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Histoires surnaturelles, la complexité de l’art haïda rayonne au Musée McCord

Écrans avec photos de l'archipel d'Haida Gwaii.

Vue de l’exposition Sding K'awXangs - Haïdas : Histoires surnaturelles.

Photo : Musée McCord / Marilyn Aitkens

Gabrielle Paul

Complexes et forts en symboles, de rares objets haïdas sont présentés pour la première fois au Musée McCord. Mise en place avec la commissaire invitée Kwiaahwah Jones, elle-même Haïda, l’exposition Sding K'awXangs- Haïdas : Histoires surnaturelles retrace, jusqu’au 27 octobre, la riche histoire artistique d’un peuple qui a failli disparaître.

Sding K’awXangs a été traduit par « histoires surnaturelles, en accord avec Kwiaahwah Jones, souligne la conservatrice Cultures autochtones du Musée McCord, Guislaine Lemay. La traduction la plus exacte serait two sittings, deux rencontres. »

Cet élément de rencontre ponctue l’exposition. D’abord, grâce aux rencontres avec les créatures surnaturelles qui débutent avec la légende de Foam Woman, qui aurait donné naissance aux Haïdas.

Il est également question de la rencontre avec les Européens « qui a été vraiment dévastatrice pour les Haïdas », rappelle Mme Lemay.

Les Haïdas ont frôlé la disparition complète lorsque les Européens ont débarqué pour la première fois dans leur archipel, Haida Gwaii, en Colombie-Britannique. Décimée par la variole, « 80 % de la population a péri », estime Guislaine Lemay.

Un masque de macareux.

Masque de macareux porté sur le front. 1800-1850, Haïda. Artiste inconnu. Recueilli par George Mercer Dawson, peut-être à Q'una (Skedans), 1878.

Photo : Musée McCord

C’est autour de cette période que des objets de l’exposition ont été récupérés par George Mercer Dawson, fils de John William Dawson, recteur de l’Université McGill, d’après qui a été nommé le Collège Dawson.

Des objets culturellement riches

L’archipel Haida Gwaii regorge d’une nature luxuriante qui se reflète dans l’art haïda.

« La nature y est très abondante et riche en ressources, relève la conservatrice du Musée McCord. Ça se voit dans la culture des Haïdas qui est complexe et qui s’est développée pendant des milliers d’années. »

La preuve de cette complexité est la « grammaire visuelle », l'ensemble des règlements qui guident le symbolisme des œuvres et qui doivent être maîtrisés par les artistes.

Chapeau haïda fait par le couple d'artistes Edenshaw.

Chapeau tressé et peint, 1875-1900, Haïda. Tressé par Isabella Edenshaw (vers 1858-1926) et peint par Charles Edenshaw (vers 1839-1920). Racine et écorce d'épinette, peinture. Don de l'Art Association of Montreal.

Photo : Musée McCord

« C’est possible d’aller au-delà de ça, malgré les codes, chaque artiste a quand même sa signature », précise Guislaine Lemay.

En exemple, des bols qui servaient à contenir l’huile de phoque dans laquelle on trempait la nourriture. « Chaque bol représente un phoque en suivant les règles, mais aucun ne se ressemble », remarque la conservatrice.

La « grammaire visuelle » est composée de formes abstraites que Guislaine Lemay compare prudemment au peintre Pablo Picasso.

« Chaque partie, chaque côté, permet de voir les créatures; peu importe l’angle depuis lequel on regarde l’objet, on peut voir des parties des créatures. »

Un mât totémique miniature haïda.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Mât totémique miniature, 1900-1925, Haïda. Artiste inconnu. Don de Mme Walter Molson.

Photo : Musée McCord

La transformation est un élément récurrent dans les objets, que ce soit un humain qui se transforme en être surnaturel ou le contraire.

« Parfois, c’est tellement complexe qu’il est impossible de savoir ce que c’est, dit Guislaine Lemay. Seulement l’artiste lui-même serait en mesure d’expliquer de quoi il s’agit. »

L’artiste doit également respecter la lignée à laquelle il appartient. Chaque famille descend d’un être surnaturel qui vient avec ses emblèmes, ses chansons et ses contes. « Un artiste ne peut pas reproduire l’emblème d’un autre sans son autorisation », spécifie Guislaine Lemay.

