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Un couple autochtone bispirituel de l'Alberta gagne The Amazing Race Canada

Anthony Johnson, à gauche, et James Makokis, de l'équipe Ahkameyimok, ont remporté la septième saison d'« Amazing Race Canada ».

Anthony Johnson, à gauche, et James Makokis, de l'équipe Ahkameyimok, ont remporté la septième saison d'« Amazing Race Canada ».

Photo : La Presse canadienne / Cole Burston

La Presse canadienne

Anthony Johnson et James Makokis espéraient que le fait d'être le premier couple autochtone bispirituel à participer à l’émission The Amazing Race Canada leur donnerait une plateforme nationale pour mettre en évidence des questions qui leur tiennent à cœur.

Pendant des semaines de défis intenses, les deux hommes ont sillonné le pays en revêtant des tenues destinées à attirer l'attention sur des sujets précis : des jupes rouges faites à la main et un bandana pour les femmes et les filles autochtones disparues ou assassinées, ou encore des chemises bleues portant l'emblème « L'eau, c'est la vie », pour montrer l'importance culturelle et cérémonielle de l'eau.

James Makokis (à gauche) et Anthony Johnson (à droite) expliquent la signification des vêtements qu'ils portaient lors de l'émission.

James Makokis (à gauche) et Anthony Johnson (à droite) expliquent la signification des vêtements qu'ils portaient lors de l'émission.

Photo : Radio-Canada / Craig Ryan

Maintenant qu'ils ont été couronnés gagnants, les deux époux – qui se présentent comme bispirituels, un terme utilisé par certains Autochtones pour décrire leur identité de genre, sexuelle et spirituelle – disent vouloir utiliser leur renommée pour continuer à recueillir des fonds pour un centre culturel de guérison dans la Nation crie Kehewin, en Alberta.

Mais d'abord, ils veulent célébrer leur victoire avant-gardiste, dormir un peu et peut-être partir en vacances, ont-ils dit, mardi, dans une entrevue, quelques heures avant la diffusion de la finale de l'émission.

« Nous voulons passer une semaine sur la plage dans un endroit chaud, parce que nous n'avons pas eu d'été. Nous avons besoin de bronzer », a dit M. Makokis en riant.

Une occasion de conscientiser les gens

La septième saison de l'émission – diffusée depuis juillet, mais tournée plus tôt cette année – a commencé à Toronto et s'est terminée dans la région de Muskoka, au centre de l'Ontario. Chaque épisode a vu les équipes s'affronter dans des défis comme une simulation de conférence de presse ou une partie de hockey sur luge.

James Makokis, médecin de famille originaire de la Nation crie de Saddle Lake, en Alberta, et Anthony Johnson, consultant de projet né dans la Nation navajo de l'Arizona, ont expliqué mardi à quel point il est important pour eux d'utiliser leur soudaine popularité pour sensibiliser les gens.

« Le fait de représenter les femmes autochtones disparues et assassinées était important, parce que ça arrive; ça arrive, et les gens n'en parlent pas », a dit M. Johnson.

De nombreuses communautés autochtones étaient matriarcales avant la colonisation, et le couple estime qu'il est important de montrer son soutien aux femmes leaders de leur communauté, a ajouté M. Makokis.

Tous deux voulaient aussi montrer aux jeunes bispirituels et transgenres qu'« il n'y a rien de mal à être différent », a poursuivi M. Makokis.

« Si deux hommes portent une robe pour exprimer leur identité différemment de la norme, pourquoi s’en faire? En quoi cela fait-il mal à quelqu'un d'autre? » a demandé le médecin de famille.

« J'ai une grande population transgenre dans ma pratique médicale et je vois les résultats de l'isolement social. Cela envoie un message fort quand leur médecin dit ça... et nous voulions le faire. Nous pensions que c'était très important. »

Certains moments ont été particulièrement émouvants pour les deux hommes, notamment durant un défi qui, selon M. Makokis, a provoqué un traumatisme intergénérationnel et de nombreuses larmes.

Bien que James Makokis n'ait pas fréquenté de pensionnat, beaucoup de membres de sa famille sont passés par là, dont son père, qui a été le premier à fréquenter par la suite une école intégrée avec des enfants francophones, a-t-il dit. Chaque jour, son père faisait face à des insultes et à de la violence. Le défi durant lequel il devait parler français lui a rappelé ces souvenirs familiaux.

James Makokis et Anthony Johnson discutent de leur stratégie gagnante dans une entrevue accordée à l'émission Radio Active, de CBC Edmonton.

James Makokis et Anthony Johnson discutent de leur stratégie gagnante dans une entrevue accordée à l'émission « Radio Active », de CBC Edmonton.

Photo : Radio-Canada / Thandiwe Konguavi

Du positif... et des critiques

D'autres moments se sont distingués pour des raisons plus agréables. Alors qu'ils couraient pour prendre l'avion à Kamloops, en Colombie-Britannique, les deux hommes – qui portaient leurs jupes rouges – ont eu un contact visuel avec un bagagiste autochtone, qui s'est mis à leur sourire, se rappelle M. Johnson.

Lorsque la course les a amenés au défilé de la fierté, à Calgary, ils ont vu quelqu'un de la Nation Blackfoot qui avait fabriqué des poupées à leur effigie. Un honneur, a-t-il dit.

Ils ont dit avoir reçu de nombreux messages personnels de téléspectateurs heureux de voir plus de diversité à la télévision. « C'est l'une des principales raisons pour lesquelles nous avons choisi de participer à l'émission », a ajouté James Makokis.

Le fait que leur participation a attiré autant l’attention indique qu'il est possible de faire davantage pour assurer une plus large représentation des voix dans les médias, croit-il, soulignant qu'il s’agit du deuxième couple autochtone à participer à l'émission.

Le couple a cependant fait l'objet de critiques pour ses prises de position durant l'émission, certains l'accusant d’être trop politique.

Mais tout à propos des deux hommes l'est par définition, a expliqué M. Johnson. « En étant des personnes queers, de couleur, qui forment un couple américano-canadien... »

« En étant des Autochtones né avec un numéro de statut d'Indien », a poursuivi M. Makokis.

« Par défaut, notre existence est politique, et nous ne faisons donc rien de différent de ce que nous faisons dans la vie de tous les jours », a-t-il ajouté.

« Donc je suis heureux que des gens soient offusqués, parce que cela signifie qu'ils ont été un peu informés, qu'ils ont été exposés à de nouvelles idées. Qu’ils soient d’accord ou non, je m’en fiche. »

La victoire du couple est assortie d'un prix de 250 000 $, d'un voyage pour deux personnes autour du monde et de deux véhicules neufs.

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