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Des manifestants autochtones détiennent huit policiers en Équateur

Quelques-uns des policiers parmi les manifestants.

Les indigènes ont fait parader sur la scène de la Maison de la culture huit policiers qu'ils détenaient.

Photo : Getty Images / Agence France-Presse / Cristina Vega

Agence France-Presse

Huit policiers, dont un capitaine, étaient retenus jeudi par des indigènes équatoriens mobilisés à Quito contre la hausse du prix de l'essence décidée par le gouvernement, a constaté l'AFP.

Ces sept hommes et une femme ont été présentés en public dans le nord de la capitale lors d'un rassemblement des manifestants.

L'air nerveux, les policiers ont paradé sur la scène de la Maison de la culture devant des milliers de personnes. Ils ont dû retirer leurs casques, leurs vestes pare-balles et leurs bottes.

La principale organisation indigène d'Équateur a rejeté le dialogue avec le gouvernement du président Lenin Moreno. Elle a également appelé à radicaliser les actions de protestation contre la hausse du prix de l'essence, après une semaine de manifestations qui ont fait cinq morts.

Aucun dialogue avec un gouvernement assassin.

Jaime Vargas, président de la Confédération des nationalités indigènes de l'Équateur, dans un communiqué
Jaime Vargas, entouré de manifestants, parle dans un micro.

Jaime Vargas, président de la Confédération des nationalités indigènes de l'Équateur, a pris la parole jeudi à Quito.

Photo : Getty Images / Agence France-Presse / Rodrigo Buendia

Le bilan de la mobilisation qui dure depuis une semaine s'est en effet alourdi : cinq civils, dont un dirigeant indigène, ont trouvé la mort durant les manifestations, ont annoncé jeudi à l'AFP les services du Défenseur du peuple, un organisme d'État. Nous appelons le gouvernement à mettre fin à la violence et à garantir le droit de manifester de manière pacifique, a ajouté cette institution dans un communiqué.

Les circonstances des quatre nouveaux décès, survenus à Quito, n'ont pas été précisées. Le précédent bilan faisait état d'un mort, un homme écrasé dimanche lors d'une manifestation dans le sud du pays.

Le président Moreno avait dit qu'il tenterait de renouer le dialogue avec la communauté indigène en colère, au lendemain d'une manifestation monstre à Quito. Sans aucun doute, cela va se résoudre très vite, avait-il assuré mercredi, d'un air confiant, dans une vidéo diffusée par la télévision d'État.

Faisant face à la pire crise de son mandat, avec de violents heurts à Quito, le chef de l'État a déplacé lundi le siège du gouvernement à Guayaquil (sud-ouest).

Mais il est revenu brièvement mercredi dans la capitale, au moment où des dizaines de milliers d'indigènes traversaient la ville, une manifestation marquée par quelques heurts entre certains jeunes et les forces de l'ordre.

Je suis venu à Quito afin de tendre la main et de pouvoir vous annoncer que nous avons déjà de bons premiers résultats en ce qui concerne le dialogue.

Lenin Moreno, président de l'Équateur

Il est reparti à Guayaquil dans la soirée.

Plan rapproché de Lenin Moreno.

Lenin Moreno, président de l'Équateur, en septembre dernier

Photo : Getty Images / Drew Angerer

Des contacts ont en effet été noués entre le gouvernement et les manifestants, sous la médiation des Nations unies et de l'Église catholique.

Jaime Vargas s'était déjà montré réticent à dialoguer avec un gouvernement qui a cédé aux pressions du Fonds monétaire international.

Et il n'est pas le seul, loin de là.

La mobilisation n'est pas terminée.

Salvador Quishpe, leader indigène

La condition indispensable que posent les indigènes, qui représentent 25 % des 17,3 millions d'Équatoriens, est bien claire : abandonner d'abord la réforme mettant fin aux subventions sur le carburant, qui a fait bondir les prix à la pompe de plus de 100 %.

Mais pour Lenin Moreno, libéral de 66 ans arrivé au pouvoir sous la bannière socialiste, difficile de revenir en arrière. Sa mesure, si impopulaire soit-elle, s'inscrit dans un accord conclu avec le FMI en échange d'un prêt de 4,2 milliards de dollars censé relancer l'économie du pays.

Le prix à payer semble toutefois élevé. En une semaine, les manifestations ont fait au moins 122 blessés, selon la Croix-Rouge, le gouvernement évoquant un décès et 824 arrestations.

Jeudi après-midi, la ministre de l'Intérieur Maria Paula Romo a annoncé sur Twitter que 17 étrangers, pour la plupart des Vénézuéliens, avaient été arrêtés en possession d'« information » sur les déplacements du président. Ces arrestations confirment, selon elles, les « intérêts qui se cachent derrière le chaos dans le pays ».

M. Moreno accuse son prédécesseur Rafael Correa (2007-2017), ex-allié devenu son adversaire politique, d'avoir « activé » un « plan de déstabilisation » avec l'aide du président vénézuélien Nicolas Maduro. Les deux ont nié être impliqués.

Quito tourne au ralenti, entre cours suspendus dans les écoles et transports publics aux abonnés absents. L'état d'urgence a été décrété pour une durée de 60 jours, tout comme un couvre-feu autour des lieux de pouvoir, afin que les forces armées puissent rétablir l'ordre.

Au total, 74 000 militaires et policiers ont été déployés pour faire face à la crise.

Des manifestants marchent dans la rue, dont un qui porte un masque à gaz.

Des indigènes ont encore manifesté jeudi à Quito contre une hausse du prix de l'essence décrétée par la présidence dans le but d'obtenir un prêt du FMI.

Photo : Getty Images / Agence France-Presse / Martin Bernetti

Mouvement social inédit

Si les indigènes sont en tête de la contestation sociale, c'est aussi parce qu'ils sont les plus touchés par la pauvreté et travaillent majoritairement à la campagne. Et si les prix des carburants s'envolent, ils devront payer plus pour le transport de leurs produits et redoutent que l'inflation ne s'emballe.

Le petit pays andin est secoué depuis le début d'octobre par un mouvement social inédit depuis 2007, marqué par des blocages de routes et de puits pétroliers en Amazonie, des manifestations parfois violentes et des grèves.

L'occupation de plusieurs champs pétroliers a conduit les autorités à suspendre mercredi les opérations de son principal oléoduc, le Trans-Equatorian Oil Pipeline System, paralysant le transport de 68 % de sa production (531 000 barils par jour).

Malgré tout, Lenin Moreno, qui se revendique toujours comme socialiste, a reçu dans ce conflit le soutien inattendu de la droite et de l'armée.

À Guayaquil, bastion des milieux d'affaires, des milliers d'Équatoriens ont manifesté mercredi pour prendre sa défense.

Les mesures sont dures, mais cela aurait dû être fait par le gouvernement de Rafael Correa, qui ne l'a pas fait. Maintenant, il faut laisser le président continuer, déclarait l'un d'eux, Geovanni Molina, retraité de 68 ans.

Les présidents péruvien et chilien, Martin Vizcarra et Sebastian Piñera, ont aussi apporté leur soutien à M. Moreno.

De son côté, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a fait part de son « inquiétude » concernant la situation en Équateur. L'ONU se dit prête « à soutenir le dialogue, si sa participation est acceptée par toutes les parties ».

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