L'histoire de Mère Ourse telle que vue à l’exposition Sding K'awXangs - Haïdas : Histoires surnaturelles.

Vue de l’exposition Sding K'awXangs - Haïdas : Histoires surnaturelles.

Photo : Musée McCord / Marilyn Aitkens

L'art est une partie intégrante de la vie chez les Haïdas, chaque objet constitue sa propre entité.

« L’artiste est lié à son objet jusqu’à ce qu’il soit terminé, dit Mme Lemay. Quand il a terminé, il y a une cérémonie pendant laquelle il donne vie à son objet. »

Étonnamment, même si l’art est omniprésent, il n’existe pas de traduction du mot « artiste » en langue haïda. « Ce qui s’en rapproche le plus serait clever hands, habile de ses mains », rapporte la conservatrice.

L’art cérémoniel

L'exposition au Musée McCord revient sur la tradition des potlatchs pratiquée par les Haïdas. Ces cérémonies comprennent des festins, des chants, des danses et des performances pendant lesquelles les légendes sont mises en scène.

Interdits par le gouvernement fédéral de 1884 à 1951, les potlatchs étaient des moments de rencontre pour les Haïdas qui utilisaient alors leurs plus beaux objets.

De la cuillère jusqu'au masque de performance, tout est incrusté de détails minutieux. « De beaux objets fonctionnent mieux, souligne Guislaine Lemay. Puisque c'étaient des objets plus riches, ils étaient réservés pour les moments importants. »

Un bol haïda.

Artiste inconnu, Bol, 1790-1820, Haïda. Recueilli par George Mercer Dawson à Q'una (Skedans), 1878.

Photo : Musée McCord

Indication que les objets ont jadis servi à de telles cérémonies, certains bols ont un aspect huileux. « L’huile contenue dans les bols a été absorbée par le bois et elle en ressort », explique la conservatrice.

Il s’agit d’un processus inévitable, mais qui cause des problèmes pour la conservation des objets, puisqu’« en séchant le bois risque de craquer », ajoute-t-elle.

Rencontre entre le passé et le présent

L’exposition est également prétexte à une rencontre entre les œuvres passées et les œuvres contemporaines. « Il y a ce désir de revitalisation chez les artistes contemporains », souligne Mme Lemay.

L'artiste Ariane Medley a prêté quelques pièces qu'elle a tissées pour les fins de l'exposition. Le tissage était traditionnellement une forme d'art réalisé par les femmes, alors que la sculpture était plus pour les hommes, « mais aujourd'hui ces limites-là n'existent plus », soutient Guislaine Lemay.

Des jambières et des mocassins haïdas.

Ariane Medley, Jambières Naaxiin, 2016. Laine, écorce de cèdre. Prêt de l'artiste.

Photo : Musée McCord / Marilyn Aitkens

Les œuvres d'un autre jeune artiste, John Brent Bennett, côtoient les objets plus anciens. Ancien étudiant de l’Université Concordia, John Brent Bennett superpose en sérigraphie des symboles traditionnels sur des photographies de la ville de Montréal.

Faire place aux Autochtones

Le Musée McCord a déjà reçu cette année les expositions de l'artiste cri Kent Monkman et de l'artiste d'origine Kanien'kehá:ka Hannah Claus. Le Musée a aussi, depuis 2013, une exposition permanente « Porter son identité » qui, avec celle sur les Haïdas, fait partie de la programmation du festival Présence autochtone.

Dans le cadre du festival, le Musée McCord projettera d'ailleurs deux films réalisés par des cinéastes haïdas.

Le 7 août à 18 h, la projection débutera avec le court métrage d’animation The Mountain of SGaana de Christopher Auchter. Inspiré d’une légende, le film raconte l’histoire d’un jeune homme emporté dans le monde des esprits.

« SGaaway K’uuna » (Edge of the Knife), premier film produit en langue haïda, de Gwaai Edenshaw et Helen Haig-Brown sera présenté par la suite. Ce long métrage, aussi adapté d'une légende, relate le conflit qui déchire deux familles après la mort accidentelle d'un adolescent alors qu'il pêchait.

Également, dans un désir d’accessibilité, le Musée McCord offre maintenant l’entrée gratuite aux membres des Premières Nations, aux Inuit et aux Métis.

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