•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le Grand Rassemblement des Premières Nations de Mashteuiatsh : célébrer avec fierté

Des danseurs de pow-wow à Mashteuiatsh.

Le Grand Rassemblement des Premières Nations de Mashteuiatsh inclut un pow-wow aux activités depuis 13 ans.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Paul

Gabrielle Paul

La communauté innue de Mashteuiatsh, au Lac-Saint-Jean, organise chaque été depuis 13 ans un Grand Rassemblement des Premières Nations (GRPN) le temps d’une fin de semaine. Il s’agit d’un moment pour les membres de la communauté de partager leurs traditions avec fierté.

Le Grand Rassemblement de Mashteuiatsh se tient principalement au site culturel Uashassihtsh, face au lac Saint-Jean, où les Pekukamiulnuatsh (comme se nomment eux-mêmes les Innus de Mashteuiatsh) ont pris l’habitude de se rassembler depuis des siècles.

« Nos ancêtres descendaient la rivière Mistassini et ils cherchaient un endroit près de l’eau et avec du vent pour pas qu’il y ait de mouches, relate le chef de Mashteuiatsh, Clifford Moar, en ouverture du GRPN. Ils venaient ici pour se rassembler et célébrer. »

Lors des dernières années, l'organisation a tenté d'inclure davantage de diversité au sein de la programmation grâce à des spectacles de poésie, des feux d'artifice et des prestations musicales.

Malgré ces ajouts contemporains, la place des activités traditionnelles est encore majeure.

Le pow-wow, une addition relativement récente

Beaucoup de visiteurs se rendent au GRPN pour assister au pow-wow. Bien qu'ils soient populaires, les pow-wow sont une tradition héritée des Autochtones de l'ouest de l'Amérique du Nord.

À lire aussi : Guide 101 des pow-wow

Avant le Grand Rassemblement, Mashteuiatsh organisait les Fêtes amérindiennes qui n'incluaient pas de pow-wow. L'organisatrice du GRPN, Sandy Raphaël, se souvient de ces célébrations de son enfance.

« Ce n'était pas comme aujourd'hui, se remémore-t-elle. Il y avait des spectacles, mais c'était surtout des compétitions sportives traditionnelles. »

Ces fêtes amérindiennes étaient essentiellement un rassemblement de familles de la communauté et de visiteurs venus des autres Premières Nations. En plus du sport, les gens pouvaient aussi tenter de se démarquer dans des concours de bannique, le pain traditionnel.

« Ce sont des Atikamekw qui étaient venus nous faire une démonstration d'un mini pow-wow, dit Mme Raphaël. C'est comme ça qu'on a décidé de le faire chez nous. »

Cette année, environ 150 danseurs se sont inscrits au pow-wow, selon Sandy Raphaël.

Raymond Launière participe au pow-wow de Mashteuiatsh chaque année. Il danse depuis une quinzaine d’années.

« Je voulais apprendre à me connaître dans la danse, dit-il. Pour moi, un pow-wow c’est un temps d’arrêt pour dire merci. »

Un homme en regalia pose devant un lac.

À 73 ans, Raymond Launière va continuer à danser dans les pow-wow aussi longtemps qu'il le pourra.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Paul

Le septuagénaire a fréquenté un pensionnat lorsqu'il était jeune. La tradition des pow-wow est donc pour lui une façon d'honorer la fierté de son peuple.

« Tant que le créateur me permet de danser, je vais danser », affirme-t-il.

Eruoma Awashish participe quant à elle depuis qu’elle est adolescente.

« J’étais dans la communauté atikamekw de Wemotaci à ce moment-là, se souvient-elle. J’espérais un jour pouvoir danser. »

Une femme tient sa petite fille devant un site de pow-wow.

Eruoma Awashish tient à transmettre la fierté de participer aux pow-wow à sa fille Oni.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Paul

Danser dans les pow-wow relève selon elle de tout un mode de vie.

« C’est un investissement quand tu décides de danser, souligne Eruoma Awashish. Tu dois fabriquer ton habit, ton regalia, ça demande beaucoup de temps. »

Cette année, elle est au pow-wow de Mashteuiatsh avec sa fille Oni, âgée de deux ans.

« On enseigne aux enfants à être fiers sans avoir à leur donner une leçon, à leur expliquer verbalement, dit-elle. Ils le voient, ils le ressentent. »

Quand un enfant grandit avec cette fierté-là, ça fait de lui un adulte qui est fort.

Eruoma Awashish

Outre le pow-wow, le Grand Rassemblement comprend encore aujourd'hui plusieurs compétitions sportives traditionnelles, telles que des courses de canot, des triathlons et du portage.

Le portage était ancré dans le mode de vie traditionnel. Les Innus formaient jadis un peuple nomade. Ils parcouraient le territoire avec leurs bagages sur le dos.

