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chronique

Pourquoi le maire d’Oka s’acharne-t-il?

M. Quevillon derrière un porte-nom qui l'identifie.

Le maire d’Oka Pascal Quevillon (à droite), le 17 juillet 2019, lors d'une séance d'information sur le transfert d'un terrain par un promoteur aux Mohawks de Kanesatake.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Cyndy Wylde

Cyndy Wylde s'interroge quant aux motivations du maire d'Oka dans le litige qui l'oppose à la communauté mohawk de Kanesatake concernant une entente récente, soit le transfert de terres constestées, entre le conseil de bande de Kanesatake et un promoteur.

Cyndy Wylde est une Autochtone, doctorante et chargée de cours à l'UQAT. À intervalles réguliers Cyndy publie dans les pages d'Espaces autochtones de Radio-Canada ses analyses, ses coups de cœur, mais aussi ses critiques.

En vacances, si je veux une vraie pause, je ne consulte aucun média.

Et, bien que n’ayant eu aucun mal à ignorer la plupart des notifications qui entraient sur mon cellulaire pendant cette période, j’ai dû me contenir pour tenir à l’écart celles qui mettaient en évidence une situation de plus en plus tendue entre Oka et Kanesatake.

J’ai attendu d’être revenue au pays pour lire l’ensemble de ce qui avait été écrit ou dit sur le sujet. Puis j’ai sondé les miens, mon entourage personnel aussi bien que professionnel. J’ai cherché le point de vue de nos leaders autant que celui des femmes autochtones qui prennent souvent position lorsqu’il s’agit de défendre le territoire.

Le constat est flagrant. Bien que les positions soient claires parmi les Autochtones que je connais, peu sont étalées en public. Pourquoi?

Il se peut que ce soit par peur de mettre de l’huile sur le feu. Personne ne souhaite que la situation dégénère.

Il se peut que ce soit en réaction à un traumatisme antérieur. Surtout pour les personnes qui ont connu les événements de l’été 1990.

Il se peut également que ce soit simplement une forme de renoncement. Se sachant déjà généralement condamnés à l’avance par l’opinion publique, à quoi bon tenter de convaincre qui que ce soit? On est rarement gagnants, nous les Autochtones, dans les médias.

Mais il est fort souhaitable que ce soit parce qu’essentiellement les Mohawks n’ont rien à se reprocher. Un don a été proposé. On peut interpréter les intentions de ce promoteur, Grégoire Gollin. Certains vont affirmer qu’il s’agit de redonner quelque chose qui leur appartient déjà, j’en conviens. D’autres parlent plutôt de restitution d’une partie du territoire.

Quelle que soit l’expression utilisée, le geste est là. Une partie du territoire sera enfin formellement reconnue comme étant la propriété de la nation mohawk.

Alors qui est le maire Quevillon pour s’opposer à cela? Ce dernier allègue ne pas être raciste. Admettons qu’il dit vrai.

Quelles sont ses motivations alors? J’ai tout de suite pensé à des intérêts financiers. Quelle est la valeur foncière de ces terrains pour la municipalité d’Oka?

C’est là que les journalistes devraient fouiller, à mon avis, si on veut comprendre ce qui se passe réellement. À l’époque de la crise d’Oka, l’histoire avait de plus révélé les intérêts du maire Ouellette en cours de route.

À ce stade-ci, je souhaite qu’on puisse approfondir les motivations réelles du maire Quevillon. Ses arguments selon lesquels il a peur de retrouver des cabanes à tabac et à cannabis partout par la suite ne tiennent aucunement la route, selon moi.

À bout d’arguments, et de toute évidence sans l’appui des dirigeants politiques provinciaux et fédéraux, Pascal Quevillon allègue avoir maintenant l’appui de « plusieurs » municipalités environnantes, dont celle de Deux-Montagnes.

Honnêtement je me demande pourquoi une MRC se joindrait au combat du maire Quevillon. En quoi les autres municipalités pourraient-elles être concernées par ce qu’il invoque?

Je cherche à comprendre et je ne trouve pas d’explications. À part de possibles relents colonisateurs, je ne vois pas.

Nous verrons la suite sous peu, à ce que je comprends. Possiblement vendredi, lors de la rencontre prévue entre les parties. Mais je vous rappelle qu’il y a des attentes au préalable. Pour que cet échange survienne, le maire Quevillon devra s’excuser des propos incendiaires qu’il a tenus. Le fera-t-il? J’ai des doutes.

Cette situation illustre à elle seule les facteurs qui sont encore à travailler entre nous pour parler de réconciliation. Notamment au niveau d’une reconnaissance du territoire, un élément fondamental pour les Premières Nations dans la réalisation d’une véritable autodétermination. Ces 60 hectares de dissension nous montrent qu’on est encore très loin du compte!

En sociologie, on dit que le concept de la paix correspond à un idéal politique qui n’implique pas forcément l’absence de conflit, mais qui incite tous les protagonistes au calme et au dialogue. Pourquoi est-ce que je sens cette ouverture chez le grand chef Serge Otsi Simon et pas chez le maire d’Oka?

J’ai assisté à l’escalade qui a mené au résultat terrible que fut la crise d’Oka en juillet 1990. La nation mohawk est particulièrement combative lorsqu’il s’agit de défendre son territoire et je suis convaincue qu’elle ne cédera pas plus cette fois-ci.

Cependant, je crois profondément que la communauté de Kanesatake ne veut pas d’un conflit similaire à cette crise tristement historique. Nous avons tous compris, je l’espère, que de telles hostilités ne devraient jamais se reproduire. C’est destructeur et tellement dévastateur que nous nageons encore aujourd’hui, Autochtones et non-Autochtones, dans ses ravages, 29 ans plus tard.

À présent, les Mohawks souhaitent étendre leur développement économique et ils ont des projets prometteurs. Au lieu de constituer une entrave, Oka pourrait être un allié de taille si certaines personnes changeaient leurs perceptions, entre autres le maire.

À mon avis, M. Quevillon doit se faire à l’idée. L’aménagement et l’exploitation du territoire concerneront désormais (et enfin) la nation mohawk. Dans les faits, cela aurait toujours dû être ainsi.

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