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chronique

Le blâme du commissaire à l'éthique envers Trudeau remet en cause la réconciliation avec les Autochtones

Une femme regarde vers la gauche, plusieurs micros devant elle. Une affiche où il est écrit « Independent » se trouve à ses côtés.

Notre chroniqueuse Cyndy Wylde souligne que Jody Wilson-Raybould est « demeurée ancrée dans l’intégrité de son mandat qui lui avait été confié ».

Photo : Radio-Canada / Timothé Matte-Bergeron

Cyndy Wylde

Pour ceux qui sont régulièrement sur les réseaux sociaux, vous conviendrez avec moi qu’il s’y retrouve facilement une polarisation des débats sur une multitude de sujets. Les opinions s’enflamment ce n’est pas trop long.

Nous sommes à la veille du déclenchement des élections et je me demande si la population souhaite réellement tous les débats d’opinions qui se pointeront sous peu dans tous les foyers au pays. Peut-être qu’il ne s’agit en fait que d’une réaction devenue normale, inhérente au fait justement qu’on utilise de plus en plus les réseaux sociaux comme canaux pour faire valoir nos opinions.

J’ai remarqué depuis que j’écris des chroniques que rares sont les personnes qui remettent en question leur opinion première. Par exemple, en lisant les autres personnes qui partagent des positions différentes sur une question, rares sont celles qui vont admettre s’être trompées ou encore avouer que leur opinion a évolué..

À quoi cela sert alors d’émettre son avis si ce n’est pas pour en débattre? S’affirmer? Car lorsqu’on polarise une idée, on s’interdit de réfléchir, à mon avis. Et une société qui ne réfléchit pas, ça me donne des maux de tête.

Lorsque je consulte mon fil Twitter, je vois clairement les clans qui comptent toujours les mêmes « argumentateurs » selon les sujets traités. Je peux facilement deviner où les propos s’enflammeront, de la part de qui et pourquoi. C’est qu’à la longue on connaît bien la position des gens. Ce qui me fascine par contre au fil du temps, c’est que ces personnes sont de plus en plus ancrées dans leurs certitudes; aucune évolution possible malgré toutes les discussions survenues.

Conflits d’intérêts et éthique

Cette semaine, le commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique, Mario Dion, a déposé son rapport sur les agissements de notre premier ministre dans l’affaire entourant la gestion du dossier brûlant de SNC Lavalin.

La constatation centrale qui englobe tout le reste dans ce rapport concerne le manque d’éthique de notre premier ministre. Il éprouve de sérieuses difficultés à réguler ses comportements et ses décisions selon les attentes des Canadiens. De plusieurs Canadiens devrais-je plutôt dire. Je suis bien consciente que certains d’entre nous adhèrent à ses façons de faire, sinon comment aurait-il pu monter autour de lui une si grande équipe pour l’appuyer?

L’éthique situe nos décisions d’agir par rapport à nos valeurs, diront Legault (1999) et Boisvert (2003)*. L’éthique place donc nos valeurs au centre de ce que nous voulons mettre en pratique. Notre éthique justifie le rationnel derrière nos actions. Alors il fait quoi, Justin Trudeau? Cette histoire révèle ses valeurs. C’est très troublant.

Il dit prendre l’entière responsabilité d’une part, mais n’offre aucun mea culpa réel d’autre part. Il a tenté de tromper un bon nombre de Canadiens pour faire bonne figure et pour servir ses intérêts politiques. Mais ce faisant, il s’est construit l’image d’un homme qui ment et se sert des gens pour parvenir à ses buts. Il a discrédité Jody Wilson-Raybould, alors membre de son cabinet, pour parvenir à ce que lui jugeait justifiable peu importe les moyens. Ce faisant, il a failli ruiner la carrière de cette politicienne qui, contrairement à lui, est demeurée ancrée dans l’intégrité de son mandat qui lui avait été confié.

Par ses gestes, il s’est aussi mis à dos une partie des citoyens qui adhèrent à la vérité et prônent une vie politique propre.

Il a aussi par ses gestes anéanti l’espoir de réconciliation qui semblait imminent pour plusieurs Autochtones au pays. Pourquoi? Parce que Jody Wilson-Raybould incarnait un symbole clair des présumées intentions de ce gouvernement vis-à-vis de cette démarche de réconciliation.

Bref, il a à nouveau foutu tout un fouillis dans les intentions de vote en prévision des prochaines élections.

Polarisation politique

Depuis le dépôt du rapport du commissaire à l’éthique, il est tout aussi troublant de voir parmi les commentaires que ce n’est pas la majorité des gens qui remettent en question leur perception de cette situation. On est soit pro-Justin ou soit pro-Jody. Malgré les conclusions accablantes du commissaire à l’éthique qui illustrent hors de tout doute que Justin Trudeau a contrevenu à la loi, je le répète à la loi (et deux fois plutôt qu’une je vous le rappelle), les opinions n’ont pas beaucoup changé dans les réseaux sociaux.

Certains préfèrent encore un premier ministre qui ment à la population, qui adopte des façons de faire déloyales et qui fait fi des lois, plutôt que de reconnaître que Jody Wilson-Raybould disait vrai sur toute la ligne depuis le début!

Débats sur les réseaux sociaux

J’en viens à me dire que débattre sur les réseaux sociaux est bien peu constructif. On dirait même que cela augmente l’animosité parmi le peuple.

Nous avons d’un côté ceux qui « discutent » entre eux et s’appuient dans leurs convictions, et d’un autre côté, quelques courageux qui s’avancent à poser des questions ou à émettre des commentaires différents du fil des discussions. Mais alors là, attention, ces personnes se font carrément « ramasser » par l’autre clan et forcément cette résultante diminue l’envie de certains d’émettre leurs points de vue.

Sachant que dans les médias sociaux un individu peut décider de ne lire que ce qui va dans le sens de ses opinions, ce phénomène est discutable quant à la construction de la connaissance qu’on est censé aller chercher en « s’informant ».

Dans toute cette histoire, les réseaux sociaux auront servi, oui, à une polarisation politique, mais très peu à faire évoluer réellement les opinions. Enfin, nous le saurons en octobre, je crois bien!

***

*Boisvert, Y. (dir.). (2003). Petit manuel d’éthique appliquée à la gestion publique. Montréal, Québec : Liber.

*Legault, G. A. (1999). Professionnalisme et délibération éthique: manuel d’aide à la décision responsable. Sainte-Foy, Québec : Presses de l’Université du Québec.

 

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