•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Un héros micmac méconnu

Photo d'un soldat.

Un héros méconnu, Patrick Metallic

Photo : Gracieuseté

Radio-Canada

Le soldat micmac Patrick Metallic a été capturé à Hong Kong pendant la Seconde Guerre mondiale. En ce 8 novembre, Journée des vétérans autochtones, voici l'histoire d’un héros méconnu que la guerre a détruit.

Patrick Metallic, un ancien combattant micmac de Listuguj, au Québec, a vécu une vie difficile lorsqu'il est rentré chez lui après la Seconde Guerre mondiale.

Il était l'un des 1975 soldats canadiens à avoir pris part à la bataille de Hong Kong. Capturé, il a été emprisonné pendant quatre ans.

Hong Kong a été le premier lieu où les Canadiens ont mené une bataille terrestre au cours de la Seconde Guerre mondiale. En novembre 1941, des troupes de Winnipeg et de Québec ont été envoyées pour prêter main-forte à la colonie britannique.

Le 8 décembre, les forces japonaises ont défoncé les défenses de Hong Kong. Les 17 jours suivants, ils ont tué 290 Canadiens. Le soldat Metallic a été capturé le jour de Noël et a passé du temps dans trois camps de prisonniers de guerre à Hong Kong avant d'être envoyé au camp de Sham Shui Po, au Japon, le 19 janvier 1943. Il y a été emprisonné dans de mauvaises conditions et a subi des traitements brutaux.

« Il a été sévèrement battu », a déclaré son petit-fils Patrick Denny Isaac. « Il a été battu si fort qu'il a avalé ses fausses dents et ils ont dû les enlever chirurgicalement de sa poitrine », ajoute-t-il.

Pendant l'un des camps, il a été fait esclave sur des navires.

Les prisonniers de guerre ont été libérés en août 1945 après le bombardement atomique d'Hiroshima le 6 août. L'attaque nucléaire sur Nagasaki, trois jours plus tard, a contraint le Japon à se rendre et a mis fin à la guerre dans le Pacifique.

Retour à la maison

Deux femmes assises

Patricia Gray (à gauche) et sa fille Jane

Photo : Gracieuseté

Quand le soldat Metallic est rentré chez lui à Listuguj, en Gaspésie, il était une personne différente. Son stress post-traumatique non diagnostiqué l’a mené à l'alcoolisme et à l’usage de la violence. Il est décédé à 55 ans le 19 mai 1971.

Patricia Gray, 80 ans, compte parmi les neuf enfants du soldat Metallic. Elle décrit son enfance comme une période difficile lorsque son père est rentré à la maison.

« Il n'était pas très gentil. Mon père avait tout le temps des flash-back. Il pensait qu'il était toujours à la guerre », se rappelle la fille du soldat Metallic.

« Cela a duré des années et des années. Je le haïssais parce que je ne l’ai jamais compris. »

En 2010, Patricia Gray s'est rendue à Hong Kong pour découvrir par où était passé son père en tant que prisonnier de guerre. Après son voyage, dit-elle, elle s'est rendue au cimetière de Listuguj pour s'excuser auprès de lui.

« Cela m'a enlevé un gros poids sur les épaules », dit-elle.

« J'ai finalement compris pourquoi il avait fait ce qu'il avait fait et personne n'était là pour l'aider. »

Scott Sheffield, professeur d’histoire associé à l’Université de la Vallée du Fraser, a consacré la plus grande partie des 20 dernières années à faire des recherches sur ces Autochtones qui ont servi dans l'armée au Canada, en Nouvelle-Zélande, en Australie et aux États-Unis.

« Un grand nombre d'anciens combattants se sont réfugiés dans l'alcoolisme comme moyen de traiter les démons qui les ont suivi après la guerre », estime le professeur Sheffield.

« Les troubles liés au stress post-traumatique étaient quelque chose de mal compris à l’époque. Les gens avaient l’impression d’être hantés par leur expérience, mais il n’y avait aucun diagnostique clinique. »

« En théorie, les Premières Nations avaient un soutien semblable aux anciens combattants non autochtones, mais en réalité la manière d’administrer ce programme de soutien défavorisait les Autochtones », affirme le professeur Sheffield.

Les vétérans d’origine autochtone devaient faire affaire avec les « Affaires indiennes » de l’époque et passer par l'agent des « Indiens » dans leur communauté. Ces agents ne comprenaient pas toujours bien les programmes destinés aux vétérans, privant plusieurs Autochtones de l’appui auquel ils avaient droit.

Contributions autochtones à la Seconde Guerre mondiale

Le 8 novembre marque la Journée nationale des anciens combattants autochtones, célébrée pour la première fois à Winnipeg en 1994. Cette journée vise à rendre hommage aux contributions militaires des Autochtones au Canada.

Chaque année, au jour du Souvenir, le comité commémoratif des anciens combattants de Listuguj organise une messe, une cérémonie et un festin en l'honneur des anciens combattants de la communauté.

« Chaque année depuis que je suis petit, nous honorons notre grand-père », affirme Patrick Denny Isaac, qui est également bénévole au sein du comité de Listuguj.

Mary Bradstreet Metallic est une autre bénévole du comité. L'histoire de Patrick Metallic, dit-elle, ne sera jamais oubliée par la communauté. Selon le gouvernement fédéral, au moins 3000 membres des Premières Nations se sont enrôlés dans les Forces armées pendant la Seconde Guerre mondiale, parmi lesquels figuraient plusieurs hommes de Listuguj.

« Nous avons une très longue histoire d'anciens combattants dans notre communauté. C'est important de ne pas les oublier », conclu Mme Bradstreet Metallic.

D'après un reportage de Jessica Deer de CBC

Avec les informations de CBC

Autochtones

Société