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Les racines de la violence et la reconstruction sociale

Une femme tient une plume d'aigle avec un ruban rouge pendant les cérémonies marquant le dépôt du rapport de l'ENFFADA à Gatineau, le 3 juin 2019.

Une femme tient une plume d'aigle avec un ruban rouge pendant les cérémonies marquant le dépôt du rapport de l'ENFFADA à Gatineau, le 3 juin 2019.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Lettre ouverte

Le rapport de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA) s'intéresse trop peu à la violence dont sont responsables les hommes dans les communautés, écrit Jimmy Papatie. L'ancien chef de la communauté de Kitcisakik réagit, dans une lettre ouverte, au dépôt du rapport, début juin.

Le pays est secoué par le dépôt du rapport d'ENFFADA. Cependant, dans ce rapport, il y a des éléments essentiels qui sont absents. Ces informations nous mèneraient pourtant à une meilleure compréhension de la situation dans les communautés autochtones.

Parmi ces éléments, il y a certaines raisons spécifiques pour lesquelles les femmes quittent les réserves. Souvent, elles partent parce qu’il y a des pénuries de logements, mais aussi pour accéder à un système d’éducation et augmenter leur possibilité d’obtenir un emploi.

Une fois qu’elles vivent dans les villes, elles sont plus vulnérables. Et elles se retrouvent isolées. C’est souvent dans ce contexte que des femmes autochtones subissent des sévices, des méfaits ou disparaissent. Donc, ces facteurs doivent être pris en considération.

Un autre facteur qui ne semble pas apparaître dans le volumineux rapport : la violence faite aux femmes par les hommes dans les communautés autochtones. Mais cette violence, sous toutes ses formes, existe. Et elle pousse les femmes à s’en aller vivre ailleurs.

Nous sommes conscients du problème et beaucoup de gestes ont été posés pour améliorer la situation. Parmi ces gestes, des hommes de notre communauté [Kitcisakik] ont brisé le mur du silence et ont dévoilé la violence dont ils étaient responsables. De leur côté, les femmes ont parlé de la violence qu’elles avaient subie. J’admire ces gestes courageux qui nous ont permis d’avancer.

La moitié de nos hommes ont été arrêtés et traduits en justice pour des actes de violence. La communauté s’est mobilisée et s’est dotée d’un plan de reconstruction sociale géré par une formidable équipe multidisciplinaire. En 2005, les indicateurs de sobriété atteignaient près de 69 %. La majorité des hommes étaient devenus des acteurs de changement. Nous apprenons de nouveau à nous faire confiance. Je souhaite qu’un jour, nous, les hommes, nous retrouvions nos mocassins et que puissions assumer pleinement notre rôle de protecteur.

La guerre n'est pas terminée

Cela dit, la guerre contre la violence n’est pas terminée. Nous aurions besoin de services. C’est-à-dire des centres de thérapie à plus long terme. Ce que nous n’avons pas. Bien sûr, il y a des tribunaux et la prison. Cela entraîne des changements, mais de façon temporaire seulement. Selon moi, les thérapies de courte durée sont nettement insuffisantes pour traiter les profondes blessures des hommes et des femmes autochtones de nos communautés.

Une autre problématique, c’est que les hommes dans les communautés autochtones ont été dépossédés de leur rôle de protection. Les causes : trop de violence de la part des hommes autochtones envers les femmes. Nous n’avons pas su aimer et protéger nos femmes, nos enfants et nos aînés. Ce qui fait qu’en bout de ligne, nos femmes autochtones ne font plus confiance aux hommes.

Ces relations doivent être reconstruites. À Kitcisakik, nous nous sommes engagés à réaliser une reconstruction sociale. L’un des objectifs est de permettre aux femmes de se sentir de nouveau protégées et en sécurité. Cela fait partie de nos responsabilités.

Les femmes de ma communauté ont été les artisanes de la reconstruction sociale. Elles sont la base de nos familles, de nos communautés, de nos nations. C’est par elles que toutes actions communautaires doivent se faire pour mettre fin aux cycles de la violence. C’est un élément clé pour qu’on puisse se développer et être responsables de nos vies.

Les femmes de ma communauté réclamaient le droit de ne pas vivre de la violence sous toutes ses formes. Beaucoup de chemin reste à faire pour que les femmes soient respectées et reconnues à leur juste valeur.


Jimmy Papatie est le directeur des ressources naturelles de la communauté algonquine de Kitcisakik, située au sud de Val-d'Or. 

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