Une vingtaine d’hommes et de femmes ont participé aux compétitions à Mashteuiatsh. Ces épreuves, très exigeantes physiquement, demandent de l’entraînement toute l’année.

Lors des compétitions d'endurance, les femmes portent des sacs remplis de sable qui pèsent 200 livres le plus longtemps possible tout en marchant. Les hommes doivent porter des sacs de 300 livres.

Pour les compétitions de charges lourdes, les participants portent une charge sur une courte distance. S'ils réussissent, ils recommencent en augmentant la charge. La charge commence à 500 livres, et certains participants peuvent atteindre les 800 livres.

Un homme porte des sacs de sable sur son dos.

François Siméon porte 500 livres de sable sur le dos lors des compétitions de charges lourdes. Un homme l'encourage pendant sa course.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Paul

François Siméon de Mashteuiatsh a remporté la seconde position lors de la compétition de charges lourdes. Il participe aux compétitions de portage depuis environ cinq ans.

« C’est ce que nos ancêtres faisaient, ils portaient toujours leurs bagages sur leur dos », explique-t-il.

François Siméon pose devant l'aréna de Mashteuiatsh.

François Siméon s'entraîne toute l'année pour participer aux compétitions de portage.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Paul

Même si une récompense financière est offerte aux champions de la compétition, ce n’est pas l’appât du gain qui incite M. Siméon à participer.

« C’est vraiment pas pour l’argent, c’est pour la fierté. La fierté de qui je suis. L’argent ce n’est pas important », affirme-t-il.

Un événement de plus en plus touristique

L’an dernier, le GRPN avait attiré plus de 10 000 personnes, alors qu'il y a eu 9500 visiteurs en 2017. L’organisation du GRPN ne fait pas le compte des visiteurs non autochtones, mais d’un simple coup d’œil, ils sont nombreux.

Les touristes se rendent souvent visiter Mashteuiatsh en famille.

C’est le cas de Stéphanie Gagnon, originaire de Roberval, la ville voisine de la communauté innue.

« On n’a pas besoin de voyager partout dans le monde, on a une culture juste à côté de nous à découvrir », reconnaît-elle.

Une femme tient un bébé et un jeune adolescent se tient près d'elle.

Stéphanie Gagnon, de Roberval, est venue au pow-wow de Mashteuiatsh avec ses deux enfants.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Paul

Mme Gagnon n’en est pas à son premier pow-wow. Celle qui a des amis atikamekw et innus croit qu’il est important d’initier ses deux enfants aux pratiques culturelles autochtones.

« C’est important de les sensibiliser à ça, dit-elle. Il faut leur montrer les différentes façons de vivre et de voir la vie. »

Laurence et Benjamin sont quant à eux venus de la France avec leurs trois enfants. Ils parcourent actuellement le Canada dans un voyage qui doit les mener jusqu’en Colombie-Britannique. C’est en visitant le Musée amérindien de Mashteuiatsh qu’on leur a conseillé de se rendre au site du pow-wow.

« C’est un dépaysement total, confie la mère. C’est super-intéressant de voir ce genre de culture. »

« Nous sommes très contents d’avoir finalement fait ce détour », ajoute-t-elle.

Un couple pose avec leurs trois enfants près d'un lac.

Laurence et Benjamin, ainsi que leurs trois enfants, sont venus de la France pour visiter Mashteuiatsh.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Paul

Pour les danseurs du pow-wow, partager leur culture est important.

« C’est une célébration de la vie, dit Eruoma Awashish. C’est une fête où les gens qui ne nous connaissent pas sont invités à venir et à danser et célébrer avec nous. »

Raymond Launière se réjouit également de la présence des visiteurs.

« Ça démontre un intérêt d’apprendre comment sont les peuples autochtones, croit-il. C’est toujours intéressant de connaître une autre communauté ou une autre nation qui vit différemment. »

Pour plusieurs, le point culminant de la fin de semaine était la prestation du groupe innu Kashtin, dont le dernier passage dans la communauté de Mashteuiatsh remonte à une vingtaine d’années.

Bien que la majorité des spectateurs étaient issus des différentes Premières Nations du Québec, les non-Autochtones ont également répondu à l'appel. Sandy Raphaël estime qu'il y avait entre 2000 et 3000 personnes présentes sur le site le soir du spectacle.

« Il y a eu une très belle participation des gens de la région », se réjouit l'organisatrice, satisfaite de l'ensemble de la fin de semaine malgré le temps parfois orageux.

« La fin de semaine s'est très bien passée. On a eu une super-participation des gens et on est très fiers de la programmation que nous avons offerte », conclut Sandy Raphaël.

Autochtones

Société