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Ma-Nee Chacaby : le parcours hors du commun d'une militante autochtone bispirituelle

Ma-Nee Chacaby devant deux de ses aquarelles, avec deux exemplaires de son livre : l'un en anglais et l'autre en français.

La militante ojibwée-crie lesbienne Ma-Nee Chacaby est coprésidente du festival Fierté Montréal cette année.

Photo : Radio-Canada / Anouk Lebel

Anouk Lebel

La militante ojibwée-crie Ma-Nee Chacaby s’identifie comme bispitituelle, c’est-à-dire qu’elle a en elle deux esprits : masculin et féminin. Un peu plus de trente ans après sa sortie du placard en tant que lesbienne, à Thunder Bay, dans les années 1980, elle participera dimanche au défilé de Fierté Montréal comme coprésidente d’honneur.

« Pour moi, être bisprituelle est quelque chose très spirituel », souligne celle qui se décrit aussi comme une femme qui aime les femmes. Dès l’âge de quatre ans, sa kokum (grand-mère en ojibwé) l’a avertie que sa vie serait difficile, mais qu'elle devrait l'affronter avec courage, comme une guerrière.

Sa grand-mère lui a aussi expliqué que, pour ses ancêtres, la bispiritualité était quelque chose de très bien vu, voire sacré. Les personnes bispirituelles étaient des chamans, des guérisseuses; elles apprenaient des aînés comment prendre soin des plantes et protéger leur communauté.

Ma grand-mère m’a avertie que ma serait vie difficile. Jusqu’à maintenant, tout ce qu’elle a dit est arrivé. Être bispitiruelle n’a rien eu de facile.

Ma-Nee Chacaby , militante bisprituelle ojibwée-crie

Ma-Nee Chacaby raconte son histoire hors du commun dans Un parcours bispirituel. Récit d’une aînée objibwé-crie lesbienne, la traduction en français de ses mémoires. L'aînée de Thunder Bay y détaille son enfance dans la communauté isolée d’Ombabika, en Ontario, sa jeunesse marquée par la violence conjugale et sexuelle et comment elle s’est sortie de l’alcoolisme et de l’itinérance avant de travailler comme intervenante en toxicomanie.

Peu à peu, elle en est venue à accepter sa bispiritualité. Elle a affiché son homosexualité publiquement en 1988, lors d'une entrevue à la télévision donnée lors d'un événement LGBTQ à Thunder Bay. Ce coming-out public a été suivi par un déferlement d'hostilité.

« Tout le monde était dans le placard à ce moment-là, se souvient-elle. C’était difficile de vivre [à Thunder Bay]. Les gens n’étaient pas gentils les uns avec les autres. »

Il y a eu un moment où je voulais juste être comme les autres et entrer dans le moule. J’allais à l'encontre de ce que ma grand-mère m'a enseigné. Mais elle m’a toujours pardonné. Elle m’a appris ce qu’était le pardon.

Ma-Nee Chacaby , militante bisprituelle ojibwée-crie

De la violence à l'acceptation

Malgré le contexte difficile, Ma-Nee Chacaby n'a pas baissé les bras. Je suis une militante, dit-elle. Je me bats pour mes droits et les gens, même si ça me met dans le trouble.

Aux prises avec des cauchemars et des flash-backs, elle a commencé à peindre et à faire des masques. Ses oeuvres font partie d’un processus de guérison et expriment souvent beaucoup de douleur. Mais, aujourd’hui, elle s’estime heureuse. J'ai une vie heureuse. Ma vie est complète, même si je ne suis avec personne en ce moment, laisse-t-elle tomber.

Elle se voit désormais comme un guide pour les plus jeunes, entre autres les jeunes bispirituels, qui doivent trouver leur propre façon d’être. Je pense aux jeunes personnes dans ma vie, souligne-t-elle, les jeunes bispirituels qui doivent eux-mêmes choisir leur façon de vivre. Je veux les guider pour m’assurer qu’ils vivent en accord avec ce que ça signifie pour eux.

En partageant son histoire, elle espère encourager d’autres aînés à partager leur histoire avec leurs enfants et leurs petits-enfants. « J’espère que les jeunes apprendront qu’ils ont peut-être eu un ou une ancêtre comme moi, dans le monde bispirituel des Premières Nations. »

Un parcours bispirituel. Récit d’une aînée objibwé-crie lesbienne. Ma-Nee Chacaby en collaboration avec Mary-Louisa Plummer, traduit en français par Sophie M. Lavoie, Éditions du remue-ménage, 2019, 280 pages.

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