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Débat des chefs : les enjeux autochtones sous la lorgnette du corridor énergétique

Elizabeth May, Justin Trudeau, Andrew Scheer, Maxime Bernier, Yves-François Blanchet et Jagmeet Singh ont pris part à ce débat des chefs en anglais.

Elizabeth May, Justin Trudeau, Andrew Scheer, Maxime Bernier, Yves-François Blanchet et Jagmeet Singh ont pris part à ce débat des chefs en anglais.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Ismaël Houdassine

Les six chefs des principaux partis fédéraux avaient l’occasion, lundi soir, de confronter leurs idées sur les enjeux autochtones lors du débat en anglais. Les politiques énergétiques, en particulier en ce qui a trait au respect des préoccupations des communautés autochtones, ont dominé les échanges.

Le chef conservateur Andrew Scheer a dû défendre sa promesse d'établir un corridor énergétique, c'est-à-dire la construction, dans une zone déterminée, de pipelines, de gazoducs et de lignes électriques allant de l’est vers l’ouest du pays. M. Scheer a déjà indiqué qu'il allait s'assurer de défendre les intérêts nationaux dans ce dossier, soulevant des questions sur le processus d'évaluation des projets.

Un gouvernement conservateur va veiller à ce qu’un corridor énergétique tienne compte des préoccupations autochtones, a-t-il affirmé. J’ai 12 réserves dans ma circonscription. Je reconnais l’importance de tenir compte des droits issus des traités et du besoin des peuples autochtones de participer à l’économie canadienne.

Débat anglophone des chefs avec traduction en français

S'il est élu, le chef conservateur promet la nomination d’un ministre du Cabinet responsable des consultations autochtones, en ce qui concerne la réalisation du corridor. Nous allons veiller à ce que les consultations soient dynamiques, a-t-il ajouté, insistant sur le fait que « des dizaines de communautés autochtones » seraient en faveur des projets d’oléoducs.

La chef du Parti vert, Elizabeth May a toutefois blâmé M. Scheer de ne pas vraiment prendre en compte les inquiétudes des Premières Nations.Il faut consulter les populations autochtones et pas juste pour faire en sorte qu’elles soient d’accord avec vous, a-t-elle déclaré. Il s’agit de consultations de nation à nation. Nous parlons ici de droits territoriaux.

De son côté, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, qui participait à son premier débat en anglais, a reproché au chef conservateur de ne pas respecter l’opposition du gouvernement du Québec à un nouveau projet de pipeline. Vous ne craignez pas d'exproprier des gens, vous voulez passer sans avoir leur approbation, a-t-il clamé.

Trudeau défend son bilan

Lorsque Justin Trudeau a pris la parole, il a expliqué que M. Scheer mettait en place les mêmes politiques que l’ancien premier ministre Stephen Harper. Il a d’ailleurs rappelé que le chef national de l’Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, estimait que le gouvernement libéral en a fait plus pour les peuples des Premières Nations que tout autre gouvernement de l’histoire.

Nous nous rappelons les dix ans de règne de Stephen Harper où il n’a pas respecté les peuples autochtones, a dit le chef libéral. Et vous, Monsieur Scheer, vous mettez de l’avant une stratégie identique. Vos actions ne sont tout simplement pas respectueuses envers les nations autochtones.

Andrew Scheer a répondu qu’il n’avait aucune leçon à recevoir de M. Trudeau, un homme qui s'est débarrassé de la première procureure générale du Canada d'origine autochtone, Jody Wilson-Raybould, dans le cadre du scandale SNC-Lavalin.

Il n’arrive même pas à se souvenir combien de fois il a porté le blackface, parce que le fait est qu’il porte toujours un masque. Il met un masque de réconciliation et ensuite congédie la première femme autochtone procureure générale. Il met un masque de féministe, puis chasse deux députées qui ne voulaient pas de la corruption.

Andrew Scheer, chef du Parti conservateur du Canada

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, est quant à lui revenu sur la décision d’Ottawa de contester le jugement du Tribunal canadien des droits de la personne obligeant le gouvernement à indemniser les enfants autochtones. Comment peut-on faire cela ? C’est affreux, a-t-il lancé à Justin Trudeau.

C’est pourtant M. Scheer qui a répondu à l’invective du chef néo-démocrate en expliquant que le gouvernement fédéral avait eu raison de faire appel du jugement qui l’oblige à indemniser les enfants autochtones qui ont été confiés au système de protection de l’enfance dans les réserves.

La décision du Tribunal canadien des droits de la personne aura des conséquences profondes sur les services de l’État à l’endroit des Canadiens autochtones, a-t-il rétorqué.

M. Trudeau a néanmoins indiqué qu’il reconnaissait, au même titre que le jugement du tribunal, que les enfants devaient être indemnisés, et ils seront indemnisés, a-t-il garanti.

Bien que les conservateurs n’aient encore publié aucune promesse de campagne visant spécifiquement les Canadiens autochtones, M. Scheer a dit soutenir la protection des langues autochtones. Il est néanmoins resté plutôt évasif sur l’application des recommandations formulées par la Commission de vérité et réconciliation et par celles de l’Enquête sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.

Accès à l'eau potable

Tandis que M. Trudeau, M. Blanchet, Mme May et M. Singh s’engagent en faveur de la mise en œuvre de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, M. Scheer s’est montré plus hésitant. Quant au chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, il ne s’est pas prononcé sur l'urgence d'appliquer au Canada la Déclaration. Il a plutôt milité pour une refonte totale du système en ce qui concerne les relations avec les Autochtones.

Le système actuel ne fonctionne pas. On continue à avoir des réserves extrêmement pauvres. Il faut une réforme vraiment courageuse et notre parti est le seul à mettre en place un nouveau régime d’autonomie pour ces communautés, a-t-il plaidé.

Avant de prendre une tangente sur l’environnement, le segment du débat consacré aux enjeux autochtones s’est poursuivi sur les questions de l’eau potable. Jagmeet Singh a juré que l’accès à de l’eau « propre » dans les réserves sera assuré sous un gouvernement néo-démocrate.

Même si M. Trudeau a reconnu qu’il restait encore beaucoup de chemin à faire, il a toutefois tenu à rappeler les réalisations de son gouvernement. Nous avons levé 87 avis d’ébullition d’eau et les 50 qui restent, ça va se faire aussi. Nous continuons à investir dans les différentes collectivités, a-t-il dit.

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