•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les Atikamekw commémorent leurs enfants disparus

Photo de groupe lors de la cérémonie.

La cérémonie de signature de l'entente de commémoration Mikoweritamihiwewin a eu lieu à Manawan le 6 août.

Photo : Courtoisie : Pierre-Paul Niquay

Anouk Lebel

Les Atikamekw de Manawan, de Wemotaci et d’Opitciwan, en Haute-Mauricie, entament un processus de commémoration pour les enfants disparus ou enlevés après avoir reçu des soins à l’hôpital. En parallèle, ils sont toujours à la recherche de la vérité sur ces enfants fantômes.

Pierre-Paul Niquay, représentant en santé communautaire de Manawan, a lui-même deux frères aînés qui sont disparus avant sa naissance, à la fin des années cinquante. Ils n’avaient que quelques mois lorsqu’ils ont été envoyés par avion à l’Hôpital Saint-Joseph de La Tuque, dit-il. Ils ne sont jamais revenus.

L’explication qui a été donnée, c’est qu’il y a eu orage électrique, le lait a caillé et il y a eu empoisonnement, raconte-t-il. Plus de soixante ans plus tard, il tente toujours d’obtenir leurs dossiers médicaux.

Plus de 40 familles de Manawan, de Wemotaci et d’Opitciwan ont rapporté des cas semblables. De jour en jour, de semaine en semaine, il y a des familles qui s'ajoutent, souligne Pierre-Paul Niquay.

Trois axes de commémoration

Le projet de commémoration Mikoweritamihiwewin a été lancé le 6 août, en présence du chef de Manawan, Paul-Émile Ottawa, de plusieurs représentants des organismes de la communauté, du député du Bloc québécois de Joliette, Gabriel Ste-Marie, et des porte-parole des familles de Manawan et de Wemotaci.

On voulait que la signature se fasse de façon officielle, devant toutes les familles de la communauté, précise Pierre-Paul Niquay.

Il explique que trois axes de commémoration sont prévus dans le cadre du projet, qui fait partie des initiatives communautaires financées par le gouvernement fédéral partout au pays dans la foulée de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.

Premièrement, les familles pourront organiser des commémorations en privé. Deuxièmement, un grand rassemblement des familles est prévu à l’été 2020. Troisièmement, des monuments commémoratifs seront mis en place dans les communautés.

Ces cérémonies vont nous aider à guérir, mais pas au complet, croit Annette Dubé Volant, porte-parole des familles de Manawan. On ne peut pas guérir de ces tragédies-là, mais ça va nous permettre de nous réunir, d’en parler.

Ça aide à trouver des réponses, ça aide à guérir, mais on ne guérira jamais de ça.

Annette Dubé-Volant, porte-parole des familles de Manawan

À la recherche de réponses

Même si sa mère a obtenu certaines réponses concernant son enfant disparu lorsqu’il n’était encore qu’un bébé, la douleur est toujours vive, souligne Annette Dubé-Volant. « Même si le bébé est mort, il est mort dans l’anonymat le plus total. C’est impensable pour des Autochtones de perdre des enfants de cette façon-là. »

« Les familles veulent connaître la vérité, toute la vérité, pour leur propre guérison » indique pour sa part le chef de Manawan, Paul-Émile Ottawa. Il assure que le Conseil des Atikamekw de Manawan continuera à accompagner les familles dans leur recherche de vérité.

De son côté, Paul-Paul Niquay a l’intention de se rendre à Bibliothèque et Archives Canada, à Winnipeg, où se trouverait une partie des réponses concernant ses deux frères. Il encourage également les descendants d’Autochtones qui croient avoir été enlevés à leur famille à faire des démarches de leur côté.

« On va finir par se rejoindre », dit-il.

Société