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Les Premières Nations passent inaperçues pendant la campagne électorale

La chef autochtone Marcia Brown Martel chante à l'extérieur des édifices du Parlement, le vendredi 6 octobre 2017.

La chef autochtone Marcia Brown Martel chantant à l'extérieur des édifices du Parlement à Ottawa.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

La Presse canadienne

Quand, samedi, le chef du NPD, Jagmeet Singh, a promis de l'eau potable dans les communautés des Premières Nations et qu'Elizabeth May, des Verts, a promis qu'un gouvernement vert commencerait à démanteler la Loi sur les Indiens, c'était la première fois que les questions relatives aux Autochtones retenaient beaucoup l'attention dans la campagne fédérale.

Le quasi-silence des chefs de partis fédéraux sur ces questions en dit long sur leur importance aux yeux des politiciens canadiens, déplore Cindy Blackstock, une importante dirigeante des Premières Nations qui a piloté la cause des droits de la personne ayant conduit à une indemnité de plusieurs milliards de dollars pour les enfants autochtones.

Je pense que cela témoigne de la priorité avec laquelle les gouvernements ont tendance à répondre aux préoccupations des peuples des Premières Nations, inuit et métis : quand ils se donnent même la peine d'en parler, et qu'ils parlent de choses comme des crédits de camping, cela vous indique où nous sommes positionnés dans le classement des priorités, a dénoncé Mme Blackstock.

Depuis le début de la campagne, le 11 septembre, certaines préoccupations pressantes concernant les populations autochtones et les Premières Nations ont été soulevées, notamment les évacuations de la Première Nation de Neskantaga en Ontario en raison de problèmes d'eau persistants et la décision du Tribunal canadien des droits de la personne, selon lequel Ottawa a fait preuve de discrimination à l'égard des enfants autochtones vivant dans les communautés en ne finançant pas correctement les services à l'enfance et à la famille.

Le gouvernement fait appel du montant des dommages-intérêts de plusieurs milliards de dollars, affirmant que l'élection rend impossible l'organisation d'un dédommagement avant la date limite du 10 décembre.

Mme Blackstock croit que les dirigeants fédéraux ne parlent pas des questions autochtones pendant la campagne électorale, car ils ne veulent pas attirer l'attention sur leurs « échecs ».

Je trouve cela profondément troublant, particulièrement compte tenu de la Commission de vérité et réconciliation, de l'Enquête sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées et, plus récemment, de la décision du Tribunal canadien des droits de la personne, a déclaré Mme Blackstock au sujet du manque d'attention que reçoivent les questions autochtones pendant la campagne.

Trois des quatre principaux partis politiques, les libéraux, les verts et les néo-démocrates, ont publié leur programme complet. Chacun contient des promesses visant les peuples autochtones. Tous trois s'engagent à mettre en œuvre la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA) et à lever tous les avis concernant l'eau potable.

Les conservateurs n'ont encore publié aucune promesse de campagne visant spécifiquement les Canadiens autochtones.

Le dossier SNC-Lavalin

Les dirigeants autochtones, les militants et les politologues évoquent diverses raisons pour lesquelles les partis, en particulier M. Trudeau et les libéraux, pourraient éviter d'attirer l'attention sur leur programme politique autochtone.

L'une de ces raisons pourrait être Jody Wilson-Raybould.

L'ancienne procureure générale, qui s'est retrouvée au cœur d'une crise au gouvernement Trudeau l'hiver dernier, a accusé le premier ministre, son bureau, d'autres ministres et des bureaucrates d'avoir fait pression de manière inappropriée pour éviter des poursuites pénales à l'encontre du géant montréalais SNC-Lavalin.

Mme Wilson-Raybould a quitté le cabinet de Justin Trudeau en lien avec cette affaire, suivie de son alliée au sein du cabinet, Jane Philpott. M. Trudeau a finalement expulsé les deux femmes du caucus libéral, lesquelles cherchent maintenant à se faire élire en tant que candidates indépendantes.

Je pense que Jody Wilson-Raybould est l'éléphant dans la pièce en ce qui concerne cette élection.

Eli Enns, politologue canadien Nuu-chah-nulth de l'Université de Victoria

Le gouvernement Trudeau a fait beaucoup de bruit au début de son mandat de quatre ans au sujet de la réconciliation avec les peuples autochtones et, aux yeux de certaines personnes, il n'a pas réussi à le faire, a-t-il ajouté.

Naomi Sayers, une avocate autochtone de la Première Nation de Garden River, est du même avis.

Les questions autochtones, surtout après la démission de Jody Wilson-Raybould, et en particulier pour le parti libéral, sont un sujet délicat, a-t-elle déclaré.

Jennifer Adese, une chercheuse métisse et professeure de sociologie à l'Université de Toronto, croit que la rhétorique politique de plus en plus conflictuelle et le durcissement des attitudes à l'égard des minorités dans d'autres pays sont des signes avant-coureurs dont les partis politiques canadiens tiennent peut-être compte.

Il y a un courant politique changeant et je pense qu'éviter de parler de manière substantielle des questions autochtones pourrait être une stratégie pour éviter de nourrir cette négativité qui existe déjà, a expliqué Mme Adese.

Pour ce qui est des conservateurs, leur silence total sur les priorités des Premières Nations est un reflet de ce qu'ils entendent faire : ne rien faire, a estimé Mme Adese.

La plupart des peuples autochtones se souviennent bien du style de leadership de Stephen Harper.

Jennifer Adese, chercheuse métisse et professeure de sociologie à l'Université de Toronto

Je pense que les questions autochtones devraient être au premier plan de toutes les plateformes des partis, car nous ne parlons pas seulement d'un segment particulier de droits spécifiques. Cela a des répercussions dans tous les domaines liés au logement, à la pauvreté, à l'environnement; donc, ça devrait être à l'avant-plan, ajoute-t-elle.

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