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Visite guidée de Kahnawake, bienvenue chez les Kanien'kehá:ka

Dwayne Stacey pose derrière l'église de Kahnawake.

Dwayne Stacey est guide touristique à Kahnawake et il enseigne à l'école secondaire locale depuis 30 ans.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Paul

Gabrielle Paul

Depuis six ans, l’organisme Tourisme Kahnawà:ke offre des visites guidées afin de faire découvrir l’histoire et les réalités des Kanien'kehá:ka (Mohawks) aux gens qui sont de passage.

Dwayne Stacey est l’un des quatre guides touristiques pour Tourisme Kahnawà:ke, mais en dehors de la saison estivale, il enseigne l’histoire et l’archéologie à l’école secondaire locale, la Kahnawake Survival School, où il travaille depuis 30 ans.

Véritable passionné, Dwayne Stacey se fait un plaisir de revenir sur des siècles d’histoire et de partager ses connaissances encyclopédiques sur sa communauté.

« Puisque je suis enseignant, je pense que c’est plus facile pour moi de parler aux gens et de les intéresser », dit-il.

Il guide des groupes comptant jusqu’à 40 personnes. « Il y a des gens qui viennent de partout, souligne-t-il. L’autre jour, il y avait des Allemands, des Hollandais. On reçoit des gens d’un peu partout dans le monde. »

Une histoire d’abord religieuse

Les visites commencent à l’église de la Mission Saint-François-Xavier, adjacente au Centre d’accueil touristique, au cœur du « Vieux Kahnawake ».

« L’histoire de Kahnawake est très liée à la religion, souligne le guide. On nous appelait les "Mohawks qui prient". »

L'église catholique de la mission Saint-Francis Xavier, située dans la communauté autochtone mohawk de Kahnawake.

L'église catholique de la mission Saint-Francois-Xavier, située dans la communauté autochtone mohawk de Kahnawake.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Villeneuve

Le territoire traditionnel des Mohawks s’étend d’Albany, dans l’État de New York, vers l'ouest jusqu'à Kingston, en Ontario et vers le nord jusqu’à Montréal.

« Nos ancêtres ont décidé de venir s’installer à Kahnawake parce qu’ils voulaient être plus près de la religion, raconte M. Stacey. Les seuls prêtres à l'époque se trouvaient dans la région. »

Fresques au plafond de l'église de Kahnawake.

Les fresques de l'église auraient été peintes par un Italien, selon Dwayne Stacey.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Paul

La première sainte autochtone d’Amérique du Nord est d’ailleurs une Mohawk. Kateri Tekakwitha a été canonisée en 2012 et un sanctuaire lui est d'ailleurs dédié à Kahnawake.

Le tombeau de la sainte Kateri Tekakwitha est conservé dans l’église. « Mais ses os ne sont pas tous là. Quand les autres Mohawks sont partis vivre à Akwesasne et Kanesatake, ils voulaient amener des reliques avec eux, ils sont donc partis avec des os de Kateri Tekakwitha », raconte M. Stacey.

Tout juste derrière l’église se trouve la voie maritime du Saint-Laurent, dont la construction, en 1954, a été dévastatrice pour les Kanien'kehá:ka. « Ç’a été un drame, les gens ont perdu leur rivière. »

Toutes les activités quotidiennes gravitaient autour du Saint-Laurent. « Les gens s’y lavaient, s’y abreuvaient, les enfants s’y baignaient et c’est sans compter la pêche pour se nourrir. »

Dans la langue mohawk, Kahnawake veut dire « là où il y a des rapides ». « Aujourd’hui, ce nom a perdu tout son sens, dit Dwayne Stacey. Les rapides ont disparu. »

Se souvenir d'où on vient

Arrêt suivant : le Centre culturel de Kahnawake, où un petit musée a été aménagé.

L'exposition se consacre notamment à l'histoire territoriale des Kanien'kehá:ka et des autres nations iroquoises.

Kanien'kehá:ka est le terme que les Mohawks utilisent pour se désigner dans leur propre langue.

Le mot « Mohawk » viendrait de l’appellation que donnaient jadis les Anichinabés aux Kanien'kehá:ka, qui voudrait dire « cannibale ».

« Personne ne travaille pour faire changer ça [dans les appellations officielles] », déplore Dwayne Stacey.

Le territoire des nations iroquoises, avant la colonisation, totalisait 9 millions d'hectares sur lesquels elles se divisaient en plusieurs petits villages.

Dwayne Stacey montre du doigt une carte au musée de Kahnawake.

Dwayne Stacey désigne le territoire traditionnel des Mohawks qui s'étend d'Albany aux États-Unis jusqu'à Montréal..

