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Rendre leur visage aux femmes autochtones disparues et assassinées

Une femme regarde attentivement les poupées épinglées dans des cadres.

Les poupées sans visage fabriquées dans le cadre du projet ont été exposées en divers endroits du pays dans les dernières années.

Photo : Association des femmes autochtones du Canada

Radio-Canada

« Chaque statistique raconte une histoire » et chacune des 1181 femmes et filles autochtones disparues ou assassinées de 1980 à 2012 était un individu, une personne à part entière : c’est ce sur quoi a voulu insister l'Association des femmes autochtones du Canada (AFAC) en mettant sur pied le projet des Poupées sans visage.

Appelée « Donner un visage à la justice », la phase deux du projet consiste justement à rendre leur visage, et donc leur identité, à des poupées qui n'en ont pas.

Elle a débuté officiellement vendredi, Journée nationale des peuples autochtones, en marge de la publication récente du rapport final de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA), qui s’est penchée sur ces 1181 tragédies et sur leurs conséquences. Annoncée en décembre 2015, l'ENFFADA a amorcé ses travaux en septembre de l'année suivante.

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) avait indiqué en 2014 avoir pu confirmer 1017 homicides et 164 disparitions de femmes et filles autochtones entre 1980 et 2012, des chiffres que les commissaires de l’ENFFADA croient inférieurs à la réalité. De nombreux autres cas se sont aussi ajoutés depuis.

La phase un de Poupées sans visage avait été lancé il y a sept ans, et donc avant l'annonce de la tenue de l'ENFFADA.

Des poupées de feutre sans visages.

Les poupées fabriquées dans le cadre de la première phase n'avaient pas de visages.

Photo : Association des femmes autochtones du Canada

Elle avait pris la forme de nombreux ateliers de mobilisation communautaires, tenus à la grandeur du Canada, au cours desquels ont été fabriquées des poupées de feutre dont les visages étaient dénués de traits distinctifs.

Ces poupées, réunies et présentées dans le cadre d’une exposition itinérante, constituaient « une représentation visuelle et tangible, qui a ému les gens », a estimé en entrevue la directrice générale de l’AFAC, Lynne Groulx.

Nous en avons discuté avec nos aînés, qui ont conclu que les victimes s’étaient en quelque sorte exprimées par le biais du rapport de l’ENFFADA. [...] Le temps est donc venu de mettre un visage sur ces poupées.

Lynne Groulx, directrice générale de l’AFAC

Après tout, « les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées ne sont plus sans visage. Leurs familles leur ont redonné leur voix », a souligné Lorraine Whitman, présidente de la section néo-écossaise de l'AFAC.

Ainsi, pour la seconde partie de l’initiative, l’AFAC a entrepris de distribuer des trousses contenant un guide, un cahier à colorier, des crayons, des feuilles de feutre, des patrons de poupées et des accessoires pour créer des poupées et enfin leur donner un visage.

Mme Groulx est debout au milieu de nombreuses grandes enveloppes.

Lynne Groulx et quelques-unes des trousses prêtes à être envoyées.

Photo : Association des femmes autochtones du Canada

De tels ensembles ont aussi été expédiés vendredi aux plus de 300 députés de la Chambre des communes.

L’AFAC dispose pour l’instant d’environ un millier de trousses, mais elle en préparera « autant que nécessaire ». Elle invite tous les organismes, écoles ou autres à communiquer avec elle pour en obtenir et participer au projet.

Celui-ci « implique d'encourager les jeunes dans les écoles à l'échelle du pays à participer à des activités conçues pour les aider à établir des liens entre leur cœur, leur esprit et leur sentiment d'identité ».

Mme Groulx insiste sur l'importance de l'initiative : « Il y a eu génocide », a-t-elle signalé, faisant écho au terme employé dans le rapport de l'ENFFADA et dont le choix n'a pas fini de faire parler, en soulignant cependant que l'heure est à la « guérison ».

L’AFAC a en effet voulu créer « un symbole visuel de guérison et de transformation, et un moyen d'honorer nos femmes et leurs familles et de reconnaître que leurs voix ont été entendues ».

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