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Le gouvernement Trudeau a-t-il tenu ses promesses envers les Autochtones?

Justin Trudeau prononce un discours en complet.

Le premier ministre Justin Trudeau est arrivé au pouvoir avec un programme ambitieux qui ne pouvait que décevoir, selon un rapport.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Anouk Lebel

À son arrivée au pouvoir en octobre 2015, le gouvernement libéral de Justin Trudeau avait un programme ambitieux basé sur la réconciliation avec les Autochtones. Même si, depuis, un bon nombre de ses promesses ont été réalisées ou sont en voie de l’être, le gouvernement n’a pas été à la hauteur des attentes, selon des chercheurs.

Le gouvernement parlait au départ de réconciliation. [...] C’était un peu irréaliste. Il a créé beaucoup d’attentes et, finalement, c’était presque certain qu’il allait décevoir, résume Martin Papillon, professeur agrégé au Département de science politique de l’Université de Montréal et coauteur avec Thierry Rodon du chapitre traitant des relations avec les Autochtones dans Bilan du gouvernement libéral de Justin Trudeau, paru au mois d’août.

Sur le plan quantitatif, le gouvernement a réalisé bon nombre de ses promesses, particulièrement en ce qui a trait au réinvestissement dans les services aux Autochtones, selon les deux auteurs. Là où le bât blesse, c’est sur le plan du renouvellement de la relation avec les Autochtones.

Ce que le gouvernement n’a pas réussi à faire, c’est de redonner à la relation une aura un peu plus positive, de créer une relation de confiance entre les Autochtones et le gouvernement.

Martin Papillon, professeur agrégé au Département de science politique de l’Université de Montréal

Des promesses réalisées sur fond d'obstacles

Martin Papillon et Thierry Rodon ont sélectionné dans le Polimètre Trudeau/PL (Nouvelle fenêtre) les promesses qu’ils jugeaient les plus importantes concernant la réconciliation avec les peuples autochtones. Ils les ont divisées en deux catégories : le réinvestissement dans les services aux Autochtones et le renouvellement de la relation.

Parmi les promesses réalisées, Martin Papillon cite le réinvestissement dans les services qui est, selon lui, significatif par rapport aux réalisations des gouvernements précédents, même s’il reste insuffisant, compte tenu du rattrapage à faire. Il souligne aussi la tenue de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, qui a mené à un rapport, malgré les embûches.

Le gouvernement a aussi mis en place certaines mesures pour changer la façon d’interagir avec les peuples autochtones : notamment la mise en place d’une série de mécanismes bilatéraux et multilatéraux, et la scission du ministère des Affaires autochtones en deux ministères distincts.

Par contre, il n’a pas réussi à s’attaquer de façon concrète à la question de la reconnaissance des droits territoriaux des Autochtones et au processus de revendication territoriale. À cet égard, Martin Papillon reconnaît que l’objectif est ambitieux et ne peut pas être réalisé à l’intérieur d’un mandat de quatre ans.

Transformer une relation qui est marquée par le colonialisme depuis plusieurs décennies, plusieurs siècles même, ça ne se fait pas en un seul mandat de quatre ans.

Martin Papillon, professeur agrégé au Département de science politique de l’Université de Montréal
Deux femmes se serrent assises sur leur chaise en écoutant les discours prononcés lors de la cérémonie de clôture de l'enquête.

La tenue d'une enquête publique sur les femmes autochtones disparues et assassinées était une promesse phare des libéraux de Justin Trudeau.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Une promesse phare rompue, des messages ambigus

Le rapport note que le gouvernement a rompu l’une de ses promesses phares de début de mandat : mettre en œuvre la Déclaration des Nations unies sur les peuples autochtones.

Le fait que le gouvernement n’ait pas mis tout son poids derrière le projet de loi C-262 déposé par le député néo-démocrate Romeo Saganash, mort au feuilleton en juin 2019, envoie un message « négatif » aux communautés autochtones, selon Martin Papillon.

La rétrogradation puis la démission de l’ancienne ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, sont également devenues un symbole des attentes déçues des Autochtones . « Au-delà des raisons qui ont pu mener à ce conflit-là, c’est un symbole de rupture du lien de confiance entre les Autochtones et le gouvernement », analyse Martin Papillon.

Le projet de réconciliation du gouvernement s’est aussi heurté à des obstacles politiques et économiques, souligne le rapport, principalement en ce qui concerne l’exploitation des ressources naturelles. Le gouvernement Trudeau a approuvé le projet d’oléoduc Trans Mountain en novembre 2016, malgré l’opposition de nations autochtones touchées.

Justin Trudeau et Jody Wilson-Raybould se tiennent côte à côte, mais regardent dans des directions opposées.

La rétrogradation, puis la démission de l'ex-ministre libérale de la Justice, Jody Wilson-Raybould, sont devenues un symbole des attentes déçues des Autochtones envers le gouvernement, selon Martin Papillon.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Le poids du vote autochtone

Même si les Autochtones ne représentent que 4,9 % de la population canadienne, leurs votes pourraient changer la donne lors des élections fédérales du 21 octobre, d'après Martin Papillon. Le chercheur rappelle que les Autochtones, qui votaient jusqu’alors très peu aux élections fédérales, se sont mobilisés en plus grand nombre lors des élections de 2015, ce qui a favorisé les libéraux dans certaines circonscriptions.

Pour la prochaine élection, on peut s’attendre à ce que la mobilisation des Autochtones en faveur des libéraux ne soit pas aussi forte. Dans les circonscriptions où le vote autochtone a un poids important, ça peut avoir une influence.

Martin Papillon, professeur agrégé au Département de science politique de l’Université de Montréal

Le chef de l'Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde a soutenu en décembre que le vote autochtone a fait la différence dans 22 circonscriptions lors des élections fédérales de 2015.

Martin Papillon croit pour sa part que le vote autochtone pourrait se révéler déterminant dans une dizaine de circonscriptions, principalement dans l’ouest du pays. « Ces circonscriptions pourraient tomber dans les mains des conservateurs si le vote autochtone est moins présent », dit-il.

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