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Danser sur 65 000 ans de culture aborigène

Des danseuses s'exécutent sur scène. Elles font partie de la compagnie aborigène d'Australie Bangarra Dance Theatre.

Spirit, un spectacle de la compagnie autochtone d'Australie Bangarra Dance Theatre, en tournée canadienne.

Photo : Edward Mulvihill

La compagnie de danse autochtone d’Australie Bangarra Dance Theatre effectue une première grande tournée canadienne pour souligner ses 30 ans d’existence. Après un arrêt remarqué à Vancouver, elle fera vibrer la Place des Arts à Montréal dès mercredi avec Spirit, une rétrospective de ses meilleurs moments de création.

En 2015, le nom de Stephen Page résonnait au Festival international du film de Toronto, où il y présentait son premier long métrage, SPEAR. Le film raconte en peu de mots, mais en beaucoup de pas de danse, l’histoire d’un jeune Aborigène qui souhaite comprendre comment vit un homme aux traditions millénaires dans le monde d’aujourd’hui.

La danse, c’est toute la vie de Stephen Page, le chorégraphe et directeur artistique de Bangarra Dance Theatre. Après un passage de quelques années au Sydney Dance Company, il intègre la seule compagnie aborigène d’importance dans les arts de la scène en Australie.

« Il faudra tout de même attendre le début de l’an 2000 grâce à des ressources financières suffisantes pour que Bangarra obtienne une belle reconnaissance », souligne le chorégraphe. Grâce à un financement du gouvernement fédéral, la compagnie emploie aujourd’hui 18 danseurs aborigènes et une soixantaine d’employés « noirs ou blancs qui travaillent ensemble pour célébrer la compagnie. »

La troupe a ainsi progressé, évoluant au rythme des changements politiques et sociaux.

Sur scène, les artistes originaires du continent ou du détroit de Torres s’inspirent de leur histoire ancestrale commune, transformée par les interdits de parler sa langue, de partager sa culture. Des générations d’assimilés et de traumatisés, rappelle le chorégraphe.

« On ne parle pas de l’histoire dans le pays, personne n’aime en parler, mais nous voulons la mettre de l’avant, la raconter selon notre perspective d’aborigène », explique Stephen Page, un descendant du peuple Nunukul et du clan Munaldjali de la nation Yugambeh du sud-est du Queensland, en Australie.

Le but de la compagnie est également de redonner le pouvoir aux jeunes générations, plus urbaines, celles qui ont été élevées par des parents et grands-parents que le colonialisme avait voulu faire disparaître.

Devenus adultes, plusieurs danseurs aborigènes choisissent d’intégrer la troupe « pour s’épanouir professionnellement dans leur culture d’origine et baigner dans un environnement créatif adapté à leur besoin de réappropriation ». Un environnement créatif que renouvelle Stephen Page de spectacle en spectacle. Jusqu’en 2016, il travaillait avec son frère David, depuis décédé. Ce dernier, un compositeur reconnu, réalisait la musique et des environnements sonores inspirés de ses rencontres avec des artistes traditionnels du nord du pays.

« Nous tentons de conserver son héritage bien vivant et nous comptons toujours sur la confiance que nous accordent ces artistes et leurs familles quand nous nous inspirons de manière contemporaine de leurs chansons et de leurs danses », raconte Stephen Page. De ces emprunts et chevauchements intergénérationnels s’est développé au cours des 30 années d’existence de la troupe un langage unique à Bangarra Dance Theatre.

Des danseurs s'exécutent sur scène, ils font partie de Bangarra Dance Theatre, une compagnie de danse aborigène d'Australie.

Bangarra Dance Theatre, une compagnie de danse aborigène d'Australie est en tournée au Canada avec son spectacle Spirit.

Photo : Zan Wimberley

Invitée dans le cadre de la série Danse Danse, la compagnie montera quatre fois sur la scène du théâtre Maisonneuve à Montréal avant de poursuivre sa route vers Brantford, Toronto et Ottawa.

Un arrêt de deux jours est prévu à la mi-novembre dans la communauté des Six Nations de la rivière Grand en Ontario. Une résidence culturelle « pour partager nos histoires d’assimilation, nos histoires politiques, mais aussi nos histoires liées à la création, à la danse, à nos mythes fondateurs », dit le chorégraphe, qui animera des ateliers où seront enseignées les danses traditionnelles des Aborigènes du détroit de Torres, mais aussi un répertoire plus contemporain.

Ce sera aussi le temps de comparer les avancées politiques et sociales des uns et des autres, de discuter des défis auxquels ils sont toujours confrontés. « Ce sont toujours les mêmes enjeux, nous n’avons toujours pas de traités comme ceux des Premières Nations du Canada », ce à quoi il ajoutera que les Premiers Peuples se battent toujours pour que la Constitution australienne soit juste et adéquate envers eux.

Il parlera aussi des indemnisations attendues par les Aborigènes dépossédés de leurs terres, de leur culture et de leur spiritualité. « Vous savez, notre peuple est fort et résilient et le sang aborigène coulera toujours dans ses veines. »

Les enjeux liés aux Aborigènes sont plus présents que jamais sur la scène politique en 2019, de plus en plus de membres des Premières Nations « sont sur la banquette avant de la politique », que ce soit dans l’opposition ou dans le parti de coalition actuellement au pouvoir. Ils poussent des dossiers liés à la santé, à l’éducation et à d'autres enjeux sociaux de manière culturellement adaptée à leurs besoins.

Stephen Page, de son côté, s’est donné pour mission, avec sa troupe, de partager les traditions et la culture ancestrales aborigènes en les métissant à la danse contemporaine. 65 000 ans d’histoire qu’il adapte depuis 30 ans, proposant au public canadien un condensé des 33 productions créées par la compagnie Bangarra Dance Theatre.

Spirit du Bangarra Dance Theatre

  • Théâtre Maisonneuve, Place des Arts, Montréal, du 30 octobre au 2 novembre
  • Sanderson Centre for the Performing Arts, Brantford, Ontario 6 novembre
  • Bluma Appel Theatre, St. Lawrence Centre for the Arts, Toronto, Ontario 8 et 9 novembre
  • National Arts Centre, Southam Hall,  Ottawa, Ontario 15 et 16 novembre

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