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Le collège Ahuntsic renonce à sa coiffe de plumes

L'enseignante Julie Gauthier, Elisa Cohen-Bucher et Widia Larivière, de Mikana, travaillent de pair pour autochtoniser le collège Ahuntsic.

L'enseignante Julie Gauthier (gauche), Elisa Cohen-Bucher et Widia Larivière, de Mikana, travaillent de pair pour autochtoniser le collège Ahuntsic.

Photo : Radio-Canada / Laurence Niosi

Laurence Niosi

Après l’Université McGill, une autre institution d’enseignement montréalaise abandonne le nom de ses équipes sportives et leur logo. Les « Indiens » du collège Ahuntsic changent d’appellation. Une décision qui résulte d’une mûre réflexion et d’un processus d’« autochtonisation » entamé depuis un an par la direction.

Ils s’appellent les « Indiens » depuis la fondation, il y a plus de 50 ans, du collège Ahuntsic (un mot wendat). Leur logo représente un guerrier autochtone coiffé de plumes, une image d’une autre époque.

Sans tambour ni trompette, la direction du cégep montréalais francophone a pris la décision au courant de l’année d’abandonner le nom de ses 14 équipes sportives. Un nouveau nom sera déterminé d’ici décembre. Un nouveau logo, l’hiver prochain, affirme Nathalie Vallée, directrice générale de l’établissement de la rue Saint-Hubert.

Plutôt que de décider en petit comité, la direction a opté pour un processus collaboratif pour le changement du nom et du logo de ses équipes sportives. Ainsi est le né « le projet d’autochtonisation » du collège, qui a culminé en mars dernier par une journée de réflexion avec un panel d’invités autochtones. L’Innu André Dudemaine, fondateur de l’organisme Terres en vues, les anthropologues Isabelle Picard et Alexandre Lapointe, de même que l’artiste atikamekw Meky Ottawa, y ont participé, entre autres.

« On ne pouvait pas faire ça seuls, comme allochtones. On ne se voyait pas faire ça sans Autochtones », affirme la directrice générale du collège depuis quatre ans.

Décolonisation

Si le collège a entrepris cette « décolonisation », c’est en grande partie grâce à Julie Gauthier. Depuis une quinzaine d’années, cette enseignante en anthropologie travaille à « autochtoniser » ses cours, notamment au moyen de séjours avec ses étudiants dans la communauté atikamekw d’Obedjiwan, où elle a tissé de nombreux liens.

« Quand Mme Vallée est entrée en poste comme directrice des études, puis comme directrice générale, assez rapidement, on a discuté de ça. C’est une démarche qui est née du fruit de nos discussions », affirme-t-elle.

Le logo des équipes sportives du collège Ahuntsic

Le logo des équipes sportives du collège Ahuntsic, les Indiens

Photo : Collège Ahuntsic

Et cette démarche, elle se fait avec la collaboration de Mikana, un organisme « d’éducation sur les réalités autochtones » fondé en 2015 par Widia Larivière, ancienne co-porte-parole d’Idle No More Québec, et par Mélanie Lumsden, qui travaille aujourd'hui pour le Conseil des arts du Québec.

Ensemble, ils ont développé dans la dernière année un plan d’action ambitieux pour le collège Ahuntsic. En plus d’organiser des activités culturelles – des ateliers d’initiation à l’atikamekw, une conférence de la poétesse innue Joséphine Bacon, des formations culturelles, par exemple –, le groupe souhaite mettre en place un comité d’étudiants autochtones et offrir des bourses à ces étudiants.

Sur les 10 000 étudiants du collège, environ une cinquantaine s’auto-identifient comme Autochtones, a révélé un sondage préparé l’année passée par Mme Gauthier.

Mikana et l’enseignante en anthropologie se sont en outre donné comme défi de repenser les cours et les pratiques de l’école. Un peu à l’image d’autres collèges et universités anglophones à Montréal et ailleurs au Canada, dont les initiatives « d’autochtonisation » se multiplient dans les dernières années.

« C’est la partie la plus ambitieuse et délicate. On remet en question nos pratiques professionnelles et même notre identité », souligne Julie Gauthier. Un « atelier d’autochtonisation » où personnel et enseignants sont conviés est prévu pour janvier. Elle espère pouvoir en tirer un guide de bonnes pratiques.

Toute la démarche est « un véritable travail d’équipe », souligne l’Anichinabée Widia Larivière. Au cours de l’année 2019, Mikana a donné des formations aux enseignants, au personnel et aux athlètes de l’école, dont le « cercle et la boîte », un exercice à mi-chemin entre un jeu de rôle et un cours d’histoire des peuples autochtones.

Elisa Cohen-Bucher, de Mikana, qui a animé certaines de ces formations, affirme avoir rencontré peu de résistance de la part des athlètes. « La réaction était super positive. On nous demandait: “pourquoi est-ce qu’on n’a pas su ces choses plus tôt?”», dit-elle.

Reste à déterminer le nom qui remplacera « les Indiens ». La nouvelle identité pourrait ou non faire allusion aux Autochtones et à l'héritage autochtone du quartier. Le logo pourrait être dessiné par un artiste autochtone... ou non.

« Toutes les alternatives sont sur la table », affirme la directrice Nathalie Vallée.

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