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Alanis Obomsawin, des œuvres gravées qui regorgent de mémoire

Des visiteurs observent les gravures d'Alanis Obomsawin.

L’exposition « Alanis Obomsawin, œuvres gravées » est présentée au Musée des beaux-arts de Montréal jusqu’au 25 août.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Paul

Radio-Canada

Les gravures sont une facette méconnue de l’œuvre de la cinéaste abénaquise Alanis Obomsawin. C'est donc pour la première fois qu'elles sont exposées dans une institution d'arts canadiens au Musée des Beaux-Arts de Montréal (MBAM) pendant l'été.

Un texte de Gabrielle Paul

Bien que connue pour ses nombreux films (son 51e documentaire doit paraître en septembre), Alanis Obomsawin a créé une imposante collection de gravures entre les années 1960 et 2000.

Son but n'était cependant pas d'en faire une exposition, la création de gravures était plutôt quelque chose de personnel. « C'est très long, faire de la gravure, dit-elle. Mes amis trouvaient ça ennuyant [...], mais moi ça me fascinait »

Les visiteurs peuvent désormais admirer la quarantaine d'estampes exposées au MBA tout en étant bercés par les tambours et les chants envoûtants de son unique album Bush Lady, enregistré dans les années 1980.

À l’instar de son héritage cinématographique, les réalités autochtones sont l'épicentre de ses œuvres gravées.

Les gravures, faites à la pointe sèche, sont des œuvres délicates, mais leur message est lourd de signification.

Celle qui, lorsqu'elle était chanteuse, donnait des spectacles dans des écoles traite entre autres des pensionnats autochtones.

Ce sont des archives de l'Office national du film (ONF) qui l'ont toutefois inspirée à créer la gravure « Indian Residential School 1934 ».

La gravure «Indian Residential School 1934» d'Alanis Obomsawin accrochée sur un mur rouge. Le dessin représente une dizaine de jeunes garçons.

Alanis Obomsawin, Indian Residential School 1934, 2004. Pointe sèche et eau-forte.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Paul

« Un évêque venait visiter cette école-là. Les élèves étaient en cravate, mais leurs mains étaient sur des barbelés », raconte l'artiste originaire d'Odanak.

Les femmes, surtout les mères, sont à l’honneur dans plusieurs de ses dessins.

« C'est pour honorer le fait qu'anciennement, dans toutes nos nations, c'était inséparable, la mère et l'enfant, même lorsque la femme travaillait », dit Mme Obomsawin.

Elle y a justement consacré une série de dessins, nommée « Mère de tant d'enfants - comme son documentaire de 1977-, qui explorait le thème de la maternité.

La gravure d'Alanis Obomsawin «Mère de tant d'enfants X» accrochée à un mure rouge. Le dessin représente une mère qui tient son enfant dans un porte-bébé traditionnel.

Alanis Obomsawin, Mère de tant d'enfants X, 2004. Pointe sèche et eau-forte.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Paul

« Les deux [la série de dessins et le documentaire] sont liés dans un sens parce que je voulais suivre le cours de la vie, depuis la naissance, avec autant de femmes que possible dans mon film. Plus tard, j'ai voulu en faire des dessins »

Alanis Obomsawin déplore l'arrachement des enfants autochtones à leur communauté. « C'est horrible , laisse-t-elle tomber. Une mère ne devrait pas être séparée de son enfant. »

Les murs du centre des arts graphiques du MBAM, où se situe l'exposition, sont peints en rouge, en l’honneur des femmes et des filles autochtones disparues et assassinées.

« Lorsque je fais quelque chose d'important en public, je porte une robe rouge en l'honneur de [ces femmes], souligne Alanis Obomsawin. J'étais donc très contente de voir qu'ils ont fait ça. »

Une autre partie des œuvres est quant à elle inspirée de ses rêves, où les animaux sont des symboles importants.

La gravure d'Alanis Obomsawin «La grande visite» accrochée à un mur rouge. Le dessin représente des animaux et des humains en canot.

Alanis Obomsawin, La grande visite, 2007. Pointe sèche et eau-forte.

Photo : Radio-Canada / Gabrielle Paul

« Autrefois la relation de mon peuple avec les animaux était très grande, explique-t-elle en parlant de « La grande visite ». Les animaux faisaient partie de la vie de tous les jours et des fêtes. »

En raison de son horaire chargé, Mme Obomsawin n'a plus autant le temps de se consacrer à la gravure. « J'aimerais beaucoup m'y remettre », confie-t-elle cependant.

L'exposition au MBAM comprend également des vanneries, des paniers tissés, de tradition abénaquise. La dizaine de paniers provient du Musée des Abénakis d’Odanak.

« Les paniers sont une tradition, chez nous à Odanak, qui existe depuis toujours. La plupart des jeunes aujourd'hui savent faire les paniers », se réjouit Alanis Obomsawin.

L’exposition « Alanis Obomsawin, œuvres gravées » est présentée au Musée des beaux-arts de Montréal jusqu’au 25 août.

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