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Grève de la faim à Kanesatake pour dénoncer « l’inaction d'Ottawa »

Al Harrington observe une grève de la faim à Kanesatake pour demander un moratoire sur le développement en terres contestées.

Al Harrington observe une grève de la faim à Kanesatake pour demander un moratoire sur le développement en terres contestées.

Photo : Radio-Canada / Laurence Niosi

Laurence Niosi

Un résident de Kanesatake observe une grève de la faim depuis plus d’une semaine pour attirer l’attention sur les différends territoriaux qui secoue la communauté autochtone depuis trois siècles.

Des militants mohawks exigent du gouvernement de Justin Trudeau de décréter un « moratoire à court terme » sur le développement immobilier sur le territoire de Kanesatake, situé à 70 km à l’ouest de Montréal. Une demande maintes fois répétée par les Mohawks.

Cet été, les traditionalistes associés à la maison longue, les Rotinonhseshà:ka, ont formellement demandé au premier ministre d’intervenir dans le dossier et de les rencontrer directement, sans passer par le conseil de bande. Mais leurs demandes ont été ignorées, disent-ils.

« Tout le monde est fatigué de ne pas être écouté, et on s’est dit qu’il fallait faire quelque chose de plus radical », affirme Al Harrington, qui doit aujourd’hui ménager ses forces.

Depuis huit jours, le résident de Kanesatake jeûne sous une tente tout près de l’édifice de la maison longue, système politique traditionnel des Mohawks qui ne reconnaît pas l’autorité du conseil de bande. Il ne consomme que du thé de cèdre et des médecines traditionnelles. Une infirmière le visite quotidiennement.

La militante Ellen Gabriel appuie cette grève de la faim, une parmi plusieurs « tactiques pacifiques » des Mohawks pour se faire entendre, souligne-t-elle.

« C’est dommage que les gens ne prêtent pas attention à ce problème qui ne dure pas seulement depuis la crise d’Oka, mais depuis des générations », affirme la Mohawk, qui était sur la ligne de front pendant la crise de 1990.

« Nous avons un premier ministre qui va visiter tout le monde, mais ne rencontre pas les gens de la maison longue. Il choisit de ne pas reconnaître nos droits », ajoute l’ancienne présidente de Femmes autochtones du Québec.

Ellen Gabriel, entourée d'aînés, tient un Wampum.

Des Mohawks de Kanesatake, dont la militante Ellen Gabriel, étaient rassemblés dans la pinède pour sommer le premier ministre d'agir. Certains Mohawks de Kahnawake étaient venus leur offrir leur appui.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Paul

Le moratoire à court terme qui est exigé aujourd’hui permettrait de « s’asseoir à la table et voir comment la terre sera utilisée ». Ultimement, « nous voulons récupérer nos terres », dit Ellen Gabriel du vaste territoire qu’occupaient autrefois les Mohawks, plus de 600 kilomètres carrés maintenant réduits à 12 kilomètres carrés.

Ellen Gabriel, Al Harrington et d’autres militants s’opposent depuis des années à différents projets immobiliers en terres contestés, notamment le Domaine de la colline d’Oka, non loin de la pinède qui avait été au coeur de la crise de 1990.

Cet été, les tensions ont été ravivées entre les Mohawks et la municipalité voisine d'Oka quand un promoteur immobilier, Grégoire Collin, a offert de faire un don écologique aux résidents de Kanesatake.

Mais un tel don obligerait les Mohawks à renoncer à leurs droits territoriaux, estiment les traditionalistes. « Le conseil de bande a accepté cette offre sans même nous consulter », dénonce Mme Gabriel.

Amnistie internationale solidaire

De passage à Kanesatake vendredi, l’organisme Amnistie internationale est venu témoigner sa solidarité au gréviste.

« Les droits des peuples autochtones sont au coeur des enjeux québécois et canadiens. Si on veut réaliser un État de droit, il faut la reconnaissance des peuples autochtones », affirme la directrice générale d‘Amnistie internationale Canada francophone, France-Isabelle Langlois. Son équivalent de la section anglophone, Alex Neve, était venu la veille.

Amnistie internationale souligne par ailleurs sa « relation de longue haleine » avec la militante Ellen Gabriel sur divers dossiers qui ne concernent pas seulement le territoire, mais aussi ceux qui touchent à la langue ou encore à la violence envers les femmes autochtones.

Dans un courriel envoyé à Radio-Canada, le ministère des Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada affirme respecter « le droit de prendre part à des manifestations pacifiques et légales ».

« Tout règlement de la revendication devra être ratifié par la collectivité, qui comprend les chefs héréditaires. Durant la négociation de sa revendication particulière, le Conseil des Mohawks de Kanesatake a indiqué clairement qu’un règlement de la revendication doit comprendre une composante foncière », écrit la porte-parole du ministère, Stephanie Palma.

Al Harrington continuera à jeûner jusqu’à ce que le gouvernement « prenne les demandes de la maison longue au sérieux ». Ou jusqu’à ce que sa santé le lui permette.

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