l'extérieur, pendant 13 jours pour réclamer de devenir le quatrième partenaire dans le cadre de ce projet.

« Pour moi, un partenariat veut bien sûr dire des titres et la reconnaissance du peuple algonquin dans la région d'Ottawa », affirme Verna Polson, la grande chef du conseil tribal de la nation algonquine anishinabeg.

« Pour nous, comme nation, nous avons également besoin de cet espace, où nous pourrons dialoguer avec le gouvernement, avec nos partenaires qui travaillent dans la région d'Ottawa, ainsi que pour présenter nos traditions. »

Cette nation représente d'autres nations algonquines de l'ouest du Québec et de l'est de l'Ontario; ses membres soutiennent que le bâtiment du 100, rue Wellington, se trouve sur leurs terres non concédées.

Le gouvernement fédéral a fini par conclure une entente avec Mme Polson, après qu'elle eut effectué une grève de la faim et de la soif de 41 heures.

En vertu de l'accord en question, la nation algonquine anishinabeg obtient un terrain vague, situé derrière l'ambassade, qui pourra être transformé en espace où Mme Polson et son leadership pourront organiser des rencontres et exposer leur culture.

Mais la chef ne lâche pas prise et affirme que le 100, rue Wellington n'ouvrira pas ses portes avant que les autres organisations autochtones s'entendent pour faire des Algonquins des partenaires jusqu'à ce que leur propre espace soit fonctionnel.

« Je continue d'espérer », dit Mme Polson. « Nous voulons tous la même chose pour nos nations et notre peuple. »

De son côté, M. Obed dit espérer que les événements de l'été dernier ne nuiront pas à l'objectif ultime du projet.

« Nous espérons que les Algonquins puissent travailler avec nous pour trouver la bonne façon de respecter leurs intérêts, mais également de respecter l'ensemble du projet », a-t-il ajouté.

Marc Leclair, conseiller principal au sein du Ralliement national des Métis, dit être prêt à rencontrer les Algonquins, mais souhaite que la question soit réglée entre l'APN et les Algonquins.

« Les expositions sont prêtes et nous avons hâte que tout cela soit ouvert au public », a-t-il dit. « J'espère que nous pourrons tirer tout cela au clair prochainement. »

L'APN a décliné la demande d'entrevue de CBC, mais a transmis une déclaration.

« L'Espace des peuples autochtones sera un endroit important pour tous les leaders, gouvernements et organisations des Premières Nations, Métis et Inuit qui souhaiteront y réaliser des échanges intergouvernementaux et renforcer leurs relations », écrit ainsi Perry Bellegarde, chef national de l'APN.

« Sa présence directement en face de la Chambre des communes, sur les terres non cédées de la nation algonquine, sert de rappel quant à notre relation de nation à nation, de gouvernement à gouvernement avec le Canada. »

Une salle avec une vue sur le parlement.

La salle de réunion du deuxième étage a une vue directe sur le bloc du Centre.

Photo : Radio-Canada / Chris Rands / CBC

Les travaux avancent

À l'intérieur de l'ancienne ambassade, les travaux vont bon train. Le premier étage est destiné aux visiteurs et est divisé entre les Inuit, les Métis et les Premières Nations, avec des vitrines et des espaces d'exposition des cultures et des modèles de gouvernance.

Les réunions et autres échanges officiels auront lieu au deuxième. On y trouve déjà une grande table de conférence, qui est installée dans une pièce où sont accrochées des toiles d'artistes autochtones connus, dont Christi Belcourt et Alex Janvier.

La pièce adjacente comprend des bureaux réservés aux journalistes. Sur ses murs, on peut voir des photos de femmes, dans des paysages sauvages, vêtues de robes rouges. Autant de symboles des femmes et filles qui ont été assassinées ou qui sont portées disparues au pays.

L'entrée, qui est toujours en travaux, présentera par la suite une sculpture en bois représentant le bassin hydrique d'Ottawa. Les expositions du premier étage comprendront également des vidéos pour raconter des histoires portant sur les terres traditionnelles.

« Nous espérons que les gens vont vraiment connecter lorsqu'ils viendront ici, même si c'est seulement pour 10 minutes, histoire de les lier aux vies des gens vivant à un endroit spécifique de l'Inuit Nunangat (la terre natale des Inuit, dans le Nord canadien, ndlr) », dit M. Obed.

« Ils pourront voir une vidéo sur notre terre natale, en plus de pouvoir situer l'endroit sur une carte. Nous voulions donc avoir un espace interactif. »

Un immeuble en demande

Installé en face du bureau du premier ministre, directement devant les blocs Est, Centre et Ouest du parlement, le 100, rue Wellington est l'une des propriétés immobilières les plus chères sur le marché canadien à l'heure actuelle.

Voilà longtemps que les politiciens s'interrogent sur ce qu'il faudrait faire avec le bâtiment depuis le départ de la délégation diplomatique américaine, en 1999.

En comptant les frais d'entretien et les coûts de chauffage et d'électricité, l'immeuble coûte quelque 200 000 $ par année à Services publics et Approvisionnement Canada.

Sous le gouvernement Chrétien, l'immeuble devait être transformé en galerie de portraits. Ce plan a été abandonné lorsque Stephen Harper a pris le pouvoir.

Lorsqu'il a cédé l'endroit aux organisations autochtones, le 21 juin 2017, Justin Trudeau a affirmé que ces organisations devraient être celles qui déterminent quel serait le meilleur usage du bâtiment.

« Chaque personne qui entre ici pourra voir un rappel concret de ce qui se retrouve au cœur de chaque décision que nous prenons ici; nous devons nous rappeler notre partenariat et que la voie vers l'avenir implique de travailler main dans la main avec les peuples autochtones qui font partie de cette grande terre », avait dit M. Trudeau.

« Aux millions de Canadiens qui descendent des colons ou qui sont eux-mêmes des nouveaux arrivants, je dis ceci : nous espérons que cet endroit, au cœur de notre capitale, servira de rappel permanent que les peuples autochtones se retrouvent au centre de notre grand pays. »

Les coûts finaux des travaux de rénovation du bâtiment doivent encore être déterminés, a précisé la porte-parole du ministère des Affaires autochtones et du Nord Jane Deeks.

« Ces travaux sont effectués dans un esprit de réconciliation », a-t-elle ajouté. « Nous sommes honorés de contribuer à ce projet historique. »

M. Obed dit espérer que l'immeuble sera pleinement fonctionnel d'ici 5 à 10 ans.

« Je crois qu'il est temps, dans ce pays, d'avoir un respect pour le leadership autochtone. Il n'est pas nécessaire que ce soit le même respect que celui envers les ministres. Nous pouvons créer une considération spéciale en faveur d'une relation respectueuse avec les leaders Inuit, Métis et des Premières Nations », a-t-il ajouté.

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