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Campagne de prévention des abus sexuels pour protéger les enfants atikamekw

Constant Awashish, grand chef du Conseil de la Nation Atikamekw dans son bureau à la Tuque.

Constant Awashish, grand chef du Conseil de la Nation Atikamekw, reconnaît qu’il n’est pas facile d’aborder le sujet de la sexualité, mais que cela était devenu nécessaire pour entraîner des changements sociaux.

Photo : Radio-Canada / Marie-Laure Josselin

Yannick Donahue

Le Conseil de la Nation Atikamekw (CNA) prend les grands moyens pour protéger la petite enfance au sein de ses communautés en lançant un programme de prévention des abus sexuels pour les enfants de 0 à 5 ans.

Le programme intitulé Lanterne Awacic, conçu en collaboration avec la Fondation Marie-Vincent, constitue l’aboutissement de trois années de travail. Après avoir réalisé des études, mis sur pied des comités et rassemblé les membres de la communauté dans des Cercles de partage, le CNA a créé des outils pédagogiques et d'information sur les abus sexuels commis sur les tout-petits.

Parallèlement, plus de 50 intervenants ont été formés spécifiquement pour lutter contre cette problématique et ils sont maintenant prêts à agir comme moteur de changement dans les trois communautés. Cette initiative représente une première adaptation, dans un milieu autochtone, du programme développé par la Fondation Marie-Vincent.

« Oui, c’est un programme qui est spécifique aux Atikamekw, mais c’est un programme qui était destiné à la société québécoise. On l’a juste adapté à notre réalité », lance d’emblée Constant Awashish, grand chef de la Nation Atikamekw, en entrevue téléphonique.

« Le programme Lanterne Awacic est un grand exercice de sensibilisation. Dans le fond, c’est de faire lever les tabous de la communauté, de faire participer la communauté, de faire participer la famille élargie, les parents. C’est un outil qu’on s’est donné, un outil de pédagogie », résume-t-il.

Au nombre des outils mis à la disposition de la nation atikamekw, on retrouve notamment des capsules vidéo, des brochures d’information, des livres d’histoires et un jeu destiné aux enfants, visant tous à prévenir la violence sexuelle.

Un sujet délicat

Le grand chef reconnaît qu’il n’est pas facile d’aborder le sujet de la sexualité, mais que cela était devenu nécessaire. « Ce n’est pas toujours évident quand on parle d’éducation sexuelle, de comportements… », admet-il.

Existe-t-il de la résistance face au virage entrepris? « C’est sûr qu’il y a toujours des gens qui sont un peu réticents, qui ont certaines craintes, mais, en général, ce que j’ai su, c’est que la Fondation Marie-Vincent était étonnée à quel point les gens de la communauté ont embarqué dans le projet », répond Constant Awashish.

« Le dispositif est en place et notre objectif est sans détour : plus aucun enfant concerné par les abus sexuels », précise Pierre Blais, directeur des services sociaux Atikamekw Onikam, par voie de communiqué.

Constant Awashish concède que l’objectif zéro est ambitieux, mais il précise que chaque vie compte. « Une personne de sauvée, c’est déjà beaucoup pour nous. Je pense que le succès va être difficile à mesurer, mais l’important est que le travail soit fait. […] C’est en travaillant de façon acharnée que nous allons pouvoir aider la communauté en général en ce qui concerne cette problématique », affirme-t-il.

Le grand chef explique que la nation atikamekw travaille depuis des années à combattre la violence.

Des enfants jouent dehors, un  autre est à vélo

Des enfants rentrant de l'école à Wemotaci, une communauté atikamekw.

Photo : Radio-Canada / Anne-Marie Yvon

« Nous, chez les Atikamekw, suite à beaucoup de démarches sociales, cela fait plusieurs années qu’on travaille là-dessus. Vous savez, on a créé le système d’intervention Atikamekw Nehirowisiw (le client) au niveau de la protection de la jeunesse. On a également mis en place des programmes de mesures de rechange pour diminuer le taux d’incarcération des Atikamekw. Également, de permettre une approche plus holistique des membres atikamekw », souligne-t-il.

Il poursuit : « Je pense que ça [le programme Lanterne Awacic] s’inscrit encore dans cette lignée. On veut que la façon d’approcher ou la façon de régler, de parler de certains problèmes de la société se fasse à saveur culturelle, que ça se fasse selon nos valeurs, dans notre langue, que ça se fasse également suivant une coutume ancestrale, que ce soit à travers des cercles de paroles, à travers des cercles de familles ».

Défendre les plus vulnérables

Constant Awashish indique qu’on compte entre 200 et 300 enfants âgés de 0 à 5 ans par communauté, ce qui correspond à presque 1000 tout-petits au sein de la nation atikamekw.

« Souvent, ce sont eux qui sont les plus vulnérables. Ils ne sont pas en mesure de pouvoir parler ou de comprendre. Ils ne sont pas encore à un niveau où ils peuvent dissocier le bien du mal. C’est pour cela que 0-5 ans est vraiment la tranche la plus importante pour les Atikamekw », déclare-t-il.

Le grand chef invite d’ailleurs les Atikamekw à oser prendre la parole. « Le progrès se mesure par des réussites sociales. Cela ne se fait pas du jour au lendemain. Je pense que c’est un travail de longue haleine. Il faut travailler. C’est d’éduquer, c’est de sensibiliser, c’est de parler, c’est d’en parler », dit-il.

M. Awashish a bon espoir que le programme atteindra sa cible. Il mentionne au passage que les gens ont de l'espoir.

« Je pense que ça va être un bon succès. Les gens veulent s’en sortir. On a la chance, nous les Atikamekw, d’être quand même une petite communauté. On parle de 8000 individus. […] On est comme un petit laboratoire, en quelque sorte, de ce programme-là. On est confiant de pouvoir faire d’énormes pas », conclut-il.

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