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Deux premières naissances dans le cadre d'un programme d'accouchement chez les Cris

Deux femmes cries tiennent leur nouveau-né.

Les deux soeurs Snowboy ont profité du programme d'accompagnement par des sage-femmes pour accoucher dans leur communauté.

Photo : CBHSSJB/T. Philiptchenko

Radio-Canada

Les Cris de la Première Nation de Chisasibi, aux abords de la Baie James, célèbrent les deux premières naissances survenues dans le cadre d'un programme visant à ce que les femmes enceintes accouchent à l'hôpital local, plutôt que de devoir se rendre au Sud, loin de la communauté.

Le programme en question, mis en place en septembre 2018 par la Régie crie de la Santé et des Services sociaux, offre ainsi aux femmes l'option de donner naissance à Chisasibi, la plus importante localité du territoire.

Les deux premiers enfants à être liés à ce programme, Cayde et Ella Snowboy, sont cousines : leurs mères, Christina et Louisa Snowboy, sont soeurs.

Elles ont vécu leur grossesse pendant la même période, et se sont inscrites au programme – qui est assuré par des sages-femmes –, plutôt que d'opter pour les traditionnelles visites chez le médecin pendant la grossesse et l'accouchement.

J'étais particulièrement contente que ma famille soit présente, a dit Christina. Ils m'ont appuyée.

Pour Louisa, donner naissance à Chisasibi signifie qu'elle était de retour dans son propre lit, avec son nouveau-né en santé et ses autres enfants, seulement quatre heures après avoir accouché, plutôt que de devoir demeurer pendant plusieurs semaines dans une ville située à environ 1000 km de chez elle.

Ses deux autres enfants sont nés à Val-d'Or. Lorsque le service d'accompagnement par une sage-femme est devenu disponible dans sa communauté, elle s'est immédiatement inscrite.

Son expérience positive a convaincu sa sœur Christina, mère pour la première fois, de donner naissance dans la communauté.

[La naissance] était indescriptible. C'était l'extase. C'était puissant, a indiqué Jessyka Boulanger, la sage-femme qui a accompagné Louisa.

On aurait dit un cercle de femmes qui venaient en appui à une vie à naître. C'était si beau.

Jessyka Boulanger, sage-femme

Choisir où accoucher

Mme Boulanger est l'une des quatre sages-femmes de Chisasibi, et dirige également les services assurés par celles-ci au nom de la Régie crie de la Santé. Elle voyage beaucoup par avion, et est bien souvent témoin du moment où une mère descend d'un vol en provenance du Sud et introduit son bébé naissant à sa famille pour la première fois, dans un aéroport.

Selon elle, pouvoir choisir de donner naissance à la maison, à proximité de la famille, peut être bénéfique.

Les Cris, comme de nombreuses communautés autochtones, ont vécu le traumatisme des pensionnats, de la colonisation, de la séparation des familles. L'évacuation systématique des femmes pendant leur grossesse peut ranimer ces traumatismes, dit-elle.

Vous pouvez maintenant prendre cette décision vous-même. Vous pouvez décider de l'endroit où vous vous sentez le plus en sécurité, de ce qui compte pour vous, de l'endroit où vous devriez être, et des gens qui devraient vous accompagner. Nous pouvons de nouveau offrir ce choix.

Durant la grossesse de Louisa, cette dernière et sa famille ont décidé que sa mère, Annie Sam, serait celle qui accueillerait l'enfant dans notre monde. Louisa soutient que le fait que sa mère accueille l'enfant était particulièrement important.

Il est merveilleux que mes deux petits-enfants soient nés ici, dans notre ville, indique Annie Sam. Je souhaite que davantage de femmes tentent de donner naissance ici.

Les connaissances et les pratiques cries traditionnelles sont essentielles au fonctionnement du programme d'accompagnement par des sages-femmes. Lors de leur grossesse, les femmes peuvent obtenir, de la part des aînées, des informations à propos des rituels de baptême, sur la façon d'emmailloter un enfant, ou encore comment traiter des irritations avec des remèdes ancestraux.

Le programme est en forte demande; les sages-femmes s'occupent maintenant de près de la moitié des grossesses à Chisasibi, soit environ 25 femmes. La communauté compte quelque 5000 habitants, et est en croissance rapide.

Ce qui a été perdu pendant si longtemps est peu à peu de retour, soutient Mme Boulanger.

Le fait de pouvoir partager cette célébration de la vie, de ramener cela dans la communauté, dans la famille, plutôt que la naissance ne soit une séparation source de stress ou d'inquiétude. Cela peut de nouveau être un événement joyeux.

La Régie crie de la Santé et des Services sociaux prévoit étendre ce programme à d'autres communautés de la région d'Eeyou Istchee, et de former des sages-femmes cries. Des maisons des naissances seront construites à Waskaganish, Mistissini et Chisasibi au cours des prochaines années.

D'après le reportage de Marjorie Kitty et Jaime Little de CBC

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