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Paul

« Chaque village correspondait à un clan, explique M. Stacey. Et comme on était une société matrilinéaire, c'est la mère qui donnait son clan à ses enfants et à son mari. »

Des répliques d'habits traditionnels mohawks

Des répliques d'habits traditionnels mohawks au musée du Centre culturel de Kahnawake.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Paul

Les mariages entre personnes du même clan sont proscrits. « Si tu voulais te faire une blonde, fallait que tu prennes une petite marche jusqu'au village voisin », blague Dwayne Stacey.

Encore aujourd'hui, les gens de Kahnawake savent à quel clan ils appartiennent.

« Heureusement, ma femme est du clan de l’ours », plaisante le guide, qui est du clan de la tortue.

Le travail de l’acier et les États-Unis

Une autre section de l'exposition se consacre aux monteurs d'acier.

Les Mohawks se sont forgé une réputation de bâtisseurs, travaillant à la construction de ponts et d'immeubles au Canada, mais aussi aux États-Unis.

Ce genre de travail entraîne toutefois sa part de risque. En 1907, la communauté a perdu 33 hommes qui travaillaient sur le pont de Québec lorsqu'il s'est effondré. « Dans une petite communauté, quand plus de trente personnes meurent d'un coup, ça paraît », dit M. Stacey.

Kahnawake encore à ce jour n'oublie pas ceux qui sont morts ce 29 août. Leurs photos sont affichées à l'église, au musée et dans les écoles.

C'est en allant travailler aux États-Unis que les Mohawks auraient adopté la langue anglaise, soutient Dwayne Stacey.

« Pour nous, il n’existe pas de frontières, dit-il. Notre territoire chevauche les deux pays. Jamais tu ne vas entendre un Mohawk dire qu’il est Américain ou Canadien. »

Trois drapeaux flottent.

Les drapeaux américain, canadien, ainsi que celui de la Confédération Iroquoise, flottent à Kahnawake.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Paul

Des visiteurs surtout économiques

L’an dernier, un peu moins de 2000 personnes sont passées par le Centre d’accueil. Il reste que c’est le pow-wow, en juillet de chaque année, qui attire le plus de monde. « Kahnawake peut avoir jusqu’à 10 000 visiteurs par jour [pendant le pow-wow] », estime Dwayne Stacey.

Mais en plein milieu de la semaine, les touristes remplissent le salon de poker et le casino, alors que le Centre d’accueil touristique est désert. « C’est sûr que c’est déplorable, mais on ne peut pas forcer les gens à apprendre notre histoire avant qu'ils aillent jouer », se désole M. Stacey.

Un autobus stationné à côté d'un restaurant. Une femme marche dans le stationnement.

Un autobus de touristes est stationné tout près du restaurant Mirela's à Kahnawake, situé à côté d'un salon de poker.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Paul

« Si je pouvais, j’irais m’asseoir dans un coin du casino pour parler aux gens de notre histoire et de notre culture », dit-il en rigolant.

Même si beaucoup d'employés des maisons de jeux ne sont pas issus de la communauté, l’argent finit par leur revenir, croit Dwayne Stacey.

« Les gens ne peuvent pas travailler là parce qu’il faut parler français, même si c’est chez nous, explique-t-il. Mais ça fait quand même vivre l’économie ici. »

La communauté compte également 5 terrains de golf fréquentés aussi par beaucoup de touristes. Le premier terrain a été construit il y a plus de cent ans par des non-Autochtones. « Ç’a été long avant que les Autochtones aient le droit d’entrer là », dit Dwayne Stacey.

« Kahnawake s’en sort plutôt pas mal », croit-il cependant.

Kahnawake, avec sa superficie de près de 42 kilomètres carrés, est la plus grande communauté mohawk du Québec. La communauté jouit effectivement d’une bonne vitalité économique, avec ses restaurants, ses cafés et ses petits commerces.

Beaucoup de bâtiments du conseil de bande sont des constructions récentes et un nouveau Centre culturel doit aussi être construit bientôt.

L’école secondaire où enseigne Dwayne Stacey a été bâtie il y a dix ans.

« En construisant, on s'est assuré qu'il y ait beaucoup de fenêtres et que l'architecture et la décoration reflètent notre culture », dit M. Stacey, visiblement fier de son école.

L'école secondaire Kahnawake Survival School.

La Kahnawake Survival School, où enseigne Dwayne Stacey, a été construite il y a dix ans. Environ 200 élèves la fréquentent chaque année.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Paul

Située sur la Rive-Sud de Montréal, Kahnawake profite aussi des services que peut offrir la métropole.

Pour Dwayne Stacey, la proximité avec la ville est toutefois un couteau à double tranchant.

« Ça nous aide, mais ça nous assimile un peu plus que si nous étions loin, dit-il. Mais on n'a pas besoin de quitter la communauté, on est à 10 minutes du centre-ville de Montréal [...] et la rivière nous en sépare. »

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