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Fini les coiffes de plumes au camp Minogami

Un canot à quai au camp Minogami

Le camp Minogami organise chaque année des expéditions de canot qui passent sur le territoire ancestral atikamekw.

Photo : Radio-Canada

Marie-Eve Cousineau

Les chansons qui véhiculent des préjugés sur les Autochtones ont été éliminées du répertoire, au camp Minogami, à Shawinigan. Les couronnes de plumes ont aussi disparu.

C’était une tradition vieille de 50 ans. Chaque jour, les enfants du camp de vacances Minogami étaient soumis à des épreuves, et à chaque épreuve qu'ils réussissaient, ils recevaient une plume. À la fin de leur séjour, ils retournaient chez eux avec une couronne témoignant de leurs exploits.

On va le dire, on avait des moniteurs qui se déguisaient en Première Nation, en Autochtone au complet, raconte Raphaël St-Onge, directeur adjoint aux expéditions pour les camps Odyssée, dont fait partie le camp Minogami.

On faisait une cérémonie dans un langage qui ne voulait rien dire.

Raphaël St-Onge

La chanson Sol indien figurait aussi dans le répertoire du camp.

Des écussons d'artistes atikamekw pour remplacer les plumes

Tout cela est maintenant chose du passé. Il y a environ quatre ans, le camp Minogami a entrepris une réflexion pour cesser de véhiculer des préjugés sur les Autochtones dans ses activités. Les campeurs côtoient de près les Atikamekw lors de leurs expéditions en canot, en Haute-Mauricie.

Une ancienne campeuse et monitrice, Laurence Desmarais, a convaincu la direction de prendre ce virage. Cette étudiante au doctorat fait partie de Dialog, un réseau de chercheurs universitaires dont la mission est de notamment renouveler la recherche concernant les peuples autochtones.

Selon Raphaël St-Onge, délaisser les plumes n’a pas été évident. Des générations de jeunes – des parents de campeurs actuels, entre autres – ont porté fièrement la couronne.

Moi, j’étais comme "on peut pas faire ça, c’est la tradition", dit Raphaël St-Onge. Avec Julie, l'ancienne directrice, on [se demandait] comment on va pouvoir changer ça.

Les plumes ont finalement été remplacées par des écussons conçus par des artistes atikamekw du collectif Tapiskwan.

Les écussons conçus par des Atikamekw du collectif Tapiskwan

Les écussons conçus par des Atikamekw du collectif Tapiskwan

Photo : Radio-Canada / Marie-Eve Cousineau

Depuis trois ans, des Autochtones donnent aussi aux moniteurs des ateliers et des formations sur l’histoire atikamekw et sur les réalités autochtones contemporaines.

Le camp a aussi adopté la toponymie atikamekw pour nommer les lacs et les rivières sur ses cartes, par exemple Tapiskwan Sipi pour rivière Saint-Maurice).

Ça, ça a été un long processus parce qu'il a fallu qu'on aille rencontrer le Conseil de la Nation Atikamekw pour parler avec des aînés, parce que ce sont beaucoup de choses [les noms des cours d’eau] qui sont transmises oralement, explique Raphaël St-Onge.

Le Conseil de la Nation Atikamekw salue cette démarche du camp. Il fallait qu’on fasse savoir aux gens que les Atikamekw ont toujours résidé et [sont] restés dans ces territoires-là, dit Lisette Petiquay, directrice des services éducatifs langue et culture.C’est une des choses qui nous mettaient en valeur, qui nous remettaient en valeur.

Un enjeu dans les camps québécois

D’après l'Association des camps du Québec (ACQ), bien des camps ont entamé une réflexion sur l’appropriation culturelle et révisent actuellement leur contenu pédagogique. L’ACQ publiera d’ailleurs cet automne un guide de bonnes pratiques qui abordera notamment cette question.

Pour écouter le reportage de Marie-Eve Cousineau, cliquez ici.

Malgré tout, des chansons à connotation raciste se retrouvent encore dans des recueils au Québec. En juin, le Centre de recherche action sur les relations raciales a porté plainte à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, au nom d’une mère d'origine haïtienne et de sa fille de 15 ans, contre l'Association des scouts du Montréal métropolitain.

Un recueil de cette association de scouts comprend la chanson Le Petit Negro. L'un des couplets dit ceci : Quand moi sale, tout crotté, moi prendre eau de Javel.

La mère, dont l’anonymat est préservé parce que sa fille est mineure, a d’abord porté plainte à l’Association, mais n’a pas été satisfaite de la réponse reçue. Clairement, ils ne semblaient pas comprendre, dit-elle. Ils ne pouvaient pas s'en occuper parce que, pour eux, il n'y en avait pas, de problème. J'ai trouvé ça grave quand même. Me faire dire que si ça continue, on ne pourra plus rien chanter...

L'Association des scouts du Canada, qui chapeaute l'Association des scouts du Montréal métropolitain, mène actuellement une enquête interne.

Nous condamnons ce genre d'action, dit la directrice des communications, Dominique Moncalis.Nous allons faire tout ce qui est possible pour vérifier tous les documents d'animation.

L'Association des scouts du Canada souligne qu'elle suggère aux associations locales un contenu pédagogique, des recueils et des chants, mais que ces dernières peuvent les compléter avec d’autre matériel. Depuis 2017, elle travaille à la mise en œuvre d’un programme de sensibilisation à la diversité et à l’inclusion, destiné aux animateurs sur le terrain.

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