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Montréal peu outillé pour accueillir les Autochtones, selon le rapport Viens

Assis au sol, ils tiennent des pancartes réclamant justice.

Les Autochtones sont souvent en situation d'itinérance à Montréal. Certains organismes demandent la mise en place d'actions concrètes pour contrer la judiciarisation d'itinérants autochtones. Ici, des personnes sont venues apporter leur soutien au Native Women's Shelter of Montreal qui oeuvre dans ce but.

Photo : Radio-Canada / Sophie-Claude Miller

Malgré l’afflux des populations autochtones, la métropole montréalaise ne leur propose pas une offre de services publics suffisante, écrit le commissaire Jacques Viens dans son rapport remis lundi. Les projecteurs sont notamment braqués sur le sort des femmes inuit et le manque de services en santé.

Montréal accueille la septième population en importance issue des Premières Nations dans les régions urbaines et la troisième population d'Inuit en importance.

Mais pour la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec, les services qui leur sont proposés ne sont pas à la hauteur. Et ce sont les Autochtones en situation d'itinérance qui en souffrent le plus.

Exploitation sexuelle

En 2015, les Inuit représentaient 40 % de la population autochtone itinérante de Montréal, alors qu’ils ne représentent que 10 % de la population autochtone de la ville. Et surtout, les femmes inuit sont nombreuses à se retrouver sans lien social ou familial une fois en ville. Une situation qui les rend particulièrement vulnérables face aux abus sexuels.

David Chapman, directeur de l’organisme La porte ouverte, qui prend en charge les sans-abris, confirme qu’il est très difficile pour les femmes de porter plainte, notamment en cas de viol. Il pointe du doigt les relations compliquées entre la police et les Autochtones.

L'aînée mohawk Sedalia Fazio et l'honorable juge à la retraite Jacques Viens

L'aînée mohawk Sedalia Fazio a livré un témoignage émouvant à l'ouverture des audiences de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec : écoute, réconciliation et progrès à Montréal, présidée par l'honorable juge à la retraite Jacques Viens, le 12 février 2018.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Villeneuve

Les femmes ne sont pas prises au sérieux et les agents donnent très facilement des tickets aux itinérants autochtones, explique celui qui avait témoigné l'année dernière quand la commission est passée par Montréal.

Il souligne toutefois certaines initiatives menées notamment par la police à Westmount. Martine Dubuc (chef du Poste de quartier 12, NDLR) a pris des mesures efficaces. Au lieu de distribuer des tickets, les patrouilleurs font plutôt le lien entre les itinérants autochtones et les services, explique M. Chapman.

Pour venir en aide aux femmes inuit, la commission réclame à Ottawa le soutien à la création d’un centre d’hébergement exclusivement réservé à la clientèle itinérante inuit à Montréal.

Pour Nakuset, directrice du Foyer pour femmes autochtones de Montréal, il n’y a plus une minute à perdre.

La direction du Foyer pour femmes autochtones de Montréal (FFAM), Nakuset.

La directrice du Foyer pour femmes autochtones de Montréal (FFAM), Nakuset, espère que les actes suivront les paroles après la publication du rapport de la commission Viens.

Photo : Radio-Canada / Jean-Francois Villeneuve

Dans mon foyer, il y a près de 60 % de femmes inuit. Le choc culturel est total quand elles arrivent. C’est donc plus facile pour des individus malveillants de les prendre sous leur aile.

Nakuset, directrice générale du Foyer pour femmes autochtones de Montréal

La commission demande aussi des négociations entre le gouvernement fédéral et les autorités autochtones afin qu’il développe des services de répit « culturellement sécurisants ».

Des transferts vers des hôpitaux mal encadrés

Le manque de services de santé dans les communautés, qu’elles soient éloignées de Montréal ou non, pose aussi son lot de problèmes, d’après le rapport.

Montréal doit par exemple faire face aux transferts fréquents des patients des communautés autochtones vers ses hôpitaux, mais n’est pas bien outillée pour y répondre.

Certains de ces patients, dont des jeunes enfants inuit non accompagnés, sont transportés d’urgence du Nunavik à Montréal par avion et le choc est rude à l’arrivée.

« Expérience traumatisante », « enfants sans repères », le constat des commissaires est dramatique.

Le docteur Samir Shaheen-Hussain, pédiatre urgentiste au Centre universitaire de santé McGill, évoque des jeunes patients qui ne parlent que l'inuktitut et dont les besoins sont donc mal compris par les équipes médicales à Montréal, ce qui peut « nuire à leur traitement et compromettre leur sécurité ».

Dans un courriel à Radio-Canada, le CHUM assure pourtant offrir des soins de santé de qualité et sécuritaire et le service d'interprète est l'un des outils disponibles pour faciliter et améliorer cette prestation.

David Chapman, directeur du foyer Open Door

Pour David Chapman, si rien n'est fait concrètement après la publication du rapport, cela n'aura été qu'une perte de temps.

Photo : Radio-Canada / Laurence Niosi

Le centre hospitalier a également mis en place une entente avec les Services Onen’to:Kon de Kanesatake et Santé Canada afin d’établir un corridor de services pour la population autochtone souffrant de toxicomanie et nécessitant une expertise médicale spécialisée.

En quête de suivi

Dans son rapport, la commission Viens lance 142 appels à l’action et conseille aussi la création d’un mécanisme de suivi pour que ses recommandations se concrétisent. 142 appels, mais qui va vérifier? On ne sait pas, comme d’habitude, déplore Nakuset.

Le problème de ce genre de rapport, c’est que souvent, leur publication est très médiatisée puis il n’y a plus rien. Il n’y a pas de suivi. Si on ne fait rien après la publication du rapport, alors cela aurait juste été une perte de temps, ajoute M. Chapman.

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