•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La marche pour le climat entachée par des insultes racistes

Deux femmes le poing levé.

Des représentants des Premières Nations, sur la photo Kijâtai-Alexandra Veillette-Cheezo et Janika Michel, sont montés sur scène à la fin de la marche pour livrer un discours.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Delphine Jung

Certains membres des Premières Nations auraient été victimes de propos racistes lors de la marche pour le climat organisée le 27 septembre, à Montréal. Les organisateurs ont condamné ces actes et assurent vouloir revoir leur protocole d’encadrement pour éviter de nouveaux dérapages lors de prochains événements.

L’organisme La planète s’invite à l’université a publié un message, deux jours après la marche, attestant de plusieurs incidents lors de l’événement qui a réuni selon les organisateurs près de 500 000 personnes dans les rues de Montréal.

Nous sommes très attristé.e.s que certains individus membres de la délégation autochtone ont été maltraité.e.s, harcelé.e.s et qu'ils et elles ne se sont pas senti.e.s en sécurité, lors de notre manifestation. Ces comportements inacceptables n’ont pas leur place dans l’environnement sécuritaire que nous tentons de créer, peut-on lire sur leur page Facebook.

Trois femmes autochtones sur scène.

La jeune militante de la nation Tla A'min, Ta’Kaiya Blaney (à droite), a finalement pu monter sur scène pour faire passer son message.

Photo : Ivanoh Demers

Tout est parti d'un tweet. Celui d'une jeune militante de la nation Tla A'min, en Colombie-Britannique : Ta’Kaiya Blaney. La militante et chanteuse de 26 ans a publié une série de messages concernant son expérience lors de la marche montréalaise.

La grève du climat à Montréal a été l'une des manifestations les plus racistes à laquelle j'ai participé. J’ai été poussée intentionnellement, j’ai reçu des remarques racistes non-stop comme "ce n'est pas seulement votre terre" […]. C'est ce qui arrive quand on blanchit la justice climatique.

Ta’Kaiya Blaney, militante

On se sentait vraiment mal en tant qu’organisateur. Le but c’était de leur donner une certaine place, on comprend vraiment les enjeux autochtones, assure Ashley Torres, l’une des porte-parole de La planète s’invite à l’université.

C’est sûr que dans un événement de 500 000 personnes, on ne peut pas empêcher qu’il y ait quelques imbéciles, explique François Geoffroy, porte-parole du mouvement La planète s'invite au Parlement, qui tient à présenter ses excuses « au nom de tous les Montréalais ».

Léonard Leclerc, attaché de presse de La planète s’invite à l’université, explique qu’il ne s’agissait pas d’un cas isolé.

Tout est parti d’une personne qui a publié un tweet. Mais il y a eu d’autres témoignages. Pour qu’on décide de statuer publiquement [sur le dossier], c’est que ce n’était pas un cas isolé et qu’il faut en parler.

Léonard Leclerc, attaché de presse de La planète s’invite à l’université

Greta Thunberg, trop populaire?

Les organisateurs avaient fait le choix de mettre en première ligne une délégation de 15 personnes qui représentaient les Premières Nations et 15 non-Autochtones. Au milieu d’eux se trouvait la militante suédoise, Greta Thunberg.

L'Innue Melissa Mollen Dupuis, responsable de la « campagne forêts » à la Fondation David Suzuki, raconte que plusieurs personnes en arrière tentaient d’atteindre Greta Thunberg, provoquant ainsi un mouvement de foule.

Greta Thunberg accompagnée de la sécurité omniprésente autour d’elle en fin de journée.

Greta Thunberg était la vedette de la journée, poussant certains manifestants à jouer des coudes pour tenter de l'atteindre.

Photo : Ivanoh Demers

Les Blancs essayaient de passer de manière agressive. Beaucoup étaient sur la défensive ou violents lorsqu'on leur a rappelé de respecter l'espace autochtone, écrit encore Ta’Kaiya Blaney.

Des gens n’ont pas compris pourquoi ils ne pouvaient pas être à l’avant. On a sous-estimé cela. On n'a pas pensé à créer un cercle qui protège les premiers rangs, dit Ashley Torres.

Pour la porte-parole de La planète s’invite à l’université, certains manifestants n’ont pas non plus aimé que des Autochtones scandent « Lands back » ( « rendez-nous nos terres »).

