•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Bootlegger : un premier long métrage autochtone sur les réserves sèches

Caroline  Monnet

Caroline Monnet

Photo : Radio-Canada

Ismaël Houdassine

L’artiste multidisciplinaire Caroline Monnet a été sélectionnée en 2016 par le prestigieux Festival de Cannes pour une résidence de production de son premier long métrage. Trois ans de plus tard, voilà la réalisatrice sur le point de commencer le tournage de son film baptisé Bootlegger, une incursion inédite dans une réserve sèche.

En 1948, l'Île-du-Prince-Édouard a été officiellement la dernière province canadienne à abolir la prohibition. Pourtant, au pays, un certain nombre de réserves autochtones demeurent toujours assujetties à l’interdiction de consommer de l’alcool.

Cette forme de ségrégation héritée de la Loi sur les Indiens perdure encore, surtout les réserves situées au nord du Canada, explique Caroline Monnet en entrevue. On assiste en ce moment à tout un mouvement où les communautés organisent des referendums pour décider si elles veulent continuer ou pas d'appliquer la loi sur la prohibition dans leur réserve.

Mon grand-père a élevé six enfants et il n’avait pas le droit de prendre une bière. Il risquait la prison s’il prenait ne serait-ce qu’un verre. C’est quand même aberrant !

Caroline Monnet, cinéaste et artiste multidisciplinaire

Après avoir lu un article de presse sur le sujet, Caroline Monnet et son fidèle collaborateur, Daniel Watchorn, imaginent alors un scénario ancré dans une communauté autochtone du nord du Québec.

L’histoire se penche sur une jeune avocate ambitieuse qui revient dans sa communauté autochtone, raconte la cinéaste, qui a déjà signé une dizaine de courts métrages. Alors qu’elle tente d’organiser un scrutin populaire afin d’annuler la prohibition dans la réserve, elle rencontre Laura, une femme qui s’adonne au trafic illégal d’alcool.

Moderne et contemporain

Interprétée par Pascale Bussières, Laura est le seul rôle non-Autochtone du long métrage. Le film se déroule à notre époque, au cœur d’une réserve fictive isolée, précise Caroline Monnet, dont les origines anishinaabe seront mises en valeur.

On va tourner en langues française et anishinaabemowin dans ma communauté d'origine de Kitigan Zibi Anishinabeg [proche de Maniwaki] avec l’appui des membres du conseil de bande et la contribution des personnes sur place, ajoute celle qui participe cette année à la célèbre Biennale du Whitney Museum de New York.

L’œuvre chorale est une pure fiction, rappelle la réalisatrice. Il reste que la jeune femme de 33 ans a mis de son vécu dans ce futur opus qui met également à l’affiche Samian, Jacques Newashish et Jacob Whiteduck-Lavoie.

Il y a toujours une partie de soi dans les histoires que l’on raconte, admet-elle. Bootlegger inclut des événements que j’ai vus ou entendus parler. Je me reconnais aussi un peu dans un des personnages principaux, cette fille qui retourne dans sa communauté pour tenter de reconstruire des liens avec sa famille.

Au-delà de l’expérience personnelle, Caroline Monnet voit d'abord un film porté par les femmes. Bootlegger découle de la volonté de montrer une communauté « vibrante, fière et active », loin de la passivité.

Je sais que dans les communautés autochtones, le changement se fait surtout par les femmes. C’est un film moderne fait pour inspirer les jeunes de la prochaine génération, espère-t-elle.

Le tournage de Bootlegger, produit par Microclimat Films, se déroulera dans la région de l'Outaouais et à Montréal en novembre et décembre.

Autochtones

Arts