Le fait que ce soit en anglais a pu créer un premier malaise. Puis, ils n’ont pas forcément compris le rapport avec des questions environnementales, explique-t-elle. Et pourtant. Il a été prouvé que lorsque les Autochtones gèrent les terres, ils les protègent mieux, dit-elle pour tenter d’expliquer le sens de ce slogan.

Une Autochtone en tenue traditionnelle.

Les Premières Nations sont très inquiètes des conséquences du réchauffement climatique.

Photo : Ivanoh Demers

Brian Blackburn, coordonnateur administratif du Réseau jeunesse des Premières Nations du Québec et du Labrador, précise : c’est une question de perception. Cela veut dire qu’on veut faire partie d’un processus, qu’on veut être consultés. Ce n’est pas une attaque contre les allochtones, on ne veut pas dire "retournez chez vous, en Europe".

Pour M. Blackburn, les Québécois sont aussi un peu plus « vindicatifs » sur les questions qui touchent le territoire, notamment à cause de leur « passé de colonisateur-dominant passant au rôle de minorité-dominé dans un Canada anglais ».

Ta’Kaiya Blaney, qui était avec l’organisme Indigenous Climate Action, raconte aussi qu’un homme a tenté d’envahir [son] espace. Il avait mon régalia dans ses mains. Une autre amie s’est fait toucher les tresses.

Racisme persistant

Brian Blackburn n’est pas surpris que de tels événements se soient produits lors de la marche. La situation des Autochtones s’améliore, mais il y a encore une perception négative. On a eu la première ligne pour une fois. D’habitude on est derrière, dit-il, résigné.

Par la suite, les choses se sont de nouveau envenimées, d’après la jeune militante Ta’Kaiya Blaney. Toujours sur Twitter, elle écrit : Nous avons demandé d’avoir cinq minutes pour chanter en l'honneur des femmes autochtones disparues et assassinées […]. On nous a dit que cela briserait la coalition de l’organisation.

Contactée par Radio-Canada, Ta’Kaiya Blaney n'a pas donné suite à nos demandes d'entrevues.

Manifestation contre les changements climatiques dans le centre-ville de Montréal
Sur la photo : (Gauche à droite) Kijâtai-Alexandra Veillette-Cheezo au centre devant Greta Thunberg.

Les jeunes Autochtones étaient en première ligne du cortège qui a mené la marche pour le climat du vendredi 27 septembre.

Photo : Ivanoh Demers

Les organisateurs expliquent que des jeunes Autochtones sont bien montés sur scène pour prendre la parole. Cela faisait toutefois partie d’un protocole organisationnel. La jeune chanteuse Ta’Kaiya Blaney, qui ne faisait pas partie du groupe désigné, s’est donc vu refuser l’accès à la scène.

Il s’agissait d’un protocole déjà établi et elle l’a pris comme si les organisateurs avaient voulu faire taire une femme autochtone. Je suis désolée qu’elle l’ait vécu comme tel. C’est triste, mais il y a probablement eu un malentendu, explique Mme Mollen Dupuis qui ne minimise pour autant pas les faits dont la jeune femme dit avoir été victime durant le défilé.

La jeune Suédoise Greta Thunberg au micro et aux côtés des organisateurs de la grève pour le climat à Montréal.

La jeune Suédoise Greta Thunberg a pris la parole lors d'une conférence de presse aux côtés des organisateurs de la grève pour le climat à Montréal, ainsi que de représentants des Premières Nations.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Finalement, elle est montée sur scène avec son groupe, poursuit M. Geoffroy, pour qui cet épisode soulève la nécessité de continuer à développer des liens avec les Premières Nations de l’ensemble du territoire.

D’ailleurs, pour éviter des situations tendues, les organisateurs avaient pourtant pris la peine d’organiser deux jours de formation avec les membres des délégations des Premières Nations. Ils avaient ainsi constitué des binômes formés d’un Autochtone et d’un allochtone.

« Pour plusieurs jeunes de la délégation, c’était la première fois qu'ils venaient à Montréal. Visiblement, il y a quelque chose qui s’est mal passé », estime M. Geoffroy.

Quant à savoir si de tels comportements peuvent entacher le mouvement, François Geoffroy dit ne pas se soucier de « l’image », mais de la « justice ».

Autochtones

